Les rebelles ADF ciblent les lieux de culte chrétiens
27 janvier 2026
Depuis début janvier dernier, au moins 50 civils ont été tués par les rebelles islamistes des Forces démocratiques alliées, les ADF, dans différentes localités du territoire de Lubero. C'est le mode opératoire qui fait désormais peur aux communautés locales, et surtout aux chrétiens qui se rendent dans les églises.
Comme tous les dimanches, ces fidèles catholiques se réunissent pour la messe dans la chapelle de leur localité, à Njiapanda, en territoire de Lubero. Mais ce matin, seulement une dizaine de personnes sont présentes dans l'église qui en accueille normalement des centaines le dimanche.
"Beaucoup de gens ne viennent plus à l'église par peur d'y être tuées. Ce n'est plus comme avant", explique un fidèle. Un autre assure que "cette église devrait être pleine maintenant, mais depuis que les tueries ont commencé, d'autres fidèles ne viennent plus à la messe".
A la mi-janvier, les ADF ont, en effet, incendié le temple d'une église locale à Mausa, dans le territoire de Lubero, dans la province du Nord-Kivu. Au cours de cette attaque, le responsable de l'église a été pris en otage au côté des dizaines d'autres civils, provoquant ainsi la panique et un déplacement massif de population.
Escalade de violence
Vianney Kitswamba, point focal du Comité de protection communautaire à Lubero, déplore l'escalade de violence contre les civils, malgré les opérations militaires en cours dans la région.
"Comment comprendre que les ADF tuent librement les civils sous l'œil impuissant des agents de sécurité ? Depuis janvier 2026, en chefferie de Baswagha nous avons vu 33 civils (tués), 23 civils (tués) en secteur de Bapere. Plus de 21 villages se sont déjà vidé de leur population. C'est une population exposée, abandonnée", s'insurge Vianney Kitswamba.
L'avocat Fidèle Andera se souvient qu'en septembre 2025, au moins 71 personnes rassemblées pour une veillée mortuaire ont été assassinées lors d'une attaque d'hommes armés, à Ntoyo, dans le territoire de Lubero, toujours dans l'est du pays.
Provoquer une révolte contre l'armée
Deux mois plus tard, une autre attaque a visé l'hôpital de Biambwe, où 18 patients ont péri. Plus au nord, dans la province de l'Ituri, les ADF ont tué au moins 43 fidèles, surpris eux aussi lors d'une veillée de prières dans une église catholique, à Komanda, en juillet 2025.
Pour Fidèle Andera, en s'attaquant aux églises et à d'autres lieux publics, les ADF cherchent à pousser les habitants à se révolter, notamment contre l'armée qui ne parvient pas à les protéger.
"Ils attaquent frontalement les chrétiens pour les pousser à la colère, à la vengeance, plaide-t-il. Nous savons que le terrorisme pousse au désespoir. Comme ils n'aiment pas un lieu ou un groupe qui donne l'espoir, ils attaquent ce lieu pour dire : même Dieu vous a abandonné. Les ADF comptent beaucoup sur ça. Cela participe à leur rayonnement".
Embuscade contre l'armée
Pour sa part, l'armée congolaise qualifie les attaques de la rébellion islamiste de "vengeance contre une population sans défense". Début janvier, lors d'un enterrement de 13 soldats congolais tués dans une embuscade attribuée au même groupe rebelle, à Banju-Banju, dans la province de l'Ituri, le responsable de l'armée dans cette zone a demandé aux jeunes de ne pas collaborer avec les membres de l'ADF, une rébellion d'origine ougandaise, affiliée à l'État islamique depuis 2017.
Enfin, on apprend également qu'au moins 25 agriculteurs ont été tués, dans la nuit de samedi (24.01) à dimanche, par les ADF dans la province de l'Ituri. Les victimes sont tous des agriculteurs installés dans une zone forestière, pour travailler dans leurs champs.