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L'accord de paix RDC-Rwanda, une "manœuvre" des Etats-Unis ?

23 octobre 2025

Un rapport de l'Oakland Institute dénonce en effet cet accord comme une "manœuvre des États-Unis pour contrôler les minerais critiques congolais.

USA Washington D.C. 2025 | Donald Trump mit Friedensabkommen zwischen Ruanda und der Demokratischen Republik Kongo
Image : Andrew Caballero-Reynolds/AFP/Getty Images

Le rapport, intitulé "Floués ! La ruée vers les minéraux critiques en RDC", a analysé les données commerciales relatives au coltan. Il en conclut que les États-Unis ont joué un rôle central dans le blanchiment de minerais congolais illégalement exportés au Rwandapar la contrebande.  

Les exportations totales de coltan du Rwanda vers les États-Unis ont ainsi été multipliées par 15 entre 2013 et 2018, toujours selon l’Oakland Institute.  

Le rapport indique que ce phénomène a débuté après la première invasion du M23, en 2012, et au moment où l'administration américaine a levé son mécanisme de sanctions contre le Rwanda.  

"À son apogée, plus de la moitié des importations américaines de tantale provenaient du Rwanda, malgré la production limitée de ce pays", poursuit le rapport. 

Par ailleurs, l’Oakland Institute poursuit en rappelant que l'accord de paix, signé le 27 juin dernier, est survenu "après des décennies de formation, de conseil et de soutien américains à des armées étrangères et mouvements rebelles." 

Frédéric Mousseau, coauteur dit rapport, insiste sur le rôle des États-Unis dans le blanchiment des minerais congolais par le Rwanda.  

"Quand on voit le rôle du Rwanda dans trente ans de pillage des minerais du Congo, notre rapport montre comment les États-Unis qui, aujourd'hui, s'avancent comme faiseurs de paix, ont été un acteur très actif dans le blanchiment des minerais de l'est du Congo par le Rwanda", estime-t-il. 

Le coltan fait partie des minerais vendus par le Rwanda alors qu'acquis dans les mines en RDCImage : Goran Tomasevic/REUTERS

Les Etats-Unis et le Rwanda, grands gagnants de cet accord ?

Si le président américain Donald Trump a salué l'accord de Washington comme marquant la fin d'une guerre meurtrière longue de trois décennies, l’Oakland Institute considère il s'agit plutôt d'un accord "gagnant-perdant qui récompense le Rwanda pour avoir pillé les ressources congolaises pendant des décennies."  

Une thèse que soutient le professeur Nicot Omeonga, enseignant à l'université pédagogique nationale de Kinshasa. 

"Les gagnants, ce sont les États-Unis et, dans une certaine mesure, aussi, le Rwanda qui en tire profit. Le dindon de la farce, c'est la RDC, comme toujours. C'est nous qui sommes les plus grands perdants parce que nous avons perdu dans tous les secteurs", estime Nicot Omeonga. 

"Des millions de Congolais sont fauchés, nos minerais stratégiques sont pillés chaque jour et l'intégrité territoriale est mise à rude épreuve." 

De son côté, Frélimond Muteba, président de l'Observatoire de la dépense publique, l'Odep, dénonce un accord visant à placer la RDC dans la dépendance des États-Unis et du Rwanda. 

"C'est vraiment la honte. On n'est plus seulement sous la dépendance occidentale, mais nous sommes devenus aussi une colonie d'exploitation du Rwanda. Quand les fonds des investisseurs américains arrivent, ils vont être logés dans les banques rwandaises. Nous, nous produisons les minerais bruts. Les minerais bruts seront transformés, même pas par Hoboken (l’ancienne entreprise belge Société générale métallurgique d’Hoboken, devenu Umicore, ndlr), mais à Kigali ! Le Congo s'enfonce davantage dans une domination des États-Unis et des Occidentaux, mais, en même temps, dans un sous impérialisme régional", déplore Frélimond Muteba.

Mais cette dépendance de la RDC n’est pas nouvelle. Kinshasa vend ainsi plus de 80 % de son cobalt, de son cuivre et de son manganèse à la Chine, qui l’exploite directement par le biais de ses entreprises, notamment le groupe chinois Cmoc Group, qui exploite la mine de Tenke Fungurume.