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Allemagne : l’AfD renforce son aile dure

6 juillet 2026

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a profité de son congrès fédéral, organisé à Erfurt en Thuringe, pour afficher ses ambitions de pouvoir.

Allemagne – Erfurt 2026 | Congrès de l’AfD | Alice Weidel prononce un discours
Alice Weidel s’adresse aux délégués et aux militants du parti, lors du congrès de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Image : Karina Hessland/REUTERS

Réélue à la tête du parti, Alice Weidel a affirmé que l’AfD était désormais prête à gouverner le pays, s’appuyant sur des sondages qui placent la formation d’extrême droite à des niveaux historiquement élevés.

"Nous sommes la première force politique. Nous sommes un parti populaire à 30 %. Et nous gouvernerons", a déclaré la dirigeante devant les délégués réunis dans la capitale thuringienne.

Alice Weidel confortée à la tête du parti

Les délégués ont reconduit la direction bicéphale de l’AfD. Alice Weidel, figure de proue du parti lors des élections législatives de 2025, a obtenu 81,3 % des voix, améliorant légèrement son résultat précédent. Son coprésident, Tino Chrupalla, a en revanche enregistré un recul significatif en ne recueillant que 70 % des suffrages.

Au-delà de sa réélection, Alice Weidel sort renforcée du congrès grâce à l’élection de plusieurs de ses proches au sein du nouveau comité directeur fédéral. Cette évolution consolide son influence sur l’orientation politique du parti et alimente les spéculations sur une éventuelle direction unipersonnelle de l’AfD à l’avenir.

Une direction marquée par l’extrême droite

La composition du nouveau comité directeur confirme le poids croissant des courants les plus radicaux au sein du parti. Six des quatorze membres élus proviennent de fédérations régionales classées comme "extrémistes de droite avérées" par les autorités allemandes chargées de la protection de la Constitution.

Parmi les nouveaux dirigeants figure Jean-Pascal Hohm, président de l’organisation de jeunesse " Generation Deutschland ". Considéré comme proche de la mouvance d’extrême droite, il avait déjà fait polémique en raison de ses relations avec certains milieux radicaux.

Les dirigeant de l’AfD déclarent que leur parti était désormais prêt à diriger l'Allemagne, en s’appuyant sur des sondages qui place l'AfD à des niveaux historiquement élevés.Image : Karina Hessland/REUTERS

Autre nomination remarquée : celle de Stefan Möller, l’un des plus proches alliés politiques de Björn Höcke, chef du courant nationaliste de l’AfD en Thuringe. Möller sera chargé des questions relatives aux relations du parti avec les services de sécurité allemands.

Le conflit avec les services de renseignement 

L’Office fédéral allemand de protection de la Constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz) demeure l’une des principales cibles des critiques de l’AfD. Dans plusieurs Länder, notamment le Brandebourg, la Basse-Saxe, la Saxe, la Saxe-Anhalt et la Thuringe, le parti est officiellement considéré comme une organisation d’extrême droite. Dans d’autres régions ainsi qu’au niveau fédéral, il fait l’objet d’une surveillance en tant que mouvement soupçonné d’extrémisme.

Les autorités reprochent notamment à certains responsables du parti des déclarations hostiles à la démocratie parlementaire, à l’indépendance de la justice ou encore au principe d’égalité de tous les citoyens, en particulier lorsqu’il est question des immigrés, des musulmans ou des personnes noires. Stefan Möller avait lui-même suscité la controverse en écrivant sur le réseau social X en juillet 2023 : "Le fait d’être allemand se décide entre les oreilles, pas sur le papier."

Un congrès sans divisions apparentes

Contrairement aux précédents congrès de l’AfD, souvent marqués par des affrontements internes spectaculaires, la réunion d’Erfurt s’est déroulée dans une atmosphère relativement disciplinée. Cette stratégie d’unité s’explique notamment par les importantes élections régionales prévues en 2026. L’AfD espère notamment conquérir pour la première fois la direction d’un gouvernement régional, notamment en Saxe-Anhalt ou dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Peu de propositions concrètes

Sur le fond, Alice Weidel a peu détaillé le programme du parti. Son intervention s’est principalement concentrée sur une critique générale des politiques menées en Allemagne depuis deux décennies. Elle a dénoncé ce qu’elle considère comme une succession de politiques de sauvetage — de l’euro, des réfugiés, du climat ou encore de l’Ukraine — qu’elle accuse de fragiliser l’économie allemande.

Le gouvernement actuel reproche à certains responsables du parti AfD des déclarations hostiles à la démocratie parlementaire...Image : Karina Hessland/REUTERS

L’AfD continue notamment de défendre : un retour à l’énergie nucléaire ; la reprise des importations de gaz russe ; l’abandon de certaines politiques climatiques  et l’arrêt du soutien militaire allemand à l’Ukraine. Dans son discours de fin, Alice Weidel a lancé un appel à la mobilisation de ses sympathants en invoquant les couleurs nationales allemandes : "Faisons flotter le noir, le rouge et l’or sur tout le pays. Noir, rouge et or : ce sont nos couleurs."

Des milliers de manifestants dans les rues

Le congrès a également été marqué par une importante mobilisation des opposants à l’AfD. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues d’Erfurt à l’appel de syndicats, d’Églises, de partis politiques et d’organisations de la société civile.

Lors d’un rassemblement, Jens-Christian Wagner, directeur du mémorial de l’ancien camp de concentration de Buchenwald, a adressé une pique au parti d’extrême droite : "Remigrez-vous dans les livres d’histoire. !"

Malgré ces protestations, l’AfD ressort de ce congrès avec une direction consolidée, un discours plus homogène et l’ambition affichée de transformer sa progression dans les sondages en véritable pouvoir politique. 

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