En Côte d'Ivoire, l'inquiétude de la diaspora nigérienne
5 février 2026
Depuis quelques jours, la peur dans les quartiers des villes où vivent les Nigériens de Côte d'Ivoire est montée d'un cran. En cause : la récente déclaration du général Abdourahamane Tiani, le chef du pouvoir militaire au Niger, qui a accusé le président ivoirien, Alassane Ouattara, d'être l'un des soutiens de l'attaque djihadiste contre l'aéroport de Niamey, dans la nuit du 28 au 29 janvier dernier.
Des accusations qui ont accru les tensions diplomatiques, tandis qu'en Côte d'Ivoire, sur les réseaux sociaux, des activistes ont menacé de s'en prendre aux activités économiques de la diaspora nigérienne.
Deux pays frères
Tout porte à croire que la communauté nigérienne a reçu pour consigne de garder le silence sur les récentes accusations du chef des militaires putschistes, Abdourahamane Tiani, à l'encontre du président ivoirien. Sur le terrain, nos tentatives pour recueillir des réactions se sont heurtées à une certaine réticence, malgré la volonté manifeste de certains interlocuteurs de s'exprimer.
Sans critiquer la déclaration du président nigérien, Abouba Massaoudou, vendeur de fruits dans le quartier huppé des Deux-Plateaux Vallon, estime que la Côte d'Ivoire et le Niger sont deux pays frères et qu'aucune divergence ne devrait les opposer.
''Niger, Côte d'Ivoire, c'est la même famille. C'est le genre de bagarre que certaines personnes veulent amener à Abidjan. On n'est pas dedans. Et on prie Dieu que ça se calme" estime Abouba Massaoudou qui explique que personnellement, en tant que Nigérien, il ne peux pas dire qu'il n'aime pas son président. "J'aime bien le président Abdoulrahmane Tiani et Alassane Ouattara aussi, c'est un président que j'aime de tout cœur ‘’ assure t-il.
Les menaces proférées par des activistes sur les réseaux sociaux, à la suite des accusations portées par le général Abdourahamane Tiani, suscitent toutefois de vives inquiétudes au sein de la diaspora nigérienne vivant en Côte d'Ivoire.
Forte de plus de 700 000 personnes, cette communauté est largement intégrée au tissu économique ivoirien.On retrouve les ressortissants nigériens dans des secteurs-clés tels que le commerce, le transport, la restauration, les activités économiques informelles, ainsi que dans la main-d'œuvre domestique.
Aboubacar Kalioul, restaurateur installé à Abidjan depuis plusieurs années, témoigne de son attachement à son pays hôte. Pour lui, " la Côte d'Ivoire est bien plus qu'un pays d'accueil, c'est mon pays de cœur ", confie-t-il, appelant au calme et à la préservation de la coexistence pacifique entre les communautés.
‘'Depuis des années, les Nigériens et les Ivoiriens sont ensemble. Depuis nos parents. Donc, vraiment, j'appelle les Ivoiriens et les Nigériens. Je veux qu'on reste en paix. Nous n'avons aucun problème avec les Ivoiriens. J'ai des amis ivoiriens, on dort ensemble. Parce que moi, où je suis, après le Niger, mon pays, c'est la Côte d'Ivoire. Je ne connais aucun autre pays, si ce n'est la Côte d'Ivoire‘' témoigne Aboubacar Kalioul.
Eviter les amalgames et les représailles
L'ambiance qui prévaut aujourd'hui entre le Niger et la Côte d'Ivoire ravive, au sein de la communauté nigérienne, le souvenir d'un épisode douloureux. Le 19 mai 2021, une fausse information avait déclenché une vague de violences visant des Nigériens dans plusieurs communes d'Abidjan.
Le bilan fut d'un mort et de 39 blessés, dont six cas graves. Il y eut aussi des biens matériels incendiés et d'importants dégâts. Pour Aboubacar Kalioul, il est donc hors de question de revivre de tels événements. Il appelle à l'apaisement et à la préservation de la coexistence pacifique entre Nigériens et Ivoiriens.
‘' Donc, vraiment, on prie Dieu, pour ne plus que cela se reproduise encore, entre nous et les Ivoiriens. Et vraiment, nous, les Nigériens, c'est ici qu'on vient pour chercher notre nourriture. Donc leur politique, qu'ils la fassent entre eux, là-bas. Nous, la population, on est ensemble avec les Ivoiriens. Il n'y a pas de palabre'' conclut le restaurateur.
Dans les marchés, sur les chantiers, dans les restaurants et les ateliers, les Nigériens de Côte d'Ivoire continuent de travailler, avec, toutefois, la peur d'être pris en otage par une crise qui les dépasse. Ils redoutent donc les amalgames et les représailles.
Pourtant, depuis des décennies, cette communauté discrète, mais essentielle, contribue à enrichir l'économie ivoirienne, du petit commerce au transport, de l'artisanat aux services.
Aujourd'hui, plus que jamais, ces femmes et ces hommes n'aspirent qu'à une chose : continuer à vivre et à travailler en paix, dans un pays qu'ils considèrent comme le leur.