Friedrich Merz "choqué", mais veut poursuivre les reformes
8 septembre 2026
Le résultat du scrutin "a changé non seulement quelque chose en Saxe-Anhalt, mais aussi dans toute l'Allemagne. Cela aura aussi un impact sur la situation internationale". La réaction de Friedrich Merz à l'écrasante victoire électorale du parti d'extrême-droite AfD était très attendue.
Le chancelier s'est dit "profondément choqué", alors que selon lui, 60% des électeurs de Saxe-Anhalt ont voté pour des partis qui n'auraient que faire de l'État de droit. En plus de l'AfD, Friedrich Merz inclut ici les électeurs qui ont voté pour l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) ainsi que pour le parti de gauche radicale Die Linke.
Le chancelier a assuré que son gouvernement défendrait toujours les valeurs de la Loi fondamentale : "Ces valeurs ne sont pas sujet à débat pas dans notre pays. Chez nous, le pouvoir se donne, il ne se prend pas. Et la minorité n'est pas l'ennemie de la majorité." C'est par cette notion de prise de pouvoir que les historiens décrivent l'accession des Nazis à la tête de l'Allemagne.
Le chancelier conservateurs (CDU) tente ainsi de rassurer les partenaires internationaux de l'Allemagne aussi bien les pays membres de l'Union européenne (UE) que de l'Otan. "Nous savons que l'Allemagne porte une responsabilité particulière en raison de son histoire", a-t-il expliqué.
Des députés CDU en Saxe-Anhalt pour aider l'AfD à accéder au pouvoir ?
En Saxe-Anhalt, l'AfD n'a pas obtenu de majorité absolue au parlement régional. Il manque trois sièges au parti pour pouvoir gouverner seul.
Dans les rangs des conservateurs, le mécontentement grandit et l'on se demande si Friedrich Merz est en mesure de faire respecter le cordon sanitaire dicté par la ligne officielle du parti et ainsi d'empêcher que certains députés CDU ne donnent leur voix au leader de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, lorsqu'il s'agira d'élire le prochain ministre-président du Land.
Si le chancelier échoue à faire maintenir le pare-feu contre l'AfD, son poste de chef du gouvernement mais aussi de chef du parti serait en danger.
Friedrich Merz défend ses réformes controversées
Friedrich Merz s'est toutefois dit déterminé à maintenir le cap de ses réformes, tout en promettant de "mieux les expliquer".
"Ma détermination est de poursuivre le cap des réformes, sans rupture, mais je sais que (...) nous devons mieux les expliquer", a-t-il dit lors d'une réunion de la direction de la CDU. L'une des principales réformes controversées est celle du système de retraite chroniquement déficitaire. L'AfD s'oppose fermement à un relèvement de l'âge de la retraite.
L'AfD attaque Friedrich Merz
Pour le premier parti d'opposition au niveau fédéral, les implications de ce succès sont aussi nationales.
"Jamais un chancelier n'a été aussi impopulaire que Friedrich Merz, qui est devenu un lourd handicap pour le développement prospère de l'Allemagne", a dit la co-cheffe de l'AfD, Alice Weidel devant la presse, affichant l'objectif d'avoir au moins 40% des suffrages aux législatives de 2029.
Le leader du parti pour la Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund a lui dit avoir besoin "d'une chancelière Alice Weidel".
Il a aussi sarcastiquement remercié la presse de la capitale. "Nous y sommes parvenus grâce à vous", a-t-il lancé, alors que le magazine Der Spiegel avait décrit Ulrich Siegmund comme "l'homme le plus dangereux d'Allemagne". Celui-ci avait ensuite tiré profit de cette couverture, signant même des exemplaires de l'hebdomadaire pour ses soutiens lors des meetings de campagne.
Selon Ulrich Siegmund, "jamais auparavant il n'y a eu une telle division entre certaines parties du paysage médiatique, qui voulaient nous dicter d'ailleurs comment nous devons vivre en Saxe-Anhalt, et la réalité de la vie pour les habitants de l'État".
Lars Klingbeil dénonce le racisme, faible mobilisation à Berlin
Face à cette montée en puissance de l'AfD, le ministre fédéral des Finances Lars Klingbeil (SPD) a mis en garde contre le racisme et l'exclusion en Allemagne. Devant les députés du Bundestag, le social-démocrate a rappelé que des personnes "s'inquiètent pour leur avenir, car l'hostilité raciste et les idées nationalistes deviennent à nouveau de plus en plus des défis pour elles dans leur vie quotidienne". Il a rappelé que l'immigration a contribué à construire le pays et a rendu l'Allemagne "économiquement plus forte, culturellement plus riche". Ces personnes sont "fières de faire partie de notre pays".
"Nous n'acceptons pas le racisme et aucune politique d'exclusion en démocratie. Nous n'acceptons pas que notre pays soit divisé en un 'nous' et un 'eux' de l'extrême droite", a déclaré Lars Klingbeil lors du débat budgétaire. Qui appartient à l'Allemagne n'est pas décidé "par un nom de famille, une couleur de peau ou l'endroit où les parents sont nés".
A Berlin, à peine quelques milliers de personnes se sont rassemblées lundi soir devant la porte de Brandebourg pour réclamer de "stopper l'AfD". La police parle de 5.000 participants, les organisateurs de 14.000.
Début 2025, juste avant les élections législatives nationales, la perspective d'une alliance entre la droite conservatrice et l'extrême droite avait mobilisé des dizaines, voire au moins une centaine de milliers de personnes dans la capitale allemande.