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Tentative de coup d'Etat au Bénin, analyse d'un échec

8 décembre 2025

Les putschistes ont avancé leurs griefs. Mais ni la population, ni l’armée, ni les conditions économiques ne semblaient offrir le terrain propice à un coup d'Etat.

Des militaires en uniforme lisent un communiqué sur un plateau de la télévision nationale béninoise.
Les seules traces visibles de la tentative de coup d'État de la veille ce lundi sont quelques chars stationnés devant les principaux bâtiments administratifs du pays.Image : Benin TV/REUTERS

Au lendemain de la tentative de coup d'État déjouée à Cotonou, les raisons avancées par les putschistes du Comité militaire pour la refondation continuent de susciter le débat. Ils évoquaient la situation sécuritaire dans le Nord, le sort réservé aux soldats tombés au front, des promotions jugées injustes et même une restriction des libertés publiques.

Mais pour de nombreux analystes, ces raisons ne suffisent pas à expliquer un basculement institutionnel.

Pour l'analyste politique Aristide Kanoussou, les justifications des putschistes souffraient d'un manque de solidité. Il note que ces griefs "manquaient de consistance stratégique. Leur mouvement n'a réussi à actionner ni le levier d'un véritable rejet populaire, ni celui d'une fracture majeure dans l'armée, ni celui d'une crise économique suffisamment aigue. Dans un contexte où l'État béninois investit massivement dans les infrastructures militaires et sociales, je crois que leur diagnostic n'a pas trouvé l'écho nécessaire pour justifier une rupture institutionnelle. En gros, leur argument relevait beaucoup plus de frustrations internes que de fondements capables d'emporter l'adhésion nationale."

Des mécontents dans la hiérarchie militaire

Ainsi, ni la population, ni l'armée, ni même les conditions économiques ne semblaient offrir le terrain propice à une rupture de l'ordre constitutionnel.

Au cœur des revendications, les putschistes dénonçaient aussi des promotions jugées arbitraires dans la hiérarchie militaire.

Patrice Talon est au pouvoir au Bénin depuis 2016.Image : Ute Grabowsky/photothek/IMAGO

Pourtant, pour le politologue et spécialiste des questions institutionnelles, Eugène Allossoukpo, cette critique ne résiste pas à l'analyse.

Il explique que "toute nomination d'officier supérieur ou d'officier de l'armée est couronnée par un décret signé par le chef de l'État puisque c'est lui le chef suprême des armées. Il y a des conditions à remplir (pour une promotion), il faut avoir des diplômes, etc… Et donc, de plus en plus, il y a des jeunes diplômés dans l'armée qui sont de grands intellectuels, qui font leurs diplômes et qui ont les compétences qu'il faut. Ceux-là ne peuvent pas se sentir frustrés de quoi que ce soit. Maintenant, il y a des officiers qui sont pointés comme des troublards. Parce qu'ils avaient profité d'un système avant, ils pensent profiter du même système sous le régime de Patrice Talon."

Des frustrations individuelles, donc, davantage qu'un dysfonctionnement structurel.

Des réformes plutôt qu'un coup de force

Les mutins ont également évoqué une exclusion politique et la privation du droit de choisir son candidat. Une accusation grave, reconnaît Aristide Kanoussou, mais qui ne saurait légitimer un coup d'État.

"C'est un reproche lourd, il faut le reconnaître, sensible, et qui mérite d'être posé dans le débat public, affirme-t-il. Toutefois, l'exclusion, même réelle ou restreinte, ne justifie pas un coup d'État. Un pays ne se renverse pas pour réparer des injustices électorales présumées, mais il se répare par des réformes, des compromis, du dialogue politique. Renverser l'ordre constitutionnel ne restitue pas la démocratie, il l'enterre, bien au contraire. Le Bénin, malgré les imperfections, dispose encore des mécanismes de contradiction, d'alternance et de débat."

Pour les deux analystes, cette tentative de putsch relève donc moins d'une défense de l'intérêt national que de ressentiments internes, mêlés à une interprétation subjective des dynamiques politiques en cours.