Affaire Martinez Zogo : une vidéo bouleverse l'opinion
3 juin 2026
Au Cameroun, l'affaire Martinez Zogo a connu un moment particulièrement fort devant le Tribunal militaire de Yaoundé.Pendant deux jours, les 1er et 2 juin, les juges ont diffusé pour la première fois une vidéo montrant les derniers instants du journaliste. Des images d'une extrême violence, qui ont profondément bouleversé ses proches et suscité une vive émotion dans la salle d'audience.
Une vidéo qui suscite une vive émotion
Le silence est lourd, presque étouffant, dans la salle d'audience du tribunal militaire de Yaoundé, ce 1er juin 2026.
Sur l'écran apparaît Martinez Zogo. Le journaliste est allongé au sol. Son corps porte les traces des sévices qu'il a subis.Couvert de sang, il peine à parler. À plusieurs reprises, il supplie qu'on lui vienne en aide. Les images sont insoutenables.
Sous le choc, le tribunal suspend l'audience."Au niveau émotionnel, c'est fort, c'est très fort. Je pense que je ne suis pas le seul à avoir cette impression" estime l'avocat Ludovic Sabze.
Le lendemain, à la reprise des débats, l'émotion reste palpable. Les visages sont fermés. Les esprits, encore marqués par les images diffusées la veille. Ces images proviennent du compte Google du maréchal des logis Godje Oumarou Vincent, alors agent en service à la DGRE.
Des éléments mis au jour par Georges Bell Bitjoka, expert en cybercriminalité et témoin de l'accusation. Maître Calvin Job, avocat de la famille de Martinez Zogo, y voit une avancée majeure dans la manifestation de la vérité.
Selon lui "c'est un rapport qui remet les cartes sur table. Un rapport qui balaie tout ce qu'on nous a raconté depuis le départ". Il dit saluer "la qualité du travail effectué, la qualité des recherches et la qualité technique de cet expert" et estime par ailleurs que si "le tribunal s'appuie sur ce rapport, il aura déjà accompli 98 % du travail."
Mais une question continue de hanter ce procès : qui a ordonné l'enlèvement et la torture de Martinez Zogo ? À ce stade, aucun commanditaire n'a été clairement identifié.
Comme "un goût d'inachevé"
Parmi les proches du journaliste, certains restent prudents. C'est le cas de Paul Chouta. Le lanceur d'alerte, lui-même victime d'une violente agression au Cameroun, vit aujourd'hui en exil en Allemagne.
"L'expert a montré qu'il y a eu une recrudescence des échanges entre Amougou Belinga et Justin Danwe du 18 au 28 janvier, soit entre le lendemain de l'enlèvement du journaliste et la découverte de son corps. Il évoque aussi des rencontres physiques. Mais il parle également de contenus supprimés auxquels il n'a pas pu accéder. Cela laisse un goût d'inachevé" déplore Paul Chouta.
À l'audience de ce mardi, Georges Bell Bitjoka a précisé que les 18 % de données extraites du téléphone de l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga ne permettent ni d'établir sa culpabilité, ni de l'innocenter.
Les avocats des ayants droit de Martinez Zogo ont demandé une expertise complémentaire, afin d'analyser les données supprimées dans les échanges entre Justin Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga.
Une requête qui pourrait permettre de lever une partie des zones d'ombre qui entourent encore cette affaire. Le procès a été renvoyé aux 22 et 23 juin prochains.