Au Bénin, la lutte contre l'"argent gâté"
11 juin 2026
Au Bénin, rejeter une coupure ayant toujours cours légal expose désormais le contrevenant à une amende sévère. Mais sur les marchés, la réalité du terrain résiste encore à la loi, entre disputes quotidiennes, peur de perdre son capital et appels à l'assainissement de la masse monétaire par la Banque centrale.
Ainsi, sur le marché de Fifiadji à Cotonou, une dispute qui éclate pour un billet de banque un peu trop usé, froissé ou taché. Ce que l'on appelle ici l'" argent gâté".
Paul Koffi vient d'en faire l'amère expérience en voulant faire ses courses. "Je suis venu payer un kilo de maïs chez la dame et je lui ai remis mes 500 et elle a estimé que le billet était trop froissé, explique-t-il. C'est pourquoi j'y suis retourné parce qu'on est habitué au Bénin, quand l'argent est trop froissé, tout le monde le refuse".
Les clients aussi refusent l'argent gâté
Face à ce rituel du refus, les autorités béninoises ont fait le choix de la sanction. Désormais, refuser un billet valide est passible d'une amende allant de 100 000 à 500 000 francs CFA.
Une fermeté saluée par Flora d'Almeida, car le dialogue sur le terrain reste difficile : "Quand la vendeuse commence par des injures et dit que l'argent est gâté, qu'elle ne peux pas le prendre et me dit de plutôt laisser l'article ce n'est pas du tout cool. Et lorsqu'on réplique que le gouvernement a refusé ça, la vendeuse n'arrive pas à comprendre. Donc, je trouve cette décision très bonne".
Du côté des vendeuses, on explique que si l'on accepte des billets usés, ce sont les clients eux-mêmes qui, ensuite, les refusent. Pour dame Ghislaine, commerçante au marché de Fifiadji, accepter ces coupures imparfaites équivaut à travailler à perte.
Elle assure que "quand nous les prenons, les clientes refusent (ensuite) de prendre l'argent chez nous. Finalement, cela devient des billets à ne pas utiliser. C'est pourquoi nous-mêmes, on a commencé par refuser".
Retirer de la circulation les billets usés
Rompre ce cercle vicieux exige des solutions structurelles. C'est du moins l'avis d'Elvire Santos. Pour cette cliente, l'État doit d'abord assainir la masse monétaire en circulation.
"Avant d'interdire quelque chose, il faut d'abord chercher une solution à la situation, plaide-t-elle. Moi, je suggère qu'on retire les pièces gâtées, les billets déchirés du marché et qu'on fasse sortir de nouveaux billets, de nouvelles pièces qui vont nous permettre de ne plus avoir ce genre de problème".
Une logistique de retrait et de remplacement que la Banque Centrale maîtrise parfaitement, rappelle l'économiste Rodrigue Rustico. Pour lui, au-delà de la nécessaire pédagogie, c'est désormais l'heure de l'application stricte de la loi.
Pour lui, "ce sont des institutions qui sont suffisamment organisées et planifiées. Dès lors que la BCEAO n'a pas soustrait une monnaie de l'économie, vous n'avez pas le pouvoir de refuser cette monnaie. Donc, aujourd'hui, il faut que la sensibilisation continue encore et encore. Et la répression doit également démarrer. Si on ne réprime pas, on va se dire qu'on a voté une loi pour voter une loi. Il faut forcément que le débat démarre de quelque part".
Sensibiliser pour convaincre ou bien réprimer pour contraindre : les autorités béninoises ont désormais le choix entre ces deux attitudes pour imposer le respect de la monnaie nationale.