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Awet Tesfaiesus : l'Allemagne donne "une piètre image"

27 mars 2026

Le parti des Verts regrette que l'Allemagne n'ait pas expliqué son choix de s'abstenir lors du vote sur la résolution du Ghana sur la traite des esclaves africains.

La députée Awet Tesfaiesus à la tribune du Bundestag.
Awet Tesfaiesus est également présidente de la commission de la culture et des médias.Image : dts-Agentur/picture alliance

Ce mercredi (25.03), l'Assemblée générale de l'Onu a proclamé la traite des esclaves africains comme crime le plus grave contre l'humanité.

La résolution portée par le Ghana a été adoptée par 123 voix pour, trois contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les États membres de l'Union européenne). L'Allemagne ne s'est ainsi pas prononcée.

Dans une interview accordée à la DW, la députée écologiste allemande Awet Tesfaiesus, également présidente de la commission de la culture et des médias, se réjouit de la majorité obtenue par la résolution. 

Elle critique toutefois le gouvernement allemand pour ne pas avoir expliqué son choix de s'abstenir. Awet Tesfaiesus réclame également un engagement accru des autorités allemandes en faveur du travail de mémoire sur le colonialisme, ainsi qu'une augmentation des lignes budgétaires alloués à la recherche sur ce sujet. 

Voici son interview : 

DW : Comment réagissez-vous à l'abstention de l'Allemagne ?

Awet Tesfaiesus : Je trouve cela regrettable. J'aurais au moins souhaité que l'Allemagne, à l'instar de ce qu'a fait le Royaume-Uni, fasse une déclaration à ce sujet et explique pourquoi elle s'est abstenue, car l'Allemagne se doit de prendre le sujet au sérieux.

Ce sujet revêt également de l'importance pour l'Allemagne. Non seulement parce que l'Allemagne en a profité grâce au commerce et aux nombreux avantages que cela a apportés, mais aussi parce que l'Allemagne est une société plurielle et que ces questions sont bien sûr importantes pour les personnes vivant en Allemagne, pour les personnes qui font partie de la société allemande. Et se contenter de s'abstenir sans rien dire à ce sujet donne une piètre image. 

La résolution a été portée par le Ghana et son président Dramani Mahama.Image : Bianca Otero/ZUMA/dpa/picture alliance

DW : Pourtant l'Allemagne est aussi une ancienne puissance coloniale. Avez-vous une explication à cette abstention ?

Awet Tesfaiesus : Je ne peux que supposer. Une explication possible est que ce sujet n'est tout simplement pas une priorité pour le gouvernement fédéral actuel. Cela se confirme par le fait que, selon moi, la question du travail de mémoire sur le colonialisme est traitée comme un sujet secondaire et de second ordre. J'en veux pour preuve l'absence d'un projet concernant la culture de la mémoire ou le travail de mémoire sur le colonialisme. Je le constate par le fait que les moyens budgétaires ont été radicalement réduits, de 75 %. Cela pourrait bien sûr être une raison. 

Une autre raison pourrait aussi être que l'Allemagne hésite, ce qui est compréhensible, face à l'expression "crime le plus grave”, car nous pourrions avoir des difficultés avec notre propre histoire à cet égard.

Mais je trouve qu'une explication aurait été un bon moyen de dire que c'est faux. Et c'est d'ailleurs ce que moi-même et le parti des Verts défendons. Il n'est pas juste de mettre les souffrances en concurrence les unes avec les autres et de lancer ainsi une sorte de course. Mais il est important de désigner cette souffrance (engendrée par la traite des esclaves africains) comme une partie significative de l'Histoire et un tournant majeur, et c'est ce que j'aurais souhaité.

"Il est important de continuer à travailler sur la mémoire de l'esclavage"

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DW : Vous venez de dire que, selon vous, le gouvernement fédéral actuel ne s'engage pas vraiment dans le travail de mémoire sur le colonialisme. Pouvez-vous nous en donner deux ou trois exemples ? 

Awet Tesfaiesus : Nous avons débattu du concept de lieux de mémoire, où nous avions espéré, lors de la dernière législature, que l'aspect du colonialisme, au même titre que le passé nazi et le SED (le parti politique de l'ex-Allemagne de l'Est, ndlr), fasse partie de notre passé, de notre culture mémorielle.

C'est très important parce que la culture mémorielle a aussi un effet structurant. Il ne s'agit pas seulement de construire des musées, mais aussi de favoriser la recherche, la formation continue.

Note de la rédaction : en novembre 2025, le gouvernement a formulé de nouvelles orientations sur le travail de mémoire (Gedenkstättenkonzept), notamment à travers des outils numériques, la diffusion d'informations sur les réseaux sociaux ou encore la préservation des lieux historiques. Or, ces orientations ne concernent pas le passé colonial de l'Allemagne.

DW : L'abstention sur la résolution onusienne peut-elle nuire à l'Allemagne ?  

Awet Tesfaiesus : Oui, je le pense. Nous constatons depuis un certain temps déjà que la position et la réputation de l'Allemagne s'affaiblissent sur la scène internationale, car sa crédibilité est tout simplement ébranlée : les populations du Sud global n'ont pas le sentiment d'avoir un partenaire crédible, car elles ont l'impression que l'Allemagne ne se préoccupe pas du tout de ce qu'elle a fait subir tout en prônant une politique étrangère fondée sur des valeurs. Je pense que pour être crédibles, nous devons aussi examiner de près les injustices que nous avons commises et nous demander comment y remédier, au lieu de simplement pointer du doigt les autres. 

Le Ghana présente une résolution à l'Onu sur l'esclavage

02:04

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DW : Encore une fois, selon vous, comment devrait se présenter la réflexion sur la traite des esclaves d'un point de vue allemand ? 

Awet Tesfaiesus : Je pense qu'il faudrait d'abord se pencher sur les domaines dans lesquels nous en avons profité, ce que signifiait cette traite des esclaves, et ce que ce travail a permis.

Si l'on constate, par exemple, que de nombreuses usines de tissage ont vu le jour à cette époque, cela tient au fait qu'il y avait soudainement du coton bon marché. Et si l'on y regarde de plus près – et je trouve vraiment dommage qu'il n'y ait pas de recherches à ce sujet et qu'on ne dispose par des connaissances – on trouve de très nombreux exemples très concrets où l'on en a tiré profit. 

Et il serait bien sûr important de regarder cela de plus près, car même si nous n'avons peut-être pas participé activement à la traite des esclaves, nous en avons activement tiré les avantages et profité.

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