Bénin : des obsèques de plus en plus chères
2 novembre 2026
Pagnes uniformes, orchestres, buffets géants et locations de bâches, parfois sur la voie publique... Au Bénin, dire adieu à un proche se mue souvent en un théâtre d'exhibition sociale. Un phénomène qui conduit des familles entières à s'endetter. Face à cela, en septembre dernier, un haut responsable de l'Eglise catholique a interpelé le Parlement pour dénoncer des exigences rituelles devenues insupportables.
Mais d'où vient cette obsession du faste funéraire ? Pour le sociologue Roch Houngnihin, tout s'enracine dans notre rapport ancestral au deuil. "Les funérailles ne sont pas seulement un moyen de séparation, c'est un événement social pour réorganiser les liens entre les vivants et les morts. Comme le disait Birago Diop, ‘'les morts ne sont pas morts''. Ce processus d'ancestralisation permet de maintenir le lien et de réaffirmer que le défunt appartient toujours à la famille. C'est ce qui explique pourquoi les Béninois sont prêts à dépenser plus pour des funérailles que pour soigner un malade à l'hôpital."
Des charges et la pression
Derrière ce besoin ancestral de mémoire se cache une implacable machine à exclure. Cotisations obligatoires, listes nominatives affichées : la pression communautaire est bien réelle. Reine Koffi, rencontrée à Cotonou, connait bien le phénomène.
"On impose des montants aux gens qui n'ont pas d'argent. Les petits-fils, 50 000. Ceux qui sont mariés, tel montant. Parfois, les gens, ils ont leur réalité. Ils n'ont pas les 50 000, mais comme il y a une liste qui est là, tu as la pression de : ‘'ma cousine a donné, ma nièce a donné. Comment, toi, tu ne vas pas donner, là ? C'est un truc très pénible, mais bon, ce sont nos coutumes."
Une surenchère destructrice, alimentée par le complexe de la comparaison et de la rivalité sociale, comme le déplore le pasteur Luc Tété. "Quelqu'un qui a 20 milliards sur son compte, quand il entend parler d'un décès, il a envie de dépenser 50 ou 100 millions. Là où le bât blesse, c'est le pauvre qui va vendre ses biens pour se mesurer à ceux qui ont de l'argent. C'est là où il y a le mal. Ils sont frustrés et ils ont aussi envie de dépenser, de rivaliser. Et là, c'est la ruine."
Le prix à payer pour briller
Des funérailles à plusieurs dizaines de millions de francs CFA, surtout dans des localités rurales, sont financées parfois au détriment de la survie quotidienne. Le prix à payer pour briller le temps d'un week-end est lourd. Reine Koffi. "La dernière fois que j'étais à Covè (une ville au centre du Bénin), ils ont fait près de 35 millions. L'autre a dit : moi j'ai dépensé 27 millions, moi six millions, l'autre douze… Après la rentrée, le monsieur m'a dit : j'ai eu du mal à payer la scolarité, l'université de ma fille. Mais je n'avais pas le choix."
Peut-on inverser la tendance ? Entre le devoir de mémoire et le piège du m'as-tu-vu, la ligne est mince et les mentalités ont du mal à évoluer. "Ce n'est pas possible de recadrer. Chacun a sa manière d'honorer. Il y en a qui investissent du vivant de la personne. Donc on peut juste sensibiliser sur le fait qu'il y a, par exemple, les orphelins, qu'il il y a les démunis qui ont besoin de cet argent. Mais on ne peut qu'essayer de sensibiliser."
Face à cette dérive, les responsables religieux tentent de rappeler l'essentiel aux fidèles, comme le souligne le pasteur Luc Tété. "Nous, dans le cadre de notre vie chrétienne, ne pouvons que parler à nos fidèles. Il faut faire attention. Le décès n'est pas un moment de dépense."
Donner du vivant de ses proches plutôt que de trop dépenser après leur mort : le message est lancé. Reste à savoir si les vivants sauront entendre raison.