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La guerre en Iran déclenche une crise dans le secteur aérien

Isaac Kaledzi | Kossivi Tiassou
22 avril 2026

La guerre en Iran fait grimper les prix du carburant aviation, obligeant les compagnies aériennes africaines à augmenter les tarifs des billets et à repenser leurs opérations.

Afrique du Sud | Aéroport international du Cap
Des centaines de vols annulés et une situation qui pourrait empirer : les prix des carburants pèsent sur les compagnies aériennes.Image : Rodger Bosch/AFP/Getty Images

L'industrie mondiale de l'aviation - y compris le secteur africain en pleine croissance, peine à faire face aux retombées économiques de la guerre en Iran.

L'une des pressions les plus immédiates concerne le coût du "carburant aviation", qui représente une part importante des dépenses d'exploitation des compagnies aériennes. Le carburant aviation, un produit à base de kérosène raffiné à partir du pétrole brut, est le principal carburant utilisé par les compagnies aériennes.

Cependant, les perturbations liées à la guerre en Iran ont entraîné un doublement des prix sur certains marchés, provoquant des pénuries d'approvisionnement.

"L'impact est que cela a affecté la quantité de carburant aviation que les transporteurs africains achètent pour leurs opérations", a déclaré Dominick Andoh, directeur du site internet, AviationGhana, à DW.

Les inquiétudes concernant la sécurité énergétique ont fait grimper les prix mondiaux du pétrole. Lors des premières transactions ce mercredi (22.04.2026), le Brent se négociait autour de 98 dollars le baril, soit une hausse de plus de 30 % depuis le début de la guerre, selon Reuters.

Certains aéroports redoutent la panne sèche durant l’été. En cause : l’envolée des prix du kérosène liée aux problèmes d’approvisionnement engendrés par la fermeture du détroit d’Ormuz. Image : Matthias Tödt/dpa/picture alliance

La survie des compagnies aériennes

Les analystes attribuent cette hausse aux craintes d'un effondrement du fragile cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, notamment après la saisie par les États-Unis d'un cargo iranien et l'arrêt quasi total du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz.

Dominick Andoh a noté que la hausse des prix du carburant a inévitablement été répercutée sur les passagers.

"Les prix des billets ont augmenté", a-t-il déclaré à DW. "Si vous regardez les marges de surcharge carburant sur presque tous les billets vendus depuis le début de la guerre, surtout en avril, elles ont augmenté selon divers pourcentages."

La gravité de la crise a suscité des inquiétudes chez les chefs d'entreprise africains. Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique et propriétaire de la raffinerie Dangote au Nigeria, a déjà averti.

"La majorité des compagnies aériennes africaines ne pourront pas survivre à la hausse actuelle des coûts du carburant", a déclaré Dangote lors du sommet Semafor World Economy Summit à Washington, D.C., en évoquant les effets en cascade des prix instables de l'énergie sur les économies africaines.

Les perturbations des vols aggravent les pertes

Au-delà des coûts du carburant, les restrictions de l'espace aérien autour des pays du Golfe ont contraint les compagnies aériennes à détourner ou annuler des vols, augmentant encore les coûts opérationnels et réduisant l'efficacité des routes. Ces perturbations ont également contribué à la hausse des prix des billets d'avion.

Ethiopian Airlines figure parmi les plus touchées. Le mois dernier, des responsables ont révélé que la compagnie perdait environ 137 millions de dollars par semaine en raison directe de la crise.

"La compagnie a annulé plus de 100 vols par semaine [...] et nous avons perdu environ 137 millions de dollars en une semaine", a déclaré Lemma Yadhecha aux médias locaux.

L'annonce d'un cessez-le-feu la semaine dernière avait brièvement suscité l'espoir d'une amélioration de la situation, mais cet optimisme a été de courte durée après la rupture de l'accord par les parties concernées.

Ouganda | Des passagers arrivant de vols internationaux quittent le hall des arrivées de l’Aéroport international d’Entebbe.Image : Sumy Sadurni/AFP/Getty Images

Les compagnies adoptent de nouvelles stratégies

Face à ces défis croissants, certaines compagnies africaines adoptent des stratégies alternatives pour maintenir leurs opérations.

Kenya Airways, par exemple, indique qu'elle redirige davantage de voyageurs européens via son hub de Nairobi plutôt que par les points de transit traditionnels du Golfe.

"Nous avons profité de la situation actuelle [...] les clients européens passent désormais davantage par le Kenya, via notre hub à Nairobi", a expliqué son PDG George Kamal.

Malgré les turbulences, Dominick Andoh estime que l'aviation africaine peut résister si des mesures préventives sont prises.

"Les compagnies peuvent constituer des stocks de carburant aviation, si celui-ci est disponible et se couvrir contre les fluctuations de prix", a-t-il déclaré.

Mais Willie Walsh, de l'association du transport aérien IATA, a averti que même si le détroit d'Ormuz rouvrait, il faudrait plusieurs mois pour rétablir les niveaux d'approvisionnement.

Le tourisme également touché

La crise de l'aviation a également des répercussions sur le tourisme, un secteur fortement dépendant du transport aérien.

En Afrique du Sud, des opérateurs touristiques comme Emraan Roode affirment que les annulations et l'incertitude affectent déjà les moyens de subsistance.

"Le Cap est l'une des meilleures destinations au monde [...] mais à cause de la guerre, toute la ville souffre, notamment l'industrie touristique", a-t-il déclaré à Reuters.

Les annulations de vols liés aux routes du Moyen-Orient ont également affecté les entreprises dépendantes de clients internationaux réguliers.

"J'ai perdu entre 350 000 et 500 000 rands [...] au cours des derniers mois à cause de la guerre", a-t-il ajouté.

Malgré tout, Dominick Andoh reste confiant quant à une reprise : "Le secteur de l'aviation et celui du tourisme resteront en activité. Si quelque chose l'a prouvé, c'est bien la COVID-19 : ces secteurs sont très résilients. Les gens continueront de voyager."

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