Cameroun : les députés maintenus, élections trop coûteuses
31 mars 2026
Le report des élections législatives, hors du calendrier constitutionnel, continue de faire débat au Cameroun. Entre contraintes économiques et exigences démocratiques, les avis sont partagés. Car organiser des élections à l’échelle nationale représente un coût important, dans un contexte budgétaire déjà sous pression, estime Boutchouang Nghomsi Chanceline, président du Think Tank Cameroon Youth Economic Forum :
“L'organisation d'échéances électorales mobilise des ressources financières importantes. Dans un contexte marqué par des tensions sur le financement public, comme c’est le cas actuellement, l’État peut être amené à procéder à des arbitrages en privilégiant certaines dépenses.
En ce moment, le Cameroun a une dette intérieure et extérieure évaluée à près de 14 500 milliards de FCFA.”
Le Cameroun vit-il au dessus de ses moyens ?
Pour 2026, le budget de fonctionnement de l’État reste très élevé. Il dépasse 8 000 milliards de FCFA. Il sert notamment à payer les fonctionnaires, financer les infrastructures et assurer le fonctionnement des institutions.
Mais les finances publiques sont sous tension. Le pays dépense plus qu’il ne gagne et doit encore trouver d’importantes ressources pour boucler son budget, soit 8% du budget de cette année. Résultat : l’État est contraint de recourir à de nouveaux emprunts pour couvrir ses besoins.
Dans ce contexte, le report des élections est présenté par le gouvernement comme un moyen de mieux organiser les dépenses et de réduire la pression financière à court terme.
"Il y a de l’argent au Cameroun, tout le monde le sait », lance Rodrigue Fofe, un taximan de Yaoundé, qui doute de l'argument avancé par les autorités. Avant d'étayer son point de vue en ces mots : "un appel d’offres de dizaines de milliards a été lancé juste pour rénover le monument Paul Biya à Sangmélima ! Cet argent, il vient d’où" ?
L'opposition dénonce la violation des principes démocratiques
Du côté de l’opposition et de la société civile, la prolongation du mandat des députés, censé arriver à échéance ce 31 mars, passe mal. Elle est perçue comme une entorse aux principes démocratiques, d’autant que le mandat des conseillers municipaux est lui aussi en cours de réexamen au Parlement, explique Marie Flore Mboussi, femme politique :
"On s'attendait à ce que le corps électoral soit convoqué d'ici le mois de mai. Et maintenant, une nouvelle loi a été introduite disant que le mandat des conseillers municipaux pouvait dorénavant être prorogé au-delà de 18 mois". Selon elle, cette situation "interpelle parce qu'on justifie cela par un déficit financier, mais moi je n'y crois absolument pas", s'insurge-t-elle. Donc, nous sommes dans une situation où la démocratie n'existe manifestement plus et où le peuple a compris et a commencé d'ailleurs à se désintéresser considérablement des questions politiques", conclut-elle.
Une décision qui, loin d’apaiser les tensions, pourrait au contraire creuser davantage le fossé entre les autorités et une partie de la population.