L'alcool frelaté séduit certains Togolais malgré ses dangers
21 août 2025
Au Togo, l'opération a marqué les esprits. Plus de 11 000 litres de boissons frelatées, connues sous le nom de "Sodabi", ont été détruits le week-end dernier par les forces de sécurité à Dapaong, ville frontalière du Burkina Faso. L'action a été menée conformément aux directives du gouverneur de la région des Savanes, dans le cadre de la lutte contre la vente et la consommation de produits dangereux pour la santé.
"Nous avons reçu cette information avec une très grande satisfaction et un grand bonheur pour le bien-être de nos communautés de la région. Quand nous voyons l'immense quantité, on parle de 11 000 litres de produits frelatés détruits", se félicite Yendoutien, un habitant de Dapaong.
Les raisons du succès de l'alcool frelaté
Mais derrière cette satisfaction demeurent des interrogations : d'où proviennent ces boissons ? Pourquoi séduisent-elles autant les jeunes
Pour le Dr Lidawouwè Ahloma, psychiatre au CHR de Dapaong, "les causes de la consommation d'alcool frelaté et d'autres expériences chez les jeunes sont multiples. Nous allons citer entre autres la disponibilité de ces alcools frelatés ainsi que leur accessibilité… Ce sont des substances qu'on retrouve partout dans les boutiques et à des coûts très abordables. Ce qui fait que c'est facile de s'en procurer".
Lidawouwè Ahloma rappelle que les conséquences sont lourdes : problèmes physiques, troubles mentaux, difficultés économiques et sociales.
Il observe que "la consommation de ces alcools frelatés et de ces excitants entraîne beaucoup de problèmes sur le plan physique. On peut avoir des problèmes hépatiques, donc des atteintes du foie, comme la cirrhose, voire même des cancers du foie liés à la consommation régulière de ces alcools frelatés. Nous avons également les maladies cardiovasculaires, telles que l'hypertension artérielle ou les insuffisances cardiaques, qui peuvent être induites par la consommation régulière de ces substances".
Il pointe également les insuffisances rénales chroniques, les accidents vasculaires cérébraux, l'affaiblissement du système immunitaire, qui favorise les infections à répétition chez certaines personnes, ainsi que les maladies sexuellement transmissibles et toutes sortes de cancers.
Interdiction de l'alcool frelaté
Face à la gravité de la situation, le gouverneur de la région a pris des mesures strictes depuis le 24 mars dernier. Il est désormais interdit non seulement de consommer et de commercialiser ces produits, mais aussi d'en produire, d'en importer, d'en détenir et même d'en consommer.
Yendoutien remercie les autorités régionales pour cette mesure, selon lui, "très salutaire et forte", qui ne fait que renforcer le bien-être et la santé des communautés. "Que ces mesures continuent, que ce soit encore plus ferme. Je pense que ces mesures, ces batailles permettront d'éradiquer beaucoup d'autres fléaux, beaucoup d'autres corollaires de la consommation de ces stupéfiants dans notre région".
Entre fermeté des autorités et inquiétudes sanitaires, la bataille contre les boissons frelatées est désormais engagée. Une lutte de longue haleine dans laquelle la vigilance des forces de sécurité, l'implication des communautés et l'accompagnement médical seront décisifs.