La Cédéao revoit à la baisse sa force d'attente
5 mars 2026
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la Cédéao, va créer une force militaire de 2.000 hommes pour lutter contre le djihadisme.
L’annonce a été faite le week-end dernier à Freetown, en Sierra Leone, à l’issue d'une réunion des chefs d’État-major des armées de l’organisation ouest-africaine.
2 000 soldats contre plus de 5 000 annoncés lors des précédentes réunions : à Freetown, les chefs d’État-major de la Cédéao ont donc revu à la baisse leurs ambitions au niveau de l’effectif de cette force en attente.
"Je pense qu’il faut voir le chiffre de 5 000 hommes annoncé initialement comme le but à atteindre, l’effectif final consolidé à terme. Donc, pour commencer, on débute avec 2 000 hommes pour maîtriser davantage la force. C’est peut-être pour tenir compte aussi des questions de financement. Dans le contexte mondial actuel, les États de l’Afrique de l’Ouest ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Ils ont tiré les leçons du passé, notamment avec le G5 Sahel", explique Emery Owolabi expert en sécurité régionale et chercheur à l'université d’Abomey-Calavi, au Bénin.
Fonctionnement de la force
Concrètement, comment cette force va-t-elle fonctionner ? Selon des sources proches de l'organisation sous-régionale, la force va reposer sur des contingents militaires, policiers et civils, fournis par les États membres, identifiés à l’avance et maintenus dans leurs pays d’origine, et prêts à être déployés en cas de décision politique. Freetown devrait abriter une des bases logistiques de cette force.
Financement local
L’autre question qui se pose, et qui apparaît sans doute comme la plus difficile, est celle du financement qui devra être assuré par l’organisation ouest-africaine elle-même.
"La Cédéao veut elle-même financer sa force pour éviter le sort du G5 Sahel. Il y a des prélèvements qui seront faits au sein de la Cédéao. Les Nations unies, dans la résolution 2 719 de décembre 2023, avaient promis de financer à 75 % les opérations de maintien de la paix en Afrique, pour le compte de l’Union africaine. Et cette force en fait partie. En plus des financements locaux, il y aura aussi les financements qui transitent par l’Union africaine", selon Hassane Koné chercheur à l’Institut d’études de sécurité à Dakar, au Sénégal, joint par la DW.
Coopération avec les pays de l'AES
Une autre préoccupation, enfin, est de savoir comment cette force pourrait-elle se passer d’une coopération avec les pays de l'Alliance des États du Sahel, que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger, des pays avec lesquels les relations se sont dégradées ces dernières années.
Emery Owolabi, expert en sécurité régionale estime "qu’il y aura, à terme, une collaboration entre la force de la Cédéao et les États de l’AES, au moins pour le partage de renseignements militaires. Cela va de l’intérêt des uns et des autres. Cette difficulté n’est pas insurmontable. Ensemble, ils finiront par trouver un modus vivendi."
La force en attente devrait également servir d’instrument pour préserver un retour à l’ordre constitutionnel, c’est-à-dire faire échec aux coups d’Etat, comme ce fut le cas au Bénin, le 7 décembre 2025.
En revanche, aucune réaction n'a suivi le coup d’État de novembre 2025, en Guinée-Bissau, contre le président Umaro Sissoko Embalo.
Pour le chercheur Gilles Yabi, "le déploiement de la force en attente est toujours une décision politique, relevant de la lecture d’une situation donnée par les chefs d’État de la région."