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Bélarus : une victoire sans surprise

Philippe Pognan24 septembre 2012

Au Bélarus, quelque 7 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour élire un nouveau parlement. Un scrutin sans surprise avec un vainqueur annoncé : le parti au pouvoir du président Alexandre Loukachenko.

Alexandre Loukachenko s'adresse à la presse dimanche dans un bureau de vote à Minsk
Alexandre Loukachenko s'adresse à la presse dimanche dans un bureau de vote à MinskImage : REUTERS

Celui qui est souvent qualifié de dernier dictateur d'Europe a fait honneur à sa réputation. Depuis 1995, aucune élection dans cette ancienne république soviétique, voisine de la Russie, n'a été jugée juste ou libre par les observateurs internationaux. Le scrutin de dimanche s'inscrit dans cette tradition : et comme dans le parlement sortant, aucun représentant de l'opposition ne figure parmi les 110 députés.

Le président Alexandre Loukachenko a de nouveau un parlement dont tous les membres lui obéissent au doigt et à l'œil. 109 des 110 sièges ont été pourvus par des candidats tous favorables au pouvoir. Le 110ème mandat fera l'objet d'un second tour. Lundi matin (24 septembre), avant même que la mission d'observateurs de l'OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, ait pu donner un avis préliminaire sur le déroulement de ces élections, les autorités du Bélarus (aussi appelé Biélorussie) avaient déjà rejeté toute critique !

Le taux de participation officiel : 74%

Dès dimanche soir, l'opposition a affirmé que ce taux de participation tout comme les résultats ont été falsifiés. Ainsi, le co-président du Parti chrétien-démocrate a accusé la Commission électorale de mensonge et avancé un taux de participation de seulement 38%. Il faut dire que, comme toute autre institution, la Commission est sous l'entier contrôle du président Loukachenko, qui gouverne d'une main de fer ce pays depuis 18 ans déjà.Si ce chiffre de 38% est lui aussi difficilement vérifiable, il semble en tout cas plus probable puisque les principaux partis d'opposition - le Parti civique uni et le Front populaire bélarusse - avaient appelé au boycott du scrutin. Et à Minsk, les observateurs ont noté peu d'affluence dans les bureaux de vote.

Affiches de campagne électorale à MinskImage : Reuters

Scrutin anticipé

L'opposition, comme les observateurs, critique avant tout le fait que près d'un quart des électeurs aient pu voter de manière anticipée avant même le jour officiel de ces législatives. En effet, les plus de 6.000 bureaux de vote étaient déjà ouverts depuis le 18 septembre. Chaque électeur a pu donc voter avant le jour J. Officiellement, la possibilité d'un tel vote anticipé devait permettre aux citoyens de mieux faire usage de leur droit de vote. Mais selon l'opposition ce vote prématuré n'avait qu'un seul but : celui de pouvoir mieux frauder et manipuler les bulletins de vote. Il faut rappeler qu'en décembre 2010, lors de la réélection controversée de Loukachenko pour un quatrième mandat, des dizaines de milliers personnes avaient manifesté dans la capitale Minsk pour dénoncer des fraudes massives. Depuis, de nombreux opposants ont été arrêtés.

Des militaires en train de voterImage : REUTERS

Aujourd'hui encore, une quinzaine de membres de l'opposition et des défenseurs des droits de l'Homme sont en détention. Ce qui n'empêche pas les médias, tous à la solde de Loukachenko, de chanter ses louanges. Ce lundi au Bélarus, les médias parlent d'une "fête du parlementarisme“.

Mais pour l'OSCE, qui avait déployé 330 observateurs sur place, ces législatives n'ont été ni libres, ni équitables. « Une élection libre suppose que les gens soient libres de s'exprimer, de s'organiser et de se présenter. Or, nous n'avons pas vu cela dans cette campagne », a jugé le coordinateur de la mission, dans un communiqué.

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