Au Niger, la flambée des prix du carburant
24 mars 2026
Les répercussions du conflit au Moyen-Orient se font sentir bien au-delà de la région. En Afrique, plusieurs pays sont touchés par la hausse des prix des hydrocarbures, et le Niger n’y échappe pas.
À Maradi, troisième ville du pays, un début de pénurie s’installe dans les stations‑services tandis que le marché noir voit ses tarifs s’envoler. Face à l’afflux de clients, les stations pratiquent désormais le rationnement.
Une dépendance accrue au carburant de contrebande
À Maradi, la majorité des habitants s’approvisionne traditionnellement auprès de vendeurs non agréés, installés au bord des routes. Ce carburant de contrebande, transporté à moto depuis la frontière nigériane distante d’environ 40 kilomètres, alimente l’essentiel de la consommation locale.
Mais la situation se dégrade rapidement. Pour les habitants, trouver de l’essence est devenu un véritable parcours du combattant. Un consommateur témoigne :
« Sur les routes il n'y a plus d'essence, et dans les stations-services si par exemple le plein est à 3 500 francs, on ne te sert que pour mille francs. Certains pompistes disent que le carburant n'est pas encore acheminé, d'autres disent que ce sont des consignes qui ont été données afin de rationner l'essence, mais nous n'avons pas le choix. Chez les revendeurs en ville, le litre a atteint 600 voire 700 francs CFA. On est obligé de l'acheter sinon, c'est pour aller trouver une longue file d'attente à la station. »
Pénurie et files d’attente
Avant le déclenchement de la guerre dans la région du Proche et du Moyen-Orient, le litre au marché noir valait environ 450 francs CFA. Désormais, il s’échange parfois jusqu’à 750 francs. Cette hausse renvoie les automobilistes et motocyclistes vers les stations officielles, créant des ruptures de stock et de longues files d’attente.
Abdoulaye Moussa, gérant d'une station-service, confirme :
« Depuis que l'essence se fait rare en ville, tout le monde a convergé vers les stations-services. L'essence vendue en ville est devenue trop chère. Ils sont tous revenus dans les stations. Ici, le prix n'a pas changé, c'est 499 francs CFA le litre. Les gens sont impatients, ils ne veulent pas respecter la file. Tout le monde veut être servi en premier. »
Cette impatience explique pourquoi certains usagers préfèrent continuer à s’approvisionner chez les vendeurs informels malgré l’explosion des prix.
Les revendeurs eux aussi en difficulté
L’autre conséquence de la crise est visible chez les revendeurs eux-mêmes, qui ne parviennent plus à s'approvisionner régulièrement. Au Nigeria, les tarifs du carburant ont bondi, provoquant un ralentissement des livraisons vers le Niger.
Oumar, vendeur d’essence, raconte :
« Cela fait une semaine que je n'ai pas vendu une goutte d'essence, parce que du jour au lendemain, le bidon de 25 litres est passé de 10 000 à 15 000 francs, prix revendeur. Ce bidon que tu vois, je ne m'y attendais pas quand mon fournisseur m'a appelé pour me dire qu'il a du carburant pour moi. Ils avaient arrêté de nous fournir depuis une semaine, parce que les prix se sont envolés au Nigeria. Selon le prix qu'il me propose, je suis obligé de revendre le litre à 700 francs. Depuis l'attaque sur les installations d'Aramco en Arabie Saoudite, l'essence est passée à 1 000 nairas le litre, au Nigeria, puis à 1 300 nairas. »
La production nationale insuffisante
La forte demande ne concerne pas uniquement Maradi. Le pays entier est touché. Malgré les quelque 20 000 barils de brut raffinés quotidiennement à la raffinerie de Zinder, la production ne couvre plus les besoins nationaux.