Le plomb, un danger invisible pour la santé au Cameroun
29 août 2025
Les recherches menées ces dernières années sur la présence de plomb dans les organismes humains sont préoccupantes. La dernière enquête d’envergure, réalisée en 2018 à Douala et Yaoundé sur environ 150 enfants dans chacune des deux villes, avait révélé des taux de contamination plus de deux fois supérieurs aux normes recommandées.
Le problème persiste encore aujourd’hui, notamment à Douala où les concentrations de plomb restent particulièrement élevées près des sites de recyclage de batteries.
Témoignages et inquiétudes
Face à ce risque, les autorités ont lancé cet été une campagne de sensibilisation auprès des populations.
"Avant, je ne connaissais pas l’existence du plomb. Mais depuis que j’ai été sensibilisée à sa toxicité et à sa présence dans la nature, je fais plus attention dans mes travaux ménagers", confie Kadidja Mama, mère de famille. Elle a convaincu sa belle-sœur Brigitte Njitouo, enceinte, de prendre les mêmes précautions : "Les femmes enceintes comme moi, les enfants et même les fœtus sont exposés."
Selon l’UNICEF, plus d’un enfant sur trois dans le monde est soumis à des niveaux dangereux de plomb provenant de l’eau, du sol, de l’air ou encore de l’alimentation. Une étude du Centre de recherche et d’éducation pour le développement (CREPD) menée en 2018 à Yaoundé et Douala confirme l’ampleur du problème.
À Yaoundé, l’analyse de 147 enfants âgés de 12 mois à six ans a révélé une moyenne de 8,7 microgrammes de plomb par décilitre de sang, bien au-dessus de la norme de 3,7 microgrammes. À Douala, la concentration dans les sols a atteint plus de 150.000 PPM à proximité des sites industriels, contre une norme internationale fixée à 90 PPM.
Un problème de santé publique
Pour Gilbert Bello Basokdou, ingénieur en Génie sanitaire et environnement, les conséquences sont graves : "Nous avons des cas de maladies cancérigènes en hausse. L’intoxication au plomb est chronique et peut déclencher des pathologies après dix à vingt ans d’exposition. On observe déjà des insuffisances cardiaques et, chez les enfants, des retards de croissance."
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé le plomb en 2019 parmi les dix produits chimiques les plus toxiques. Le Cameroun a certes éliminé le plomb des carburants et réglementé son usage dans les peintures dès 2017. Mais les résidus de vieilles peintures, les canalisations vétustes, la pollution de l’air et du sol, ainsi que les denrées contaminées, continuent d’exposer les populations.
Depuis juillet, les ministères de la Santé et de l’Environnement, en partenariat avec l’UNICEF, renforcent leurs actions de sensibilisation pour alerter sur les dangers persistants du plomb au Cameroun.