Bénin : Wadagni mise sur la jeunesse et s'ouvre à l’AES
26 mai 2026
C'est un discours de rupture dans le ton, prononcé par un président de 49 ans qui s'adresse directement à sa génération. Face à la vague d'immigration clandestine qui prive le Bénin de ses forces vives, Romuald Wadagni a brisé un tabou, exhortant les jeunes à ne plus risquer une éventuelle vie meilleure à l'étranger.
Une promesse au cœur de son message : le terreau de la réussite est au Bénin. Dans les rues de Cotonou, ces mots résonnent comme un soulagement, mais aussi comme un immense défi auprès des jeunes béninois.
"C'est un message très fort. L'intention qu'il cherchait à passer est que dans leur propre pays, les jeunes peuvent trouver du travail et contribuer par ricochet au développement de leur pays. Toutefois, au-delà des paroles, la jeunesse attend surtout des actions concrètes, plus d'emplois, plus d'opportunités et de meilleures conditions de travail", a déclaré une jeune fille rencontrée dans les rues de Cotonou.
Un sentiment partagé par un autre jeune de la capitale :
"Je crois qu'à travers ce message, le président l'a compris. Aujourd'hui, nous devons vraiment mettre les terreaux qui permettent aux jeunes de partout, de toutes les régions du Bénin, de croire que désormais, le mythe de la réussite occidentale est terminé."
"La jeunesse béninoise à ne pas prendre de risques inconsidérés"
Redonner espoir pour retenir les talents, le pari est immense dans un pays où la pression démographique est constante. Pour l'analyste géopolitique Régis Hounkpè, ce clin d'œil à la jeunesse est une tentative de réenchanter l'avenir national.
"Il exhorte évidemment la jeunesse béninoise à ne pas prendre de risques inconsidérés, des risques pour un destin funeste au-delà de ses frontières. Et c'est aussi une foi en l'avenir. Le Bénin qui sera sur son destin pendant sept ans sera un Bénin prometteur, engageant, un Bénin qui permettra aux jeunes de retrouver espoir, de retrouver de l'emploi et clairement de s'impliquer dans le développement et dans la prospérité du pays", explique Hounkpè.
La diplomatie des poignées de main
Mais pour offrir ces perspectives économiques à la jeunesse, le Bénin doit d'abord stabiliser son environnement régional. Et c'est le second fait marquant de cette investiture : la diplomatie des poignées de main. La présence très remarquée des représentants de l'Alliance des États du Sahel, et tout particulièrement du Premier ministre nigérien, marque un tournant radical après des années de tensions et de crise politique entre Cotonou et Niamey. À l'évocation par Romuald Wadagni des voisins du Bénin, l'émotion était palpable à l'investiture de dimanche.
"La géographie fait que, impérativement, nous devons travailler ensemble. Il est important, au nom de la fraternité entre les pays et pour des raisons aussi très pragmatiques, que le Bénin reprenne attache avec le Niger, avec le Burkina", analyse Hounkpè.
L'économie et l'emploi à l'intérieur, la paix et le pragmatisme à l'extérieur. En liant le destin de la jeunesse béninoise à la réouverture diplomatique avec l'hinterland sahélien, Romuald Wadagni a posé ce dimanche 24 mai 2026 les deux piliers de sa doctrine.
Reste désormais à savoir comment le tout nouveau chef de l'État parviendra à transformer ces promesses solennelles en opportunités réelles pour une jeunesse qui n'attend que des actes.