Guerre au Moyen-Orient : Merz prend ses distances avec Trump
17 mars 2026
Friedrich Merz a connu une double transformation dans sa relation avec Donald Trump. Il y a un an, le chancelier allemand se présentait comme un critique virulent de Donald Trump. S'en est suivie une longue période de rapprochement – qualifiée d'obséquiosité par ses adversaires politiques – avec le président américain. Ce rapprochement a culminé avec sa visite à la Maison Blanche il y a environ deux semaines.
Le chancelier y a exprimé sa compréhension face aux attaques américano-israéliennes contre l'Iran, au cours desquelles l'ayatollah Ali Khamenei a également été assassiné. Friedrich Merz a explicitement déclaré qu'il ne souhaitait pas donner de leçons au président américain sur les questions de droit international.
Revirement spectaculaire
Aujourd'hui, le chancelier allemand opère un revirement complet. Il estime que Donald Trump est allé beaucoup trop loin en Iran.
Lundi (16.03) à Berlin, la question qui agitait le monde politique était la suivante : les forces armées allemandes allaient-elles participer à la sécurisation du détroit d’Ormuz ?
Le chancelier a apporté une réponse claire dans l’après-midi : "Les États-Unis et Israël ne nous ont pas consultés avant cette guerre. Il n’y a jamais eu de décision commune concernant l’Iran. Par conséquent, la question d’une éventuelle contribution militaire de l’Allemagne ne se pose pas. Nous n’y participerons pas" a-t-il sèchement déclaré.
L'avertissement de Trump
Donald Trump avait appuyé sa demande en avertissant que l’OTAN s’exposait à un avenir sombre si elle ne contribuait pas à la sécurisation du détroit d’Ormuz , l’un des points les plus stratégiques pour le transport du commerce de l’énergie. 20% du pétrole mondial y transite.
Le gouvernement allemand par le biais de son porte-parole , conteste cette affirmation. "La mission de l’OTAN est la défense des territoires de l’Alliance. Le détroit d’Ormuz, comme chacun sait, n’en fait pas partie".
Le ministre de la Défense, Boris Pistorius (SPD), qui recevait son homologue letton, Andris Spruds, dans la matinée, a réaffirmé cette position.
"Ce n'est pas notre guerre, nous ne l'avons pas déclenchée. Nous souhaitons des solutions diplomatiques et une fin rapide, mais le déploiement de navires de guerre dans la région n'y contribuera probablement pas" a déclaré Boris Pistorius.
Celui-ci juge également inadaptée la mission européenne actuelle "EUNAVFOR ASPIDES", proposée par les représentants de l'UE. "Cette mission", explique-t-il, "est axée sur la sécurisation des voies maritimes en mer Rouge. La situation dans le détroit d'Ormuz est, sur les plans géopolitique et militaire, totalement différente".
La hausse des prix de l'énergie pèse sur l'économie
Depuis plusieurs jours, Friedrich Merz est donc de nouveau en conflit ouvert avec Donald Trump. "Chaque jour soulève de nouvelles questions. Ce qui nous inquiète surtout, c'est l'absence apparente de plan commun (entre les États-Unis et Israël) pour mettre fin rapidement et de manière convaincante à ce conflit", se désole le chancelier allemand une dizaine de jours après le début des hostilités.
Une guerre sans fin n'est pas dans l'intérêt de l'Allemagne, a-t-il ajouté avant de mettre en garde contre les conséquences considérables qu'elle pourrait avoir pour l'Europe, notamment en matière de sécurité, d'approvisionnement énergétique et de migrations.
La flambée des prix du pétrole, en particulier, illustre l'impact direct de la guerre sur l'Allemagne. Et cela touche Friedrich Merz au plus profond de son émotion, car la reprise économique est actuellement son principal objectif politique. Même sans la guerre en Iran, l'économie sort difficilement de la récession, et ce, uniquement grâce à un endettement massif. Les entreprises font faillite en masse, délocalisent leurs activités et le chômage augmente.
L'institut Ifo a établi des prévisions quant à l'impact probable de la guerre en Iran sur l'économie allemande. Dans tous les cas, elle freinera la reprise et alimentera l'inflation. Si le conflit prend fin rapidement, l'institut Ifo estime que la croissance économique cette année serait réduite de 0,2 point de pourcentage, pour s'établir à 0,8 %. Si la guerre se prolonge, la croissance serait amputée de 0,4 point de pourcentage.
Merz face à un double dilemme
Friedrich Merz sait que la situation économique déterminera probablement le succès ou l'échec de son gouvernement et jouera également un rôle crucial lors des prochaines élections régionales. Après les élections du Bade-Wurtemberg début mars, où son parti, l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (en allemand Christlich Demokratische Union Deutschlands, en abrégé CDU), a été battu de justesse par les Verts. Des élections sont prévues le 22 mars en Rhénanie-Palatinat, suivies en septembre par celles de Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans l'est du pays.
Selon les sondages actuels, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), considérée comme d'extrême droite par certains, est en tête dans ces deux Länder (État fédéré d'Allemagne). L'AfD milite déjà pour la levée des sanctions contre la Russie. Le fait que Donald Trump souhaite désormais suspendre également les sanctions dans le secteur de l'énergie afin de faire baisser les prix joue en faveur de l'AfD dans la campagne électorale.
Friedrich Merz se trouve ainsi face à un double dilemme. Il souhaite maintenir les sanctions contre Moscou afin de maintenir la pression sur la Russie dans le conflit ukrainien. Or, une large majorité d'Allemands attend du gouvernement fédéral qu'il se concentre en priorité sur la question du prix élevé de l'énergie.
Par ailleurs, les sondages révèlent une opposition massive de l'opinion publique à une intervention allemande en Iran. C'est là le second dilemme du chancelier : il veut prouver sa fiabilité en tant qu'allié des États-Unis. Après avoir patiemment construit une bonne relation avec Trump – peut-être au prix de sacrifices politiques considérables –, il se voit désormais contraint de reculer.
Au moins, Friedrich Merz n'est pas le seul en Europe à refuser toute contribution militaire. La Grande-Bretagne et la France, toutes deux dotées de puissantes forces navales, sont restées jusqu'à présent très vagues quant à leurs engagements. La volonté de suivre les États-Unis dans une guerre déclenchée unilatéralement par Trump est très faible dans ces pays, comme en Allemagne.
Keir Starmer, le Premier ministre britannique a évoqué une possible coopération avec d'autres pays pour rouvrir le détroit à la circulation maritime.
Les dirigeants de cinq pays occidentaux - quatre européens, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie, ainsi que le Canada - ont appelé à "éviter" une offensive terrestre israélienne de grande envergure au Liban, estimant que cela "aurait des conséquences humanitaires dévastatrices et pourrait conduire à un conflit prolongé".