Au Cameroun, l'assassinat de Martinez Zogo n'est toujours pas élucidé
2 novembre 2026
Ce 2 novembre marque la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Mais au Cameroun, une question reste douloureuse : qui a tué Martinez Zogo et qui a ordonné son assassinat ?
Près de quatre ans après les faits, et alors que le procès se poursuit depuis le 25 mars 2024, toute la vérité n'a pas encore été établie. Pour sa famille et ses confrères, l'enjeu est désormais de faire toute la lumière sur ce crime et de rappeler que tuer un journaliste ne doit jamais rester sans conséquences.
Le 22 janvier 2023, le corps supplicié de Martinez Zogo était retrouvé dans un terrain vague, près de Yaoundé. Cinq jours plus tôt, le journaliste avait été enlevé.
Celui-ci dénonçait régulièrement des affaires présumées de corruption, impliquant des personnalités influentes du pays.
Un procès ouvert en mars 2024
Depuis mars 2024, le tribunal militaire de Yaoundé juge les personnes mises en cause. Parmi elles, l'ancien patron des renseignements, Léopold Maxime Eko Eko, et l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga.
Mais près de quatre ans après les faits, l'attente reste forte chez les confrères du journaliste.
Pour Thierry Eba, président du Syndicat national des professionnels de l'information et de la communication, la procédure s'éternise. "On n'a pas besoin de dix ans pour avoir la vérité, s'insurge-t-il. Les choses qui sont dites au niveau du tribunal sont assez graves."
Au moins 17 personnes ont été arrêtées et une trentaine de témoins entendus. Récemment, les déclarations du capitaine Kenneth Effoudou, mettant en cause de hauts responsables de l'Etat, ont relancé les interrogations. Des accusations qui restent à établir devant la justice.
"Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup", estime un avocat
Autre sujet d'inquiétude : certaines zones d'ombre dans le dossier. Maître Claude Assira, avocat engagé dans cette affaire, pointe des incohérences dans les éléments versés au procès. Il explique que "quand l'expert vous dit qu'il n'a pas pu retrouver les communications entre deux personnes accusées, parce qu'elles ont été supprimées… Plus tard, il dit qu'il a pu les récupérer et qu'il en a fait mention dans son rapport. Dans le rapport officiel, fourni par le greffe, je ne les ai pas retrouvées. Comme je le dis toujours, quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup".
Au-delà du procès, c'est la sécurité de toute la profession qui est en question. Comment enquêter sur les affaires sensibles et interpeller les puissants, sans craindre pour sa vie ?
Thierry Eba rappelle qu'"au Cameroun, il y a plusieurs affaires qui concernent les journalistes dont les crimes n'ont jamais été élucidés. On a l'affaire Bibi Ngota, l'affaire du journaliste anglophone Wazizi… Aujourd'hui, l'affaire Martinez Zogo nous montre clairement que les menaces n'ont plus de limites".
Ce 2 novembre, le rappel est essentiel : informer ne doit pas être un métier à haut risque. Au Cameroun, l'affaire Martinez Zogo reste un test pour la justice. Établir toute la vérité, identifier les responsables et les sanctionner : autant d'exigences pour que le meurtre d'un journaliste ne devienne pas un crime impuni.