Benghazi, 15 ans après, entre désillusion et espoirs
16 février 2026
Il y a tout juste 15 ans, une manifestation éclatait à Benghazi, la deuxième ville de Libye, pour réclamer la libération d’un activiste. Face à la répression, le mouvement ne tarde pas à s’amplifier et se transforme en une véritable révolution, marquant la fin du régime de Mouammar Kadhafi. Depuis, Benghazi – comme l’ensemble du pays – traverse une période de profondes turbulences.
2011 : le basculement qui a changé la Libye
En cette matinée de février, sur la corniche de Benghazi, Akram Hamad Amsallem se remémore les jours qui ont bouleversé sa vie. Policier à l’époque, il prend alors une décision risquée, celle de refuser les ordres de tirer sur les manifestants.
"Je suis né dans cette ville. J'ai étudié ici, je vis ici. Et ce qui m'a fait suivre les gens c'est que je voulais construire cette ville. Même chez la police sous le régime de Kadhafi nous avions de la corruption."
Son choix changera sa vie pour toujours.
Guerre et pertes humaines
Quinze ans plus tard, Akram raconte un parcours marqué par la violence. Comme de nombreux policiers, juges et activistes ciblés par des groupes islamistes, il devient une cible et perd une jambe en avril 2014 lors d’une attaque.
Un mois après, le maréchal Khalifa Haftar lance une offensive contre les groupes terroristes qui dominent alors Benghazi. La ville, berceau de la révolution, sombre dans trois années de guerre intense et de destructions massives. Aujourd’hui encore, elle panse ses plaies.
Pour Akram, aucune amertume. "Nous avons payé un lourd tribut, moi compris, raconte-t-il. Le maréchal Haftar a joué un rôle historique en annonçant la guerre dans une situation difficile sans grande capacité humaine et militaire. Je suis vraiment heureux de ce que je vois aujourd'hui, comme ces enfants qui jouent sur la corniche."
Un équilibre fragile entre deux gouvernements
Malgré une accalmie relative, la Libye reste divisée depuis 2014 entre deux gouvernements rivaux. Les derniers affrontements majeurs datent de 2019, lorsque Khalifa Haftar – qui contrôle l’est et le sud – tente de s’emparer de Tripoli. Son offensive échoue l’année suivante.
Ahmed Ben Achour, présentateur TV originaire de Tripoli mais vivant désormais à Benghazi, soutient Haftar. Revenir dans sa ville natale lui est difficile, mais il garde espoir :
"Depuis 2020, les Libyens savent que les combats ne sont pas une solution. Même si maintenant, il y a des tensions, elles sont politiques et économiques. Il n'est plus question d'armes."
L’Onu relance l’espoir d’élections
Dans ce contexte, les Nations unies essaient une nouvelle fois de sortir le pays de l’impasse. Une feuille de route pour des élections nationales vient d’être relancée.
Stéphanie Koury, représentante adjointe de la mission de l’ONU en Libye, rappelle l’urgence démocratique :
"Les élections nationales sont attendues depuis trop longtemps. Les dernières remontent à 2014. Et c'est justement pour cela qu'on a besoin d'élections : elles permettent de garantir la responsabilité des élus envers leurs électeurs. Toutes ces mesures sont essentielles au renforcement des institutions de l'État libyen."
En 2021, des élections avaient déjà été annoncées… sans jamais avoir lieu.