Cameroun : 2,9 millions de personnes en détresse humanitaire
19 août 2026
Au Cameroun, près de 2,9 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, alors que les financements internationaux diminuent.Le pays engage ainsi une transition nécessaire vers davantage de transferts de responsabilités pour les autorités camerounaises.
Quels changements et quelles garanties cette nouvelle orientation peut-elle représenter pour les populations ? À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, ce mercredi, Issa Sanogo, coordonnateur humanitaire de l’Onu au Cameroun, apporte des réponses au micro de notre correspondante à Yaoundé.
DW : Vous êtes coordonnateur humanitaire pour le Cameroun, et le Cameroun justement qui fait partie des huit pays engagés dans une transition humanitaire. Concrètement, qu'est-ce que cela va changer dans la manière dont l'aide est organisée et apportée aux populations ?
Issa Sanogo : L'idée de la transition humanitaire, c'est de faire en sorte qu'on ait plus de responsabilités dans la réponse humanitaire pour les acteurs locaux et les acteurs nationaux. Ce que nous sommes en train de faire à l'Extrême nord et au Sud-Ouest, Nord-Ouest, c'est de faire en sorte qu'on transitionne des systèmes de gestion et de coordination de la réponse humanitaire par les agences à des ONG qui sont basées sur le terrain, qui feront la coordination. Le deuxième élément, c'est de faire en sorte que les administrations publiques soient beaucoup plus impliquées également dans la réponse humanitaire et de faire in fine en sorte que le renforcement des capacités qui va avec soit dans les mains des acteurs locaux et nationaux.
DW : On sait que les besoins restent également très importants pour les déplacés internes comme pour les réfugiés. Est-ce que vous pensez que c'est vraiment le moment pour transférer davantage de responsabilités aux nationaux ?
Issa Sanogo : Je dirais oui ! Quand on est dans une situation où les crises éclatent, ce sont les acteurs locaux, ce sont les communautés elles-mêmes, c'est l'État qui répond en première ligne. Naturellement, il était important dans ce contexte-là que ces acteurs soient responsabilisés de plus en plus. Les besoins sont énormes. Ici au Cameroun, nous avons 2,9 millions de personnes qui sont dans le besoin, un peu plus d'un million de personnes qui sont déplacées, un demi-million de personnes qui sont des réfugiés venant des pays voisins. Maintenant, bien sûr, avec 2,9 millions de personnes, dans un contexte qui devient de plus en plus difficile pour les financements, les besoins ne baissent pas, mais les financements baissent. Donc, pour plus d'efficacité, c'est plus important pour nous de nous assurer que les acteurs qui sont au plus près des populations sont ceux-là même qui répondent aux besoins de ces populations.
DW : Monsieur le coordonnateur, ce transfert de responsabilités, intervient dans un contexte de baisse importante de l'aide humanitaire, vous l'avez mentionné il y a quelques instants. Est-ce que c'est parce que l'Amérique a également fermé les robinets ?
Issa Sanogo : Je voudrais dire d'entrée de jeu que la transition humanitaire, ce n'est pas antinomique avec le fait qu'il y ait financement ou pas financement. Ça aurait eu lieu dans le cadre de la réforme dans tous les cas. Et ce n'est ni les États-Unis ni un donateur particulier, c'est la situation du financement global. Donc, dans ce contexte, nous faisons la transition humanitaire ; mais nous appelons en même temps à la solidarité internationale.
DW : Comment prévenir les risques des détournements, la corruption, le favoritisme ou encore la politisation de l’aide, lorsqu’on sait davantage que les responsabilités seront confiées aux acteurs nationaux ?
Issa Sanogo : Nous ne nous retirons pas, nous continuons à appuyer le processus de la transition humanitaire à travers, par exemple, le renforcement des capacités des acteurs locaux par rapport à utiliser les ressources qui sont relativement maigres pour que les personnes qui en ont besoin puissent en bénéficier. Les systèmes qui sont mis en place, c'est également de transférer les systèmes de gestion à ces acteurs-là pour qu'ils puissent bénéficier de la manière dont nous gérons la réponse humanitaire. Un des grands changements, c'est que ce sont les collectivités locales, les ONG locales et les communautés elles-mêmes qui sont présentes au plus près des populations qui sont en train de gérer la coordination. À l'extrême Nord, au Sud-Ouest, le processus est enclenché. Un des aspects très importants également, c'est le ciblage, c'est-à-dire de cibler encore mieux les personnes qui sont vraiment dans le besoin. Cela permet de renforcer l'efficacité. Et le fait de mieux connaître le terrain ajoute à l'effectivité de la mesure de transition que nous mettons en place. Par rapport à ces aspects, cela peut arriver, mais nous ferons en sorte que le processus de transition soit accompagné de ces mesures qui améliorent l'efficacité et l'effectivité de la réponse humanitaire.
DW : D'accord. Nous sommes aujourd'hui donc le 19 août, Journée mondiale de l'aide humanitaire. Quel message adressez-vous aux partenaires internationaux, aux acteurs nationaux et aux Camerounais pour que les populations les plus vulnérables restent au cœur des priorités ?
Issa Sanogo : Mon premier message, c'est un message de reconnaissance à tous les acteurs humanitaires. Vous savez, au niveau mondial, en 2025, à peu près 300 personnes ont perdu la vie sur le champ de bataille humanitaire. Cette journée permet en fait de se remémorer ces vies perdues au service des personnes qui sont dans le besoin. C'est un appel aussi à la solidarité internationale pour ne pas détourner le regard de ces personnes qui sont dans le besoin.