Bab el-Mandeb, nouveau défi pour l’Afrique
28 septembre 2026
Dans la Corne de l’Afrique, les craintes grandissent quant aux conséquences économiques et sécuritaires qu’une éventuelle perturbation du détroit de Bab el-Mandeb, l’une des voies maritimes les plus importantes du monde, pourrait entraîner.
À peine vingt kilomètres séparent la côte nord de Djibouti de l’île yéménite de Périm, qui contrôle le passage le plus étroit du détroit de Bab el-Mandeb. En prenant le contrôle de cette île, les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, renforcent potentiellement leur influence sur une route maritime essentielle au commerce mondial.
Cette situation rappelle celle du détroit d’Ormuz, où les tensions impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël perturbent déjà le commerce international. Depuis le début de la guerre à Gaza en 2023, les Houthis ont à plusieurs reprises attaqué des navires marchands, alimentant la crainte que l’accès à la mer Rouge ne devienne durablement dangereux.
Une nouvelle pression sur les économies africaines
Les conséquences seraient particulièrement lourdes pour l’Afrique. De nombreux pays du continent subissent déjà la hausse des prix des carburants et des engrais en raison des perturbations dans le détroit d’Ormuz.
Si Bab el-Mandeb devenait lui aussi difficilement praticable, les chaînes d’approvisionnement mondiales pourraient être davantage perturbées. Les compagnies maritimes seraient alors contraintes d’emprunter la longue route contournant le cap de Bonne-Espérance, ce qui augmenterait les coûts de transport. Ces surcoûts seraient finalement répercutés sur les entreprises et les consommateurs.
L’Égypte serait particulièrement touchée. Le pays tire d’importants revenus du canal de Suez, qui constitue l’accès nord de la mer Rouge. Une diminution du trafic maritime fragiliserait encore davantage son économie.
Djibouti au cœur de la crise
Situé directement sur le détroit, Djibouti ressent déjà les effets de l’escalade. Selon les Nations unies, plus de 2.500 personnes ont fui le Yémen en quelques jours et trouvé refuge dans le nord du pays.
Cette arrivée de réfugiés accentue la pression sur la région d’Obock, particulièrement aride et confrontée à un manque chronique de ressources en eau. Dans le même temps, les coûts du commerce augmentent en raison de la flambée des primes d’assurance exigées pour les navires transitant par la mer Rouge.
Malgré sa petite taille, Djibouti joue un rôle stratégique majeur. Le pays accueille des bases militaires des États-Unis, de la Chine, de la France, de l’Italie et du Japon. Ses ports constituent également des plateformes logistiques essentielles pour le commerce de l’Afrique de l’Est.
L’Éthiopie particulièrement vulnérable
Les répercussions pourraient être encore plus importantes pour l’Éthiopie. Premier pays enclavé du monde par sa population, elle réalise environ 95 % de son commerce extérieur via les ports de Djibouti.
Toute augmentation des coûts de transport ou toute perturbation du trafic maritime affecte donc directement son économie. Depuis plusieurs années, Addis-Abeba cherche à réduire cette dépendance, notamment en diversifiant ses accès à la mer et en diminuant sa consommation de carburants importés.
La question d’un accès souverain à la mer pourrait ainsi revenir au premier plan. Le Premier ministre Abiy Ahmed a déjà souligné à plusieurs reprises la nécessité pour son pays de disposer d’un port, ce qui a provoqué des tensions avec l’Érythrée et la région sécessionniste du Somaliland.
Bien que fortement concernés, les pays africains disposent de peu de moyens pour influencer directement la situation. Les trois États africains actuellement membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont certes réaffirmé leur soutien à la liberté de navigation et appelé à une résolution diplomatique de la crise yéménite sous l’égide des Nations unies.
Cependant, les experts estiment que les gouvernements africains devront avant tout s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques, notamment en diversifiant leurs routes commerciales et en renforçant leurs infrastructures portuaires alternatives.
Des opportunités malgré tout
Tous les effets de cette crise ne sont pas nécessairement négatifs. Certains ports d’Afrique de l’Est, notamment au Kenya et en Tanzanie, pourraient bénéficier d’une partie du trafic maritime détourné. De même, certaines entreprises énergétiques africaines pourraient profiter durablement de la hausse des prix du pétrole.
Néanmoins, l’inquiétude demeure. Si la situation à Bab el-Mandeb continue de se détériorer, l’Afrique risque de se retrouver de plus en plus affectée par les crises du Moyen-Orientet les rivalités entre grandes puissances. La stabilité de cette artère maritime stratégique est donc devenue une question cruciale pour l’avenir économique du continent africain.