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Le marché immobilier allemand "contaminé" par le racisme

12 décembre 2025

Selon une nouvelle étude, les personnes noires et musulmanes sont victimes d'une discrimination disproportionnée sur le marché allemand de l'immobilier .

 Berlin 2023 | un agent immobilier remet une clé
Selon une étude, il est difficile pour les personnes qui ne sont pas allemandes et blanches de trouver un logement en Allemagne.Image : Sebastian Rau/photothek/IMAGO

Le logement est un besoin existentiel fondamental qui influe sur tous les aspects de la vie d'une personne, de ses perspectives de carrière à sa santé physique et mentale. Or trouver un logement convenable peut s'avérer difficile en Allemagne, et encore plus pour les personnes qui ne sont pas allemandes et blanches.

C'est ce que révèle une nouvelle étude du Centre allemand pour la recherche sur l'intégration et la migration (DeZIM). Il s'agit de la première analyse complète sur la manière dont les personnes racisées, c'est-à-dire issues de groupes victimes de racisme, sont fréquemment aussi victimes de discrimination sur le marché du logement.

Le Moniteur national de la discrimination et du racisme (NaDiRa), qui fait partie du DeZIM, a interrogé un peu plus de 9 500 personnes entre août 2024 et janvier 2025. Les résultats ont été analysés statistiquement et mis en relation avec des données officielles, telles que des informations sur la pollution environnementale dans des zones spécifiques.

Les musulmans et les noirs ont déclaré être exclus des visites d'appartements en raison de la discrimination beaucoup plus fréquemment que les personnes non-racisées, avec une probabilité de 35 % et 39 % respectivement, contre 11 %.

Les chercheurs ont également trouvé des preuves à l'appui de cette tendance : ils ont envoyé des candidatures à des annonces immobilières réelles, en variant les noms des candidats supposés tout en conservant les mêmes revenus et le même niveau d'éducation.

Les candidats ayant des noms à consonance allemande ont plus de chance d'être invités pour la visite d'un logement.Image : Monkey Business 2/Shotshop/IMAGO

Les résultats ont montré que les candidats ayant des noms à consonance allemande avaient 22 % de chances d'être invités à une visite, tandis que seuls 16 % des candidats ayant des noms courants au Moyen-Orient, en Turquie ou en Afrique recevaient des invitations.

Trois candidatures par jour et pas d'appartement

Belphine Okoth est venue du Kenya en Allemagne pour poursuivre ses études supérieures et cherche depuis cinq mois un appartement à Bonn, sans succès.

Elle dit s'être inscrite sur presque tous les portails immobiliers disponibles et envoyer en moyenne trois candidatures par jour.

"Je ne peux pas l'affirmer avec certitude, mais il pourrait y avoir un certain préjugé, car je veille à envoyer mes candidatures en allemand et je n'ai pas de photo sur mon profil. Ainsi, lorsque vous [les propriétaires] me voyez, vous vous dites peut-être : "Oh, ce n'est peut-être pas ce à quoi je m'attendais" ", a-t-elle déclaré à la DW.

"Je ne peux pas affirmer explicitement qu'il s'agit d'un problème de race – j'essaie de ne pas le voir ainsi, sinon je me sentirais très mal […] si je veux tout mettre sur le compte de la race, j'ai l'impression que je n'ai aucune chance".

Après avoir obtenu son diplôme, Okoth a quitté la résidence universitaire et vit désormais dans une sous-location non officielle – un autre problème mis en évidence par le rapport DeZIM.

Ce rapport a révélé que les personnes issues de minorités raciales et ethniques sont plus susceptibles de vivre dans des conditions de location précaires : 12 % des personnes racisées avaient des contrats de location à durée déterminée, contre 3 % des personnes non racisées.

La discrimination se manifeste particulièrement dans les conflits entre voisins.Image : Matthias Balk/dpa/picture alliance

Elles ont également tendance à supporter une charge financière nettement plus lourde en raison des coûts du logement, ce qui signifie qu'elles consacrent 40 % ou plus de leurs revenus au logement : 37 % des personnes racisées dépensent plus de 40 % de leurs revenus pour se loger, contre 30 % des personnes non-racisées.

"Le marché immobilier est complètement contaminé par le racisme. Vous pouvez parler à toutes sortes de personnes noires et elles vous raconteront des histoires très similaires", explique Tahir Della, porte-parole de l'Initiative Schwarze Menschen in Deutschland (ISD), un groupe de défense des personnes noires en Allemagne basé à Berlin.

Les propriétaires disent rarement ouvertement qu'ils rejettent un candidat en raison de sa race, car cela est contraire à la loi, explique M. Della.

Cependant, il ajoute qu'il est courant que des personnes noires ayant des noms à consonance allemande soient invitées à visiter un appartement, pour s'entendre dire lors de la visite que celui-ci a déjà été loué.

"À Berlin, on ne trouve un appartement que par le biais de contacts personnels, et cela vaut pour tout le monde, pas seulement pour les personnes de couleur ou les immigrants, mais bien sûr, d'après mon expérience personnelle, la race est un critère d'exclusion", explique-t-il à DW.

Un Afro-Allemand qui a souhaité rester anonyme a déclaré à la DW que, malgré un emploi bien rémunéré avec un contrat à durée indéterminée, on lui avait demandé de fournir un garant qui accepterait de se porter garant de toute dette contractée.

"C'est bien sûr une façon de fermer le marché. Cela rend également très difficile pour les étrangers de trouver un logement à louer", a-t-il déclaré.

Les conflits avec les propriétaires et les voisins

Alexander Thom est porte-parole de Fair mieten, fair wohnen (Louer juste, vivre juste), un centre de conseil spécialisé dans la lutte contre la discrimination sur le marché du logement, unique en son genre en Allemagne.

Il affirme que le rapport reflète en grande partie ce que lui et ses collègues vivent dans leur travail. La discrimination se manifeste particulièrement dans les conflits entre voisins, qui, selon Alexander Thom, sont souvent plus préjudiciables sur le plan personnel que le fait de ne pas être pris en considération ou d'être carrément rejeté pour un appartement.

"Cela commence par des inégalités, par exemple dans la facturation des charges ou même dans le montant du loyer", a-t-il déclaré à la DW. "Mais ce que nous constatons très clairement, c'est que ce qui semble à première vue être un conflit de voisinage typique s'avère être des cas très concrets de discrimination".

Alexander Thom décrit un type de cas récurrent, impliquant généralement des mères célibataires noires, qui sont agressées par leurs voisins ou dénoncées à la société de gestion immobilière pour des problèmes tels que le fait que leurs enfants seraient "trop bruyants".

Les sociétés de gestion émettent souvent des avertissements aux locataires sans même vérifier les faits. Lorsque l'affaire est examinée, il s'avère souvent qu'il n'y a pas de problème de bruit : les registres de "pollution sonore" tenus par les voisins qui ont déposé la plainte initiale s'avèrent inexacts ou falsifiés.

David* (le nom est modifié pour préserver l'anonymat), un Afro-Américain naturalisé allemand, vit ici depuis un peu plus de dix ans et parle couramment l'allemand. Il a lui-même été victime du type de comportement décrit par Alexander Thom.

Les propriétaires disent rarement ouvertement qu'ils rejettent un candidat en raison de sa couleur de peau.Image : LB Studios/Connect Image/picture alliance

Depuis des années, il est engagé dans une procédure judiciaire contre son propriétaire pour défaut d'entretien et a reçu plusieurs avis d'expulsion que les tribunaux ont jugés invalides.

Le propriétaire a également récemment tenté d'augmenter les frais annexes inclus dans le loyer global, mais David a également contesté cette décision avec succès devant les tribunaux. 

"Je pense, et certains de mes amis pensent aussi, qu'il n'aurait pas osé se comporter de manière aussi scandaleuse s'il s'agissait d'un Allemand blanc", a-t-il déclaré à la DW.

"Comment se fait-il qu'il n'ait pas peur de poursuites pénales ? Parce qu'il pense manifestement qu'il s'agit juste d'une personne noire et qu'il peut faire tout ce qu'il veut, c'est évident".

Plus petits, plus chers et de moins bonne qualité

L'étude DeZIM révèle également des inégalités en matière de qualité, de coût et de taille des logements. Elle montre que la probabilité de vivre dans un logement présentant des défauts est d'environ 57 % pour les personnes issues de minorités raciales et ethniques, contre 48 % pour les personnes non-racisées.

Ces minorités sont plus fréquemment exposées à des niveaux élevés de pollution environnementale, tels que les niveaux de dioxyde d'azote dans leur cadre de vie. Elles ont également tendance à vivre dans des conditions nettement plus exiguës, avec une surface habitable moyenne de 47 mètres carrés et 1,3 pièce par personne, contre 69 mètres carrés et 1,9 pièce pour les personnes non-racisées.

La libéralisation du marché immobilier complique l'accès au logement pour les personnes vulnérables.Image : Christin Klose/dpa-tmn/dpa/picture alliance

Selon Alexander Thom, l'un des moyens de lutter contre la discrimination raciale serait d'élargir la liste des caractéristiques protégées et de combler les lacunes réglementaires, telles que l'exemption de la loi anti-discrimination pour certains propriétaires.

Noa K. Ha, directrice scientifique de DeZIM, a également appelé au renforcement de la loi anti-discrimination et à la mise à disposition de logements sociaux plus abordables.

"Depuis les années 1970, nous assistons à une libéralisation du marché immobilier, ce qui complique l'accès au logement pour les personnes vulnérables", a déclaré Noa Ha à la DW, ajoutant que les immigrants de deuxième génération ont également moins de chances sur le marché immobilier – cela n'a rien à voir avec leurs compétences linguistiques ou leur capacité à s'y retrouver dans un système étranger.

"Je pense que c'est là que la société civile et les centres de conseil anti-discrimination ont un rôle à jouer. Berlin est la seule ville d'Allemagne à disposer d'un service de conseil spécifique pour les personnes victimes de discrimination raciale sur le marché immobilier", précise Noa Ha.

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