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Cameroun : le pouvoir qualifie des opposants de terroristes

29 octobre 2025

Après la réélection de Paul Biya, le ministre camerounais de l’Administration territoriale estime que les partisans de l’opposant Issa Tchiroma Bakary sont des terroristes.

Des soutiens d'Issa Tchiroma Bakary protestent.
Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé à l'opposition, revendique la victoire à la présidentielle. Il a créé la surprise en suscitant un engouement chez les jeunes.Image : Zohra Bensemra/REUTERS

Au lendemain de la proclamation des résultats de l'élection présidentielle, le ministre camerounais de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a qualifié les partisans de l'opposant Issa Tchiroma Bakary de "terroristes”.

Ceci dans un contexte où d'autres leaders politiques sont déjà incarcérés, comme Anicet Ekane, Dominique Djeukam Tchameni et le professeur Aba'a Oyono. Ceux-ci sont accusés d'hostilité à la patrie, d'incitation à la révolte et d'appel à l'insurrection. 

Les accusations portées contre Issa Tchiroma Bakary suscitent donc des réactions des défenseurs de droits humains au Cameroun, alors que la possibilité d'une arrestation de l'opposant est évoquée depuis plusieurs jours. 

Issa Tchiroma Bakary, annoncé deuxième derrière Paul Biya à l'issue de l'élection présidentielle du 12 octobre, serait encore barricadé dans son domicile, à Garoua, dans le nord du pays. 

Dans une récente déclaration à la presse, le ministre camerounais de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a qualifié ses partisans de "terroristes"

Ecoutez le reportage à Douala...

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Depuis, les réactions se multiplient. Rolande Bechon est la directrice de l'ONG Nouveaux droits de l'Homme. Pour elle, "que ce soit dans le cadre de la crise anglophone, dans les années antérieures 2016-2017, que ce soit dans les revendications post-élection en 2018, on a eu la même attitude que nous déplorons. Ceci n'a pour objectif que l'escalade de la violence et une mauvaise appréhension de la situation."

L'analyste Henriette Ekwe estime que les termes utilisés par Paul Atanga Nji visent à en finir avec Issa Tchiroma Bakary. Elle se demande "comment on peut mettre des snipers au-dessus d'un toit voisin, qui ouvrent le feu sur la maison d'un homme politique qui n'a pas d'arme ? Ce qu'ils veulent faire, c'est le tuer. Mais le peuple s'est rué chez Issa pour le protéger. S'ils le font, il y aura un carnage et l'opinion internationale ne va pas les rater. Donc, ils sont obligés de faire attention. Ils ne savent pas comment prendre Issa."

Issa Tchiroma Bakary a en effet accusé les autorités d'avoir déployé, autour de sa maison, des tireurs d'élite qui auraient tué deux de ses partisans.

Le gouvernement camerounais a reconnu mardi des morts lors des manifestations, sans toutefois dater les violences ou donner de bilan précis. Image : Kepseu/Xinhua/picture alliance

Rolande Bechon note que "les violations des droits de l'Homme vont bon train, malgré les appels qui avaient été déjà formulés par le passé, visant à demander à l'Etat du Cameroun de cesser de faire juger les civils par les tribunaux militaires. Ce que nous vivons en ce moment, dans notre pays, ce sont des situations extrêmement graves. C'est un régime qui a l'habitude des répressions violentes des mouvements sociaux, des mouvements politiques critiques au Cameroun."

Henriette Ekwe estime que le gouvernement en place à Yaoundé semble ignorer les mouvements de la jeunesse dans le monde. "C'est le manque total de culture politique et historique, déplore-t-elle. Parce que si monsieur Atanga Nji suivait l'actualité mondiale, il saurait qu'il arrive un moment où les gens en ont ras-le-bol. Ça s'est passé au Népal. C'est ce qu'il s'est passé à Madagascar. Et aujourd'hui, les jeunes Camerounais sont en train d'appliquer ce qu'Atanga Nji et Clément Atangana ont provoqué en arrachant la victoire de Tchiroma."

Ce mercredi, à Douala, comme dans bien d'autres villes du pays, la vie n'a pas repris dans les entreprises. Les transports, les universités et autres établissements scolaires restent fermés.

Les files d'attente s'observent déjà dans des stations-services, les violences de ces derniers jours ayant provoqué une pénurie de carburant.

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