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Bénin : un Parlement sans opposition pour sept ans

9 février 2026

Les 109 députés de la nouvelle législature entrent en fonction pour un mandat exceptionnel de sept ans, dans un Parlement entièrement acquis au pouvoir.

Image du Parlement
Pour la deuxième fois sous la présidence de Patrice Talon, le Parlement béninois est monocolore. Image : PROSPER DAGNITCHE/AFP/Getty Images

Les 109 députés de la 10ᵉ législature ont officiellement pris fonction le dimanche (08.02) au Palais des Gouverneurs, à Porto-Novo. Une mandature exceptionnelle de sept ans, dirigée par Me Joseph Djogbénou, figure de la mouvance présidentielle.
Mais plus que les visages, c’est la configuration politique de cette 10ᵉ législature qui interroge : une Assemblée entièrement acquise au pouvoir, où l’opposition est totalement absente.

Mais pour Orden Aladatin, membre de l’UPR, parti majoritaire, cette Assemblée "incarne le choix de la nation, c'est une mission que nous sommes prêts à assumer dans la continuité de ce que nous avons eu à faire jusque-là. Il faut asseoir les réformes, il faut les consolider et s'inscrire résolument dans la vision tracée depuis dix ans", ajoute Orden Aladatin.

Privés de députés pour sept ans, absents des élections communales, Les Démocrates ne pourront également pas participer à la présidentielle du 12 avril prochain. Image : Olympia De Maismont/AFP

Critiques possibles, mais sans contre‑pouvoir

Consolider les réformes mais sans voix discordante au Parlement. Après le passage éclair du parti Les Démocrates lors de la précédente mandature, l’opposition disparaît à nouveau des bancs. Certains y voient la conséquence de l'inefficacité stratégique ; d’autres, une uniformisation du débat.

Pour l’analyste politique Eugène Allossoukpo, l’absence d’opposition ne signifie pas forcément absence de critique.
" Je ne suis pas sûr que ce soit un Parlement de gens silencieux parce qu'il y a suffisamment de personnes intelligentes à l'intérieur de ce Parlement pour porter des critiques. Les deux parties de la mouvance représentées trouveront en elles les ressources utiles pour gérer", explique l'analyste.

La "critique régulée", nouvelle norme politique

Reste que cette critique attendue doit désormais composer avec un cadre juridique nouveau : celui de la "critique régulée". La réforme constitutionnelle limite la contestation ouverte afin de préserver l’efficacité de l’action gouvernementale. Désormais, compétition politique et critiques frontales ne sont publiques qu’à partir d’un an avant l’élection présidentielle.

" Il est dit que pendant que le Président de la République est en action, il ne devait pas avoir d'action opposante qui l'empêche de travailler, et que la compétition, les critiques ouvertes, ne sont permises qu’un an avant la présidentielle. C’est de la critique régulée… chaque pays a ses réalités", affirme Eugène Allossoukpo. 

La régulation de la critique fait l'objet de débats importants, marqués par une volonté gouvernementale d'assainissement d'un côté, et des craintes de musèlement de l'autre. Image : DW

Majorité et minorité semblent ainsi se fondre dans une vaste coalition parlementaire.

"On distingue clairement la majorité de la minorité, même si la minorité ne se confond pas à l'opposition pour l'instant, d'autant que ces deux parties sont signataires d'un accord de coalition parlementaire d'un côté et d'un accord de gouvernance qui vont les lier a priori pour le septennat qui vient", souligne le politologue Joël Atayi Guèdègbé.

Pour les six années à venir, le silence sera la norme et la critique l’exception. Le Bénin entame ainsi une expérience politique où le Parlement, cœur de la démocratie, devient le laboratoire d’une gouvernance sans entrave.

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