1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

En Allemagne, l'AfD accusée de menacer la liberté culturelle

20 août 2026

En Allemagne, à deux semaines d'élections régionales, le parti d'extrême-droite s'en prend au Bauhaus, mouvement artistique déjà réprimé par les nazis.

Montage photo sur lequel des personnes défilent des drapeaux allemands et manifestent leur colère devant le bâtiment du Bauhaus à Dessau.
Dans son programme électoral, l'AfD reproche au gouvernement régional de Saxe-Anhalt de "pousser à l'extrême une politique de négation de l'identité" allemande en promouvant le Bauhaus.Image : Ludwig Ernst/DW

À l'approche des élections régionales dans le Land de Saxe-Anhalt, le 6 septembre prochain, les sondages suggèrent que le parti d'extrême droite l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) pourrait remporter la majorité absolue dans cette région de l'est du pays.  

Selon les acteurs culturels de Saxe-Anhalt, la liberté artistique risque d'être une des premières victimes si le parti prenait les commandes du Parlement régional. 

L'AfD a en effet annoncé que les artistes et les institutions, comme les musées et les théâtres, devront signer une déclaration s'engageant à "ne pas mépriser l'Allemagne et sa culture" s'ils veulent continuer à bénéficier de financements publics dont ils sont pourtant fortement dépendants pour exister. 

L'ambiguïté de la définition de "l'art anti-allemand"

L'AfD, qui maintient une certaine ambiguïté sur ses intentions, parle notamment d'"art anti-allemand" pour qualifier l'art qui ne respecterait la culture nationale. 

"Nous avons déclaré dans notre programme que nous n'avons plus l'intention de dépenser des fonds publics pour promouvoir l'art anti-allemand", a ainsi affirmé Hans-Thomas Tillschneider, chargé de la politique culturelle du groupe parlementaire de l'AfD au Parlement de Saxe-Anhalt fin juin. 

Le député Hans-Thomas Tillschneider dénonce les créations artistiques qui sont selon lui de "l'art anti-allemand".Image : Ronny Hartmann/dpa/picture alliance

Invité par d'autres députés à préciser cette pensée, M. Tillschneider a répondu que "l'art anti-allemand, c'est l'art allemand qui ne veut pas être allemand", en donnant l'exemple d'une production d'opéra qu'il avait vue il y a quelques années. L'œuvre d'un compositeur classique allemand y était revisitée à travers un prisme "féministe déconstructiviste" qu'il avait ainsi jugé anti-allemand.  

"Cette aversion anti-allemande est encore considérée comme de rigueur dans une grande partie du monde du théâtre", a expliqué le député de l'AfD. "Nous ne soutiendrons plus cette attitude — je tiens à le dire très clairement". 

Le Bauhaus, une cible directe, comme dans les années 1930 

Le Bauhaus, cette école allemande emblématique d'architecture, d'art et de design fondée en 1919, a été contrainte de fermer sous le régime nazi, qui considérait ses idées d'avant-garde et son ouverture d'esprit comme "non allemandes". L'école a néanmoins donné naissance à l'un des mouvements de design les plus importants du 20e siècle.  

Aujourd'hui, l'AfD considère à nouveau le Bauhaus comme trop moderniste et mondialiste pour la "politique culturelle patriotique" que prône le parti. 

"Les critiques de l'AfD à l'égard du Bauhaus reprennent celles formulées il y a 100 ans ; leur formulation est similaire", estime Barbara Steiner, directrice de la Fondation Bauhaus, à la DW. 

Manifeste du Bauhaus 2026

Le programme de l'AfD de Saxe-Anhalt décrit le Bauhaus comme "une école d'architecture controversée" et reproche au gouvernement régional actuel de se servir de l'image du bâtiment du Bauhaus pour sa campagne intitulée "moderndenken" (penser moderne), destinée à rendre la région attractive. 

L'édifice de l'ancienne école crée par l'architecte Walter Gropius se trouve en effet à Dessau, une ville de Saxe-Anhalt, et est considéré comme une œuvre architecturale majeure. 

Le ministre de la Culture Wolfram Weimer dénonce des "attaques hostiles à la démocratie" venues de l'extrême droite.Image : Sebastian Gollnow/dpa/picture alliance

Ce jeudi, sous l'impulsion du ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer, une série d'institutions du monde de la culture, de l'architecture, de l'artisanat, mais aussi de la religion ont publié un "Manifeste du Bauhaus 2026" 

Sans citer l'AfD, les auteurs du texte estiment que "l'autonomie des créations artistiques et des institutions culturelles fait partie des conditions fondamentales d'une démocratie vivante. Renforçons donc les théâtres, les musées, les bibliothèques, les salles de concert et autres lieux culturels en tant qu'espaces de changement de perspective, de contradiction et de dialogue démocratique. Préservons leur autonomie et leur indépendance face aux intérêts et aux influences des partis politiques." 

"Penser allemand" 

Face à la campagne de communication régionale "moderndenken", l'AfD propose de faire la promotion du "deutschdenken" (penser allemand), qui minimiserait le rôle du Bauhaus et "mettrait en avant les contributions significatives du Land au développement de la nation allemande — d'Henri Ier et Otton Ier à Luther, Bismarck et Nietzsche". 

Si l'AfD rejette fermement toute comparaison avec le parti nazi et Adolf Hitler, dans son programme de politique culturel, le parti d'extrême droite reprend régulièrement le langage utilisé dans la propagande hitlérienne, minimise les atrocités commises sous le régime nazi, remet en cause la culture du souvenir en Allemagne et utilise un langage polémique. 

Le slogan "deutschdenken" en est un exemple, car il "fait référence à un discours prononcé par Adolf Hitler en 1938, le discours de Reichenberger (Reichenberger Rede)", précisé Barbara Steiner. 

La culture a besoin du soutien de l'État  

Le Bauhaus n'est pas la seule institution culturelle à se sentir menacée en Saxe-Anhalt. "En tant qu'acteurs culturels, initiateurs culturels et artistes, on peut dire que nous avons désormais vraiment peur, car ce qui se met en place, c'est en réalité l'idée que l'art et la culture doivent être "allemands'", note Annegret Laabs, directrice du Kunstmuseum de Magdebourg, la capitale régionale. 

Annegret Laabs est porte-parole de l'initiative "Kultur ist Vielfalt und Heimat", que l'on peut traduire par "La culture, c'est la diversité et la patrie".  

Cette initiative rassemble un large éventail d'institutions culturelles et d'artistes de la région. Dans une déclaration commune, ils avertissent que les projets de l'AfD pourraient avoir des conséquences considérables sur la liberté artistique, la mémoire historique et la vie culturelle publique. 

"Nous savons tous que ce que nous faisons — des théâtres aux musées en passant par les bibliothèques — est financé par l'argent des contribuables. Sans cet argent, cela n'existerait pas", a rappelé Annegret Laabs. 

L'école fête cette année le 100e anniversaire de son implantation à Dessau.Image : DW

Pour la directrice du Kunstmuseum de Magdebourg, limiter les financements sur la base d'une définition arbitraire de ce qui constitue l'art "allemand" revient en substance à signer l'arrêt de mort de la culture. Selon elle, "si l'on prend du recul, on constate que la culture et l'art sont libres depuis des siècles et n'ont jamais connu de frontières — pas même nationales. Là où il y a des frontières nationales, il n'y a plus d'art ni de culture dignes de ce nom". 

L'AfD s'attaque à la culture mémorielle 

Le programme de l'AfD qualifie également la culture mémorielle de l'Holocauste en Allemagne de "perpétuation d'un complexe de culpabilité" qui aurait "entravé la possibilité de forger une identité nationale stable". Le parti y voit un "trouble identitaire" qui doit être "guéri" en mettant l'accent sur les "aspects positifs de l'histoire allemande". 

Quel souvenir de la Seconde guerre mondiale en Allemagne ?

This browser does not support the audio element.

Sabine Schramm, directrice du théâtre de marionnettes de Magdebourg, trouve "regrettable que nous, les êtres humains, ne soyons pas disposés à tirer les leçons d'une histoire complexe, des leçons qui comptent tant pour nous en tant qu'individus que pour nous en tant que société". 

Au cours de ses trente ans de carrière dans le théâtre, "cela a toujours été important pour moi — en particulier dans les spectacles destinés aux jeunes — de raconter des histoires qui abordent précisément cette question : le national-socialisme, comment il a commencé et comment ses différents éléments s'imbriquent".

Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW