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Au Cameroun, un sentiment entre fatalisme et amertume

13 novembre 2025

Alors que Paul Biya repart pour un septennat, l'avenir politique de son challenger Issa Tchiroma Bakary reste dans les limbes. Etat des lieux.

Une scène de rue à Yaoundé.
HRW a dénoncé les arrestations et la répression meurtrière des manifestations qui ont suivi la réélection contestée de Paul Biya au Cameroun.Image : AFP/Getty Images

Un mois après le scrutin présidentiel du 12 octobre dernier, le dispositif d'ordre et de sécurité, renforcé par les forces de défense nationale, n'est pas levé au Cameroun. Ce dispositif a d'ailleurs été prorogé de trente jours, à compter du 11 novembre. L'expert en communication politique Aimé Sadou explique que "dans les chaumières, ça bourdonne, ça murmure, la colère gronde. Est-ce que le calme relatif que nous observons un mois après est un vrai calme ? Ou alors le calme que nous vivons en ce moment est-il le calme avant la tempête ? Le peuple camerounais est en attente et se sent un peu prisonnier des hommes politiques."

Appel à libérer les prisonniers pro-Tchiroma

Pendant ce temps, le challenger de Paul Biya, Issa Tchiroma Bakary, a pris les chemins du maquis, d'où il a lancé il y a cinq jours un ultimatum de 48 heures au gouvernement de Yaoundé pour libérer tous les prisonniers de la contestation post-électorale.

Tantôt les réseaux sociaux le signalent à Yola, dans le nord du Nigeria, tantôt, les mêmes sources indiquent qu'il se serait éloigné en Gambie, plus à l'ouest du continent.

Ecoutez le reportage à Yaoundé...

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C'est dans ce contexte que le ministre camerounais de l'Administration territoriale, réputé pour son radicalisme contre l'opposition, a engagé ces derniers jours une mission dite d'apaisement à travers le pays. Des prisonniers ont ainsi été libérés dans certaines villes où Paul Atanga Nji est passé.

Maturité politique

Pour Armand Belinga, président d'une sous-section du RDPC de Paul Biya, ce premier mois post-électoral illustre la maturité politique d'une partie de la population. Pour lui, "ce mois a marqué la maturité d'une partie de la population, qui, malgré les frustrations, a choisi la voie du dialogue plutôt que celle de la confrontation. Les prochains jours seront décisifs. On peut s'attendre à des ajustements politiques et à des initiatives visant à apaiser les tensions. Le gouvernement aura la responsabilité de tendre la main à tous les acteurs, tandis que l'opposition devra jouer pleinement son rôle dans un esprit républicain. La société civile devra continuer à œuvrer pour la paix et la cohésion sociale."

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03:31

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Mais les principaux leaders de la contestation post-électorale pro-Tchiroma restent encore en prison à Yaoundé : Anicet Ekane, Dominique Djeukam Tchameni, le professeur Jean Calvin Aba'a Oyono et le docteur Aristide Mono.

Selon Aimé "un mois après, les Camerounais semblent insatisfaits parce qu'ils estiment que leur victoire a été volée. Un mois après, les Camerounais attendent un geste fort du gouvernement, sur le plan social, sur la justice, sur le plan économique, bien qu'ils considèrent pour certains qu'il s'agit d'un gouvernement ou d'un président illégitime."

Premières mesures du nouveau septennat

Des membres du gouvernement ont multiplié, depuis la prestation de serment de Paul Biya le 27 octobre, des arrêtés et des notes de service annonçant des mesures d'amélioration pour le commerce intérieur et le textile, pour l'enseignement supérieur et pour d'autres secteurs d'activités.

Certains observateurs estiment qu'il s'agit de la mise en œuvre réelle de la politique dite de Grandeur et d'Espérance du nouveau septennat du président Biya. D'autres, par contre, pensent qu'il s'agit d'un simple dilatoire. Selon eux, le vrai changement dans le système doit commencer par un remaniement profond du gouvernement et dans les sociétés d'État.