Blocage du détroit d'Ormuz : l'Afrique souffre en silence
17 août 2026
Cela fera bientôt six mois que l'une des principales artères du commerce mondial est bloquée. La guerre au Moyen-Orient continue à prendre en otage le détroit d'Ormuz, par où passent en temps normal un cinquième du pétrole mondial.
Et malgré les annonces régulièrement optimistes du président américain Donald Trump, la perspective d'un accord semble éloignée, l'Iran ayant fait de son contrôle et sa capacité de nuisance sur le trafic dans ce goulet d'étranglement un levier essentiel dans ses négociations avec Washington.
Ce blocage a de lourdes conséquences sur l'économie mondiale, alimentant l'inflation et faisant grimper les prix à la pompe.
Evidemment, l'Afrique n'échappe pas aux dégâts causés par cette impasse.
Personne ne veut s'attirer l'ire de Donald Trump
Des automobilistes qui attendent pendant des heures devant des stations-services en rupture de stock. Des engrais qui, avant la crise, provenaient des pays du Golfe, mais qui n'arrivent plus, menaçant les récoltes agricoles. L'Afrique, tout particulièrement, est en effet intéressée par un règlement rapide du conflit.
Mais au-delà de la solidarité exprimée envers les pays du Golfe visés par les frappes de représailles iraniennes, ce qui est marquant dans la communication des diplomates africains, c'est l'effort déployé pour éviter d'attribuer la responsabilité de cette guerre à ceux qui l'ont déclenchée, à savoir Israël et les Etats-Unis.
"Toute personne rationnelle dans le monde sait que ces crises ont été déclenchées par Donald Trump", explique Dismas Mokua, analyste des risques politiques au cabinet de conseil kényan Tricarta. Mais la majorité des dirigeants en Afrique et dans le monde entier craignent les conséquences s'ils le disent".
Et si toute l'Afrique parlait d'une seule voix – par exemple à travers l'Union africaine(UA), pour appeler à la fin du conflit ? Selon Liesl Louw-Vaudran, de l'ONG International Crisis Group, "l'UA s'est brûlé les doigts dès le premier jour de la guerre en Ukraine, en 2022, lorsque le président de l'époque a critiqué la Russie – et les chefs d'État ont déclaré que la commission de l'UA n'avait aucun mandat pour commenter les affaires étrangères au nom de toute l'Afrique".
Avec 55 pays membres, l'UA peine à trouver un dénominateur commun et préfère rester prudente.
Le Kenya s'en sort, l'Ethiopie est en difficulté, le Nigeria peut sortir gagnant de la crise
Alors, en attendant, il faut des actions pour atténuer les effets de la crise et revoir les chaînes d'approvisionnement.
"De mon point de vue, le Kenya a très bien réussi", observe Dismas Mokua. "Personne ne se plaint du manque de ressources, pas même les agriculteurs. C'est un succès. Et l'approvisionnement en pétrole et en gaz ne s'est pas effondré non plus – les livraisons sont constantes, bien que plus coûteuses".
Mais les résultats sont contrastés selon les pays. L'Éthiopie voisine a dû distribuer le carburant en priorité aux agences de sécurité, aux transports publics et au secteur agricole, alors qu'avant la guerre, l'Éthiopie était l'un des partenaires commerciaux africains les plus importants de l'Iran.
Dans le même temps, certains Etats pourraient profiter de cette instabilité dans le Golfe. Ainsi, l'inauguration de la méga-raffinerie du groupe Dangote au Nigeria, pays riche en pétrole, est venue à point nommé. Une autre raffinerie est prévue au Kenya.
Enfin, cette crise constitue aussi un élément de plus, s'il en fallait, en faveur de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange africaine, la Zlecaf.
"Si vous voulez devenir indépendant des aléas de la perturbation mondiale, il faut apprendre à commercer en Afrique", conclut Dismas Mokua.