Deux jours après le coup d’État militaire, les marchés, les écoles et certaines activités reprennent à Bissau. L'Union africaine suspend le pays de ses instances.
L'Union africaine annonce avoir suspendu la Guinée-Bissau de ses instances.Image : Alison Cabral/DW
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La vie reprend progressivement son cours normal à Bissau, deux jours après le coup d'Etat (26.11), la nomination du général Horta N'Tam comme président de la transition et la désignation ce vendredi d'un Premier ministre, en la personne de Ilidio Vieira Té, qui a été le dernier ministre des Finances du président destitué Umaro Sissoco Embalo.
Administration marchés et commerces recommencent à fonctionner, certains transports recommencent à rouler. Pour de nombreux Bissau-Guinéens, comme Ibrahima Fall, l'urgence est de retrouver son quotidien "C'est normal, dit-il. A Bissau, c'est comme ça. Un jour, deux jours, et c'est fini. Tout le monde continue, fait son travail et son business".
Ibrahima Fall explique être habitué à ce type d'événements, alors que le pays a déjà connu quatre coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance en 1974. "Tous les gens d'ici savent comment le gouvernement travaille dans ce pays, le comportement du gouvernement avec militaires. Donc, aujourd'hui, la vie reprend", raconte-t-il.
Ilidio Vieira Té est devenu Premier ministre et ministre des Finances de la transition.Image : Djariatú Baldé/DW
Un peu plus loin, une habitante est contente de rouvrir son petit commerce après le putsch, elle se permet juste de citer ses articles sur son étale : "Je vends des fruits : oranges, pommes, mandarines pastèques, beaucoup de fruits. Je suis contente de reprendre mes activités."
Pour cet autre habitant qui préfère garder l'anonymat, la Cédéao, qui a suivi tout le processus électoral, ne doit pas permettre aux militaires de confisquer le pouvoir.
Il estime que "la Cédéao est là, elle doit restaurer et condamner le coup d'Etat. Elle doit remettre le pouvoir à celui qui a gagné les élections ; les militaires doivent entrer dans leurs casernes. Iils veulent camoufler les résultats pour leur permettre de s'installer au pouvoir, donc la Cédéao ne doit pas admettre cela."
Ecoutez le reportage à Bissau...
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Jeudi soir (27.11), un avion affrété par le gouvernement sénégalais grâce à l'implication du président ivoirien a permis l'exfiltration du président déchu. Umaro Sissoko Embalo est arrivé "sain et sauf" à Dakar, selon le ministère sénégalais des Affaires étrangères.
Cette évacuation survient dans un contexte de forte pression diplomatique : la Cédéao et l'Union africaine condamnent le putsch et exigent le rétablissement de l'ordre constitutionnel, la libération des détenus et la garantie d'un retour à des institutions démocratiques en Guinée Bissau.
Ce vendredi soir, l'UA suspend le pays de ses instances la Guinée-Bissau "avec effet immédiat", selon le président de la Commission de l'organisation Mahamoud Ali Youssouf.
En Afrique, dix coups d’Etat en cinq ans
Après Mali, Guinée, Soudan, Burkina, Niger, Madagascar : le coup d'Etat en Guinée-Bissau est le dixième putsch en Afrique depuis 2020.
Image : Patrick Meinhardt/AFP
Mali : deux coups d'Etat en neuf mois
Le 18 août 2020, le président Ibrahim Boubacar Keïta est renversé par des colonels. Un officier à la retraite est nommé président de la transition. Mais le 24 mai 2021, les militaires arrêtent le président de la transition et le Premier ministre. Leur chef, Assimi Goïta, est investi comme président de transition. Une loi de juillet 2025 lui accorde un mandat de cinq ans renouvelable sans élection.
Image : AP Photo/picture alliance
Guinée-Conakry
Le 5 septembre 2021, le président Alpha Condé est renversé par un coup d'Etat militaire. Le 1er octobre suivant, le colonel Mamadi Doumbouya devient président et promet initialement de rendre le pouvoir à des civils. Mais le désormais général vient de déposer sa candidature à l'élection présidentielle prévue pour le 28 décembre prochain, qui doit permettre de rétablir l'ordre constitutionnel.
Le 25 octobre 2021, des militaires menés par le général Abdel Fattah al-Burhane chassent les dirigeants civils de transition, en place après 30 ans de dictature d'Omar el-Béchir, lui-même destitué en 2019. Depuis le 15 avril 2023, une guerre due à une lutte de pouvoir entre le général Burhane et son ancien second Mohamed Hamdane Daglo, chef des paramilitaires, ravage le pays.
Image : Mahmoud Hjaj/AA/picture alliance
Burkina Faso : deux putschs en huit mois
Le 24 janvier 2022, le président Roch Marc Christian Kaboré est chassé du pouvoir par des militaires, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba est investi président en février. Le 30 septembre suivant, Damiba est à son tour renversé par des militaires, le capitaine Ibrahim Traoré devient président de transition. En mai 2024, la junte l'autorise à rester cinq ans de plus à la tête du pays.
Image : Stanislav Krasilnikov/RIA Novosti/Anadolu/picture alliance
Niger
Le 26 juillet 2023, des militaires renversent le président Mohamed Bazoum. Le général Abdourahamane Tiani devient le nouvel homme fort du pays. En mars 2025, la junte prolonge de cinq ans au minimum sa transition à la tête de ce pays.
Image : Boureima Hama/AFP
Gabon
Au Gabon, pays d'Afrique centrale dirigé depuis plus de 55 ans par la famille Bongo, des militaires renversent le 30 août 2023 Ali Bongo Ondimba, moins d'une heure après la proclamation de sa réélection lors d'un scrutin contesté. Le général Brice Oligui Nguema est investi président de transition. En avril 2025, il est élu président avec 94,85% des voix.
Image : AFP/Getty Images
Madagascar
A Madagascar, une unité militaire se rallie en octobre 2025 au mouvement de contestation initié par les jeunes de la génération Z, qui secoue l'île, et renverse le président Andry Rajoelina. Le colonel Michaël Randrianirina est investi président et promet des élections d'ici 18 à 24 mois.
Image : Brian Inganga/AP Photo/picture alliance
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En dépit des craintes de répression et de nouvelles tensions, certains habitants de la capitale voient dans ce redémarrage progressif des activités un signe d'espoir : l'annonce d'un retour à la stabilité.