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Il y a 40 ans, la catastrophe du lac Nyos au Cameroun

21 août 2026

Dans la nuit du 21 août 1986, la libération soudaine de dioxyde de carbone piégé au fond du lac avait asphyxié plus de 1.700 habitant pendant leur sommeil.

Une vue sur le lac Nyos.
L'immense masse de CO2 dégagé par le lac Nyos s'est rabattue sur les vallées et les villages adjacents. Image : jbdodane/Visually/picture alliance

"La catastrophe du lac Nyos a pris tout le monde par surprise. Nous n'avions aucun signal d'alerte avant qu'elle ne se produise", explique Isaac Konfor Njilah. Le géologue camerounais est chef d'un laboratoire au département des sciences de la Terre de l'Université de Yaoundé, au Cameroun

Situé dans la région camerounaise du Nord-Ouest, à un peu plus de 300 kilomètres de Yaoundé, le lac Nyos est né dans un ancien cratère volcanique.

Le lac Nyos a été avant la catastrophe un lieu très prisé par les touristes.Image : gemeinfrei

Dans la nuit du 21 août 1986, le fond du lac a soudainement libéré un immense nuage de dioxyde de carbone qui s'est propagé dans les vallées et villages voisins. Le gaz a ainsi chassé l'oxygène, asphyxiant les habitant, mais aussi les animaux. 

La catastrophe a coûté la vie à environ 1 700 personnes et à 3 500 têtes de bétail, ce qui en fait l'une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l'histoire du Cameroun. 

Avant, plus de 3 000 habitants vivaient dans cette zone, où de nombreuses familles sont dépendantes de l'agriculture et de l'élevage de bétail. 

Du gaz piégé sous 200 mètres d'eau 

Après la catastrophe, des scientifiques du Cameroun et de l'étranger ont lancé des enquêtes pour comprendre au mieux ce qui s'est passé. 

Ils ont conclu que le dioxyde de carbone provenant des profondeurs souterraines s'était accumulé au fond du lac pendant des années, piégé sous plus de 200 mètres d'eau. 

En effet, les couches supérieures du lac contenaient de l'eau riche en oxygène, tandis que les couches plus profondes étaient saturées de dioxyde de carbone dissous. Njilah explique que l'eau a un appétit insatiable pour le dioxyde de carbone. 

"Ainsi, lorsque le dioxyde de carbone provient du manteau terrestre, il est dissous en continu dans le lac", explique Isaac Konfor Njilah à la DW. 

Depuis la catastrophe, des tuyaux installés dans le lac doivent évacuer progressivement le surplus de gaz (Photo datant de 1986, prise une semaine après l'éruption).Image : Mike Nelson/AFP

Les scientifiques comparent souvent le lac Nyos à une immense bouteille d'eau gazeuse. Pendant des décennies, le dioxyde de carbone s'est accumulé dans les profondeurs du lac. Lorsque cet équilibre a été perturbé, le gaz s'est échappé à travers une réaction en chaîne, libérant le nuage mortel. Ce phénomène est qualifié d'éruption limnique. 

Les chercheurs pensent qu'un glissement de terrain aurait pu déclencher cette perturbation. 

Dans l'air, le dioxyde de carbone est inoffensif à des niveaux normaux. Mais à forte concentration, il agit comme un asphyxiant, déplaçant l'oxygène dans l'air. Comme le gaz est plus lourd que l'air, il est tombé comme une nappe sur les villages, où de nombreux habitants sont morts dans leur sommeil. 

L'éruption de gaz était-elle prévisible ? 

Deux ans plus tôt, le 15 août 1984, un événement similaire s'est produit dans le lac Monoun, à environ 100 kilomètres au sud-est de Nyos. Lors de cet incident, la libération soudaine de dioxyde de carbone a tué 37 personnes. 

Dans les années qui ont suivi, les ingénieurs ont installé des tuyaux de dégazage dans le lac Nyos pour libérer progressivement le dioxyde de carbone piégé sous la surface. 

Aujourd'hui, Isaac Konfor Njilah affirme que le lac ne contient plus assez de dioxyde de carbone dissous pour déclencher une catastrophe de la même ampleur. 

"Le lac est très sûr pour le retour de la population", assure-le scientifique. 

Le souvenir reste douloureux parmi les survivants  

Pour les survivants, cependant, la peur demeure. Tsang Emelda Njah n'avait que cinq ans lorsque la catastrophe est arrivée, mais elle se souvient de cette nuit : "Nous étions chez nous et la maison a été secouée par une forte vibration. Nous avons pensé que c'était simplement la maison qui était sur le point de s'effondrer. Mais nous ne savions pas vraiment ce que c'était. Nous nous sommes donc enfuis en courant."  

Lorsque d'autres survivants, comme Kum Samuel, qui avait 17 ans à l'époque, sont revenus dans leur village, ils ont été confrontés à une scène d'horreur absolue. "J'ai vu mes parents gisant sans vie. Des poulets, ainsi que des mouches et des oiseaux. Des chiens, ainsi que nos aînés. Je ne savais pas quoi faire." 

La catastrophe à jeté de nombreux habitants sur la route pour s'éloigner du lac Nyos (Photo datant de 1986, prise une semaine après l'éruption).Image : Mike Nelson/AFP

Cette catastrophe naturelle a changé à jamais la vie des habitants de cette région. 

"Nous étions neuf qui sommes allés se coucher cette nuit-là, et je suis le seul survivant de la famille", confie un autre habitant, Ndong Frederick Bah, ajoutant que le lendemain, des personnes ayant entendu parler de la catastrophe sont venues le sauver. 

"Je suis une enfant de Nyos", dit Tsang Emelda Njah. "Mais j'ai encore peur de m'approcher du lac. En effet, quelle que soit la cause de ces décès, je ne suis pas sûre qu'on ait réussi à empêcher que cela ne se reproduise. C'est pourquoi nous avons toujours peur". 

La crise anglophone freine la réhabilitation 

Depuis la catastrophe, des communautés entières ont été relocalisées.  

Bien que les scientifiques considèrent le lac comme sûr, les efforts de reconstruction à long terme ont toutefois été ralentis par la crise anglophone

Ce conflit a éclaté en 2016 entre les forces gouvernementales et les groupes séparatistes dans les régions principalement anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où se trouve le lac Nyos. 

Selon Isaac Konfor Njilah, de l'Université de Yaoundé, les plans visant à réhabiliter les communautés touchées et à encourager les gens à retourner sur leurs terres ancestrales sont perturbés par l'insécurité, la zone étant désormais difficile d'accès. 

Blaise Eyong a contribué au reportage. 

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