La persécution des juifs au Maghreb pendant l'Holocauste
27 janvier 2026
Si l'Holocauste a dévasté les communautés juives d'Europe, la persécution nazie a dépassé les frontières du continent et touché les juifs du Maroc, d'Algérie, de Tunisie et de Libye.
Des juifs d'Afrique du Nord ont été assassinés, envoyés dans des camps de travail, ont subi des conditions inhumaines et ont été exclus de la vie publique.
Avant la Seconde Guerre mondiale, les communautés juives du Maghreb prospéraient. Selon Yad Vashem, le centre mondial de commémoration, de documentation, de recherche et d'éducation sur la Shoa, environ 415 000 juifs vivaient au Maghreb avant la guerre, soit près de 200 000 au Maroc, 120 000 en Algérie, 85 000 en Tunisie et quelque 30 000 en Libye.
L'historien Dan Michman rappelle ainsi que l'Afrique du Nord et ses communautés juives ont été affectées — à des degrés divers — par la guerre.
"Le régime de Vichy en France et ses extensions en Afrique du Nord font partie de l'histoire de l'Holocauste", explique-t-il.
Des centaines de personnes tuées dans un camp de travail libyen
La Libye, alors colonie de l'Italie fasciste de Benito Mussolini, réussit à échapper à l'application complète des lois antijuives de Rome jusqu'au début des années 1940.
Des allégations d'espionnage portées contre les juifs par des membres des chemises noires, la milice du régime de Mussolini, vont entraîner des restrictions sur la participation des Juifs à la vie publique en 1942. Par la suite, Rome donne l'ordre d'envoyer tous les hommes juifs âgés de 18 à 45 ans dans des camps de travail.
Le camp de Giado, à 150 km de la capitale Tripoli, fait partie des nombreux camps de travail mis en place pour les juifs libyens. Ces derniers y sont détenus dans des conditions sanitaires déplorables, favorisant la propagation des maladies.
Yosef Da'adush, né à Benghazi, a documenté son passage à Giado dans un journal intime retrouvé après sa mort et publié en 2020. Dans ce journal, le jeune homme, alors âgé de de vingt ans, raconte notamment le décès de sa fille, morte d'une maladie, et comment il l'a enterrée de ses propres mains. "J'ai posé son petit corps par terre et commencé à creuser", écrivait Yosef Da'adush.
Selon Dan Michman, même si le camp du Giado n'a pas été géré par les Allemands nazis, il était idéologiquement "influencé” par ces derniers.
Environ 2 600 juifs ont ainsi été envoyés au Giado entre mai 1942 et sa libération par les troupes britanniques, en janvier 1943. Environ 500 d'entre eux sont morts de faim, d'épuisement et de maladies
Les juifs non Libyens sont quant à eux envoyés dans des camps nazis en Europe : "À Benghazi, il y avait des juifs britanniques. Les Italiens les ont emmenés dans des camps de travail italiens, et lorsqu'en septembre 1943, l'Allemagne a pris le contrôle du nord de l'Italie, ces juifs ont été emmenés à Bergen Belsen. Mes parents y ont aussi été emmenés", explique Dan Michman.
Biens volés, travail forcé et un le "miracle" de Djerba
En Tunisie, la communauté juive s'étendait sur quelques villes, la majorité vivant dans la capitale, Tunis. Politiquement et intellectuellement diverse, cette communauté comprend alors aussi bien des sionistes, des socialistes et des communistes.
Nadia Nakash est la fille d'une rescapée de la Shoah originaire de Gabes, dans le sud de la Tunisie, près de l'île de Djerba. Elle se souvient que ses parents, bien qu'au courant de la guerre en Europe, n'avaient pas conscience de son niveau d'horreur.
"Les gens menaient une vie simple et cherchaient à vivre normalement et à pratiquer leur religion", se souvient-elle. Dans de nombreux cas, ajoute-t-elle, juifs et les Arabes vivaient dans les mêmes quartiers.
L'hostilité montante contre la communauté juive va culminer avec le pogrom de Gabes, lors duquel sept juifs sont tués par d'autres habitants de la ville. Cette hostilité s'intensifiera après l'invasion de la Tunisie par l'Allemagne, en 1942, plaçant la communauté juive sous occupation nazie directe — une exception dans la région du Maghreb.
Environ 5 000 hommes juifs tunisiens sont envoyés dans des camps de travail, tandis qu'une vingtaine d'activistes politiques juifs sont envoyés dans des camps de concentration et d'extermination en Europe.
Les juifs voient également leurs biens pillés. Sur l'île de Djerba, les soldats nazis ordonnent à la communauté juive locale de collecter 50 kilos d'or en à peine trois heures, sous peine de faire exploser les quartiers juifs.
Après 43 kilogrammes d'or amassés, les nazis prolongent la collecte d'un jour. Mais le lendemain, les forces alliées libèrent Djerba. Cet événement est aujourd'hui encore appelé par les juifs de l'île le "Miracle de Djerba".
Les juifs algériens résistent
En Algérie, colonisée par la France, les juifs algériens sont des citoyens français et jouissent entièrement des droits civils avant la guerre. Ces droits sont restreints sous le contrôle nazi de la France de Vichy, à partir de 1940. L'Etat retire la citoyenneté française aux juifs algériens, qui se voient interdits de faire des études et d'exercer certaines activités économiques.
Des milliers de juifs sont envoyés dans des camps de travail. De nombreux juifs algériens vont également rejoindre le mouvement de résistance clandestin contre l'occupant.
Le Roi en soutien aux juifs marocains
Les juifs marocains, qui constituent alors la plus grande communauté juive du Maghreb, ont également souffert des lois discriminatoires du régime de Vichy, les excluant de certains emplois et restreignant leur accès à l'éducation.
Cependant, selon Yad Vashem, ces lois n'ont eu qu'un effet limité car les communautés juives au Maroc disposaient à cette époque de leur propre système éducatif.
Si dans les grandes villes marocaines, les juifs se retrouvent marginalisés, dans les petites localités, "les responsables locaux ne voulaient pas de problèmes avec les habitants, c'est pourquoi ils n'ont pas appliqué les lois antijuives de façon aussi étendue", explique l'historien historien Dan Michman.
Une grande partie des efforts pour protéger les juifs et minimiser la discrimination des nazis et de la France de Vichy est attribuée au souverain marocain de l'époque, le roi Mohammed V. Ce dernier sera d'ailleurs honoré par des organisations juives pour son rôle dans la protection des communautés juives pendant la guerre.