2026 : L’Iran entre sanctions, inflation et crises
2 janvier 2026
Une partie de l'Iran est en proie à une contestation, partie dimanche 28 décembre 2025 de Téhéran et initialement liée à la vie chère, qui s'est depuis élargie à des revendications politiques.
Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l'ordre ont fait six morts jeudi 1 er janvier 2026 dans l'ouest du pays. Le président Massoud Pezeshkian a sonné la mobilisation de son gouvernement : "d'un point de vue islamique (...), si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer", a-t-il déclaré dans un discours télévisé, jeudi 1er janvier. Il avait reconnu la légitimité des revendications mardi 30 décembre 2025 et a demandé au ministère de l’Intérieur "d’écouter les demandes légitimes des manifestants en dialoguant avec leurs représentants ".
L’inflation dévore la croissance
L’économie iranienne subit la pression d’une forte inflation et des sanctions occidentales liées au programme nucléaire du gouvernement. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’inflation en Iran s’élevait à 32,5 % en 2024. Le FMI estime que les prix à la consommation augmenteront de 42,4 % en 2025 et ne descendront pas en dessous de 40 % en 2026. La valeur de la monnaie nationale iranienne, le rial, a atteint un niveau historiquement bas sur le marché noir. Un litre d’essence en Iran coûte à partir de 15 000 rials.
La dernière prévision économique de la Banque mondiale pour l’Iran, publiée en octobre 2025, prévoit une contraction du produit intérieur brut de 1,7 % en 2025 et de 2,8 % en 2026. Il s’agit d’un net revirement par rapport aux prévisions antérieures qui tablaient sur une croissance modérée. Ce recul est dû à la baisse des exportations de pétrole et au durcissement des sanctions américaines et onusiennes, selon la Banque mondiale.
L’économie iranienne souffre de faiblesses structurelles chroniques. Celles-ci peuvent atténuer les revenus issus du pétrole, mais pas les éliminer durablement. La cause en serait les conséquences des programmes nucléaires et balistiques de l’État, explique Hossein Marashi, secrétaire général du parti " Kargozaran-e Sazandegi " (Parti des Serviteurs de la Reconstruction ECCP), issu de la faction réformatrice.
Instabilité au Moyen-Orient et guerre par procuration
Aux yeux du gouvernement de Téhéran, Israël est considéré comme l’ennemi juré. Depuis des décennies, les deux parties s’affrontent. L’Iran ne reconnaît pas le droit à l’existence d’Israël. La lutte contre Israël est devenue une doctrine d’État iranienne. À plusieurs reprises, le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a appelé à la destruction d’Israël.
Israël, de son côté, se montre préoccupé après la guerre de douze jours en juin 2025, craignant que l’Iran ait pu relancer la production de missiles balistiques. Certes, les installations militaires sur le sol iranien ont été gravement endommagées par les frappes aériennes israéliennes et américaines durant l’été, mais selon des sources internes, l’armée israélienne travaille déjà sur de nouveaux plans pour d’autres actions militaires contre l’Iran.
Les services de renseignement israéliens signalent la reconstruction des installations d’enrichissement d’uranium et considèrent ces activités comme une menace majeure. Par ailleurs, l’Iran continue de financer ses forces armées par procuration dans la région, telles que le Hezbollah au Liban et les rebelles houthis au Yémen, afin de faire pression sur Israël et les États-Unis.
Le président américain Donald Trump a mis en garde Téhéran en décembre contre la relance des programmes de missiles et nucléaires, tout en laissant entendre une ouverture à d’éventuelles discussions avec l’Iran. Les deux pays n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, après la prise d’otages à Téhéran. À l’époque, plus de 50 diplomates américains avaient été retenus pendant 444 jours dans le cadre de la révolution iranienne.
"Si l’Iran revient à son programme nucléaire sans accord, nous le détruirons également ", a déclaré le président Trump. " Nous pouvons anéantir ses missiles très rapidement et nous disposons d’une puissance énorme. "
Sanctions persistantes
Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont rétabli fin août 2025 l’ensemble des sanctions de l’ONU contre l’Iran, qui avaient été suspendues après l’accord sur le nucléaire de 2015 (Plan d’action global commun, JCPOA). Entre 2006 et 2010, le Conseil de sécurité de l’ONU avait adopté six résolutions imposant des mesures concrètes telles que : embargo sur les armes, interdiction de l’enrichissement et du retraitement de l’uranium, interdiction des lancements et du développement de missiles balistiques capables de transporter des ogives nucléaires, gel des avoirs à l’étranger et interdiction de voyager pour certaines personnalités iraniennes.
" En 2026, l’Iran restera isolé sur la scène internationale ", affirme Damon Golriz, de l’Institut géopolitique à La Haye, siège du gouvernement néerlandais, dans un entretien avec DW. Le principal soutien du régime de Téhéran provient actuellement de Moscou et de Pékin. La Chine est le plus grand acheteur de pétrole iranien et soutient l’économie du pays. Toutefois, Pékin minimise ses relations avec l’Iran, soumis à des sanctions internationales.
Les relations étroites entre l’Iran et la Russie, dans le contexte de la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine, ne seraient qu’un phénomène transitoire et pragmatique, selon l’expert Golriz. Certes, l’Iran fournit des drones de combat à la Russie et reçoit en échange des biens économiques, mais la Russie céderait à la pression internationale et abandonnerait l’Iran si un cessez-le-feu était conclu en 2026 entre Moscou et Kiev. Les États-Unis, quant à eux, maintiennent leurs exigences maximales : l’Iran doit renoncer totalement à son programme nucléaire.
Qui succédera à Khamenei ?
Le guide suprême Ali Khamenei aura 87 ans en avril 2026. Depuis 1989, il détient le dernier mot dans la République islamique à dominante chiite. Israël menace constamment de tuer Khamenei et de provoquer un changement de régime.
Son état de santé fait l’objet de nombreuses spéculations. Les médias israéliens rapportent régulièrement que Khamenei serait gravement malade. Mais les autorités iraniennes démentent ces informations. La structure du pouvoir en Iran est fortement personnalisée et centralisée. L’absence du " guide de la révolution " rendrait le pays incapable d’agir, affirme Damon Golriz.
Sur le plan juridique, c’est le Conseil des experts qui est chargé de désigner le nouvel dirigeant. Les 88 membres de cet organe constitutionnel sont certes élus directement par le peuple, mais doivent au préalable être approuvés par le Conseil des gardiens.
Le Conseil des gardiens est un puissant organe ultraconservateur composé de six religieux et six juristes. Le guide suprême peut influencer sa composition de manière significative. Dès 2023, Khamenei avait mis en place une commission de trois personnes de confiance pour régler la question de la succession. Le guide de la révolution en Iran est élu à vie.
Toutes les factions du pouvoir, qu’elles soient radicales ou réformatrices, veulent imposer leur candidat favori. Les puissants Gardiens de la révolution veulent également peser dans la décision. Deux noms ont filtré comme possibles successeurs : le fils cadet de Khamenei, Mojtaba Khamenei, et le petit-fils du fondateur de l’État, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, Hassan Khomeini.
Mojtaba Khamenei soutient la ligne dure de son père, tandis que Hassan Khomeini sympathise avec le mouvement réformateur. Cependant, en 2016, le Conseil des gardiens avait déjà rejeté la candidature de Hassan Khomeini au Conseil des experts.
Catastrophes environnementales
L’Iran a un besoin urgent d’eau. L’aggravation de la crise hydrique, la baisse drastique des réserves d’eau souterraine, l’assèchement des rivières ainsi que l’augmentation des affaissements de terrain menacent les moyens de subsistance de millions de personnes, en particulier dans les régions centrales et méridionales du pays.
La pollution atmosphérique chronique cause un décès toutes les 13 minutes et accentue la pression sur le système de santé, notamment dans les métropoles, en raison de la hausse des maladies respiratoires et cardiovasculaires, rapporte le journal municipal de Téhéran Hamshahri. En décembre, les écoles de la capitale ont dû être de nouveau fermées. Ceux qui se trouvaient à l’extérieur portaient des masques de protection respiratoire. Les causes sont l’augmentation du trafic urbain, les véhicules vétustes et les centrales à charbon émettant d’énormes quantités de particules fines.
Le gouvernement iranien n’a pas encore réussi à orienter sa politique vers la durabilité. Les autorités ont certes augmenté fin 2025 les prix de l’essence fortement subventionnée. Mais il faudra encore des années avant que le ciel de Téhéran redevienne bleu.