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Berlin espère un rapatriement massif des réfugiés syriens

Marco Wolter | Avec agences | Avec ARD
30 mars 2026

Friedrich Merz a fait cette annonce lors de la visite du président syrien Ahmed al-Chareh à Berlin. Il a aussi été question de la reconstruction de la Syrie.

Deutschland Berlin 2026 | Friedrich Merz & Ahmed al-Sharaa bei Pressekonferenz
Image : Lisi Niesner/REUTERS

Il y a encore peu, cette poignée de main aurait été impensable. Celle entre le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le président de transition syrien Ahmed al-Chareh. Elle a eu lieu pourtant, ce matin, devant le Château Bellevue, la résidence du chef de l'Etat allemand, autorité morale de la République fédérale.

Or, c'est cette morale qui est vivement discutée, vu le passé djihadiste d'Ahmed al-Chareh, un islamiste radical issu des rangs de l'organisation de l'Etat islamique.

Certes, à la tête de la coalition de rebelles Hayat Tahrir Al-Cham (HTS), le leader syrien a renversé le dictateur Bachar al-Assad en décembre 2024, mettant ainsi fin à plus d'une décennie de guerre civile. Par ailleurs, Ahmed al-Chareh a abandonné son nom de guerre — Abou Mohammed Al-Joulani — pour reprendre son nom civil et est passé du turban et treillis kaki au costume-cravate. 

Mais il a aussi été à l'origine de la création de l'organisation terroriste syrienne Front al Nosra, une émanation de Daech, avant de prêter allégeance pendant plusieurs années à Al-Qaida.

Selon l'Onu, "la reconstruction de l’État syrien, déjà fragilisée par les tensions intercommunautaires, se heurte désormais à l’embrasement régional déclenché par la guerre en Iran".Image : ZDF

Aussi, depuis son accession au pouvoir en Syrie, Ahmed Al-Chareh peine à remplir sa promesse de protéger toutes les minorités. En juillet 2025, des affrontements dans le sud du pays entre les forces gouvernementales, des combattants bédouins et des factions druzes ont fait des centaines de morts. L'armée syrienne est accusée d'avoir commis des exécutions sommaires de civils. Et selon des enquêteurs indépendants de l'Onu en août dernier, "les vagues de violences commises par les forces gouvernementales contre la minorité alaouite depuis janvier (2025) sur la côte et le centre-ouest de la Syrie ont été ‘généralisées et systématiques'". Certains de ces abus pourraient constituer des "crimes de guerre”. 

C'est donc avec ce passif que le président Ahmed al-Chareh se trouve ce lundi à Berlin et a rencontré le président allemand ainsi que le chancelier Friedrich Merz. Face aux critiques, ce dernier a appelé à l'installation d'un "Etat de droit” et au respect des droits de toutes les Syriens "quelle que soit leur religion, leur appartenance ethnique ou leur sexe".

Economie et reconstruction

Le leader syrien a d'abord participé à une table ronde économique au ministère des Affaires étrangères. Selon nos confrères de l''ARD, Ahmed al-Chareh veut d'une part attirer des investisseurs privés pour reconstruire les infrastructures en Syrie, comme par exemple le réseau de chemins de fer ou encore les aéroports. Il s'agit également de reconstruire ou rendre à nouveau habitable près de deux millions de logements. 

Le gouvernement allemand entend également participer à cette relance de la Syrie. Selon le chancelier Friedrich Merz, l'Allemagne va financer à hauteur de 200 millions d'euros de projets relatifs à l'approvisionnement en eau ou encore la reconstruction d'hôpitaux. Et une délégation allemande va se rendre dans le pays "dans quelques jours”. 

Ahmed Al-Chareh a multiplié les voyages, en particulier aux Etats-Unis, en France et en Russie, afin de replacer la Syrie sur la scène internationale.Image : Nadja Wohlleben/REUTERS

L'autre thème central de cette visite est le sort des Syriens qui vivent en Allemagne. Près d'un million d'entre eux ont fui la guerre, la plupart d'entre eux lors de la crise migratoire en 2015. Depuis, selon les derniers chiffres cités par portail d'information sur la migration Mediendienst Integration, près de 244.000 personnes ont obtenu la nationalité allemande. 

Or, malgré les violences et l'instabilité qui persistent en Syrie, malgré l'état dévasté du pays, et en dépit de la vie que de nombreux syriens se sont construits au fil des années en Allemagne, les conservateurs au pouvoir estiment que les Syriens ont la responsabilité de reconstruire le pays. Plus largement, le retour des Syriens s'inscrit dans le tour de vis migratoire imposé par l'actuel gouvernement.

"S'il existe une perspective de stabilité et de paix dans le pays d'origine, il faut quitter l'Allemagne. Les différences de conditions de vie ne constituent pas à elles seules une raison de rester”, a notamment expliqué en février Jens Spahn, le chef du groupe parlementaire de la CDU, le parti chrétien-démocrate auquel appartient le chancelier.

"Modèle circulaire de migration”

Ce souhait a été réitéré ce lundi lors d'une conférence de presse commune entre Friedrich Merz et Ahmed al-Chareh. Le chancelier estime que dans les trois années à venir, "près de 80%" des Syriens vivant en Allemagne devraient retourner en Syrie.

"Nous travaillons ensemble à ce que les Syriennes et Syriens puissent rentrer d'Allemagne dans leur patrie", a dit le chef du gouvernement allemand, qui conditionne l'aide allemande à la reconstruction au retour des réfugiés.

Et selon Ahmed al-Chareh, Berlin et Damas veulent établir un "modèle circulaire de migration qui permettra aux Syriens de contribuer à la reconstruction de leur patrie sans avoir à abandonner la stabilité des vies qu'ils ont construit ici pour ceux qui veulent rester". Il a souligné que les Syriens d'Allemagne devaient être "un pont" entre les deux pays et étaient "un atout".

Friedrich Merz veut cibler en priorité "un petit groupe qui nous pose des problèmes", à savoir des Syriens ayant commis des infractions.Image : Nadja Wohlleben/REUTERS

Enfin, Ahmed al-Chareh devait également s'entretenir avec le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt pour aborder les expulsions de personnes condamnées par la justice mais aussi la question du rapatriement volontaire de Syriens.

Selon le site d'information Tagesschau.de, "fin 2025, plus de 10.000 ressortissants syriens soumis à une obligation de quitter le territoire étaient enregistrés dans le registre central des étrangers”. Mais près de 9.000 d'entre-eux bénéficient du statut de "Duldung”, qui empêche une expulsion pour des raisons humanitaires, de sécurité, de santé ou encore administratives.

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