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PolitiqueRussie

Comment des Camerounais se retrouvent au front en Ukraine

Kossivi Tiassou | Adwoa Domena
10 septembre 2026

Les analystes estiment que la précarité économique et les réseaux de recrutement fondés sur la tromperie poussent de nombreux des Camerounais à rejoindre l’armée russe, parfois au prix de leur vie.

Cameroun | Béatrice Tchangon avec le portrait de son fils en uniforme russe
Brice, le fils Béatrice Tchangon, est parti en Russie Image : Blaise Eyong/DW

Ils partent en Russie avec l'espoir d'un emploi et d'une vie meilleure, mais certains se retrouvent finalement envoyés au front en Ukraine. De jeunes Africains, notamment des Camerounais, seraient ainsi recrutés dans l'armée russe, parfois sans savoir qu'ils vont combattre.

Certains ne sont jamais revenus. En avril, Yaoundé a confirmé la mort de 16 ressortissants camerounais signalée par Moscou. Sept d'entre eux seraient morts alors qu'ils combattaient en Ukraine. Malgré ces drames, les offres d'emploi et les promesses de salaires élevés continuent d'attirer de nouveaux candidats.

Selon les autorités ukrainiennes, près de 3 000 ressortissants de plusieurs pays africains auraient combattu ou combattraient encore aux côtés de la Russie. Ces estimations datent du mois de mai dernier. 

Le Cameroun, le Ghana, l'Égypte, le Kenya et l'Ouganda figurent parmi les principaux pays d'origine de ces recrues. Et le nombre réel pourrait être encore plus élevé.

Au Kenya, Samuel Mwaura Wainaina, a été recruté pour combattre en Ukraine pour la Russie.Image : Monicah Mwangi/REUTERS

Le cas du Cameroun

Banjo Herman, enseignante-chercheuse à l'Université de Bamenda et spécialiste des régions en crise, s'est intéressée aux raisons pour lesquelles le Cameroun figure parmi les pays qui comptent le plus grand nombre de recrues. Selon elle, deux facteurs principaux expliquent cette situation : le désespoir et la tromperie.

"Quand je parle de désespoir, je veux dire que de nombreux jeunes Camerounais sont à la recherche d'une vie meilleure. Ils cherchent de meilleures opportunités, de meilleures conditions de vie, pour eux-mêmes, mais aussi pour leur famille" a-t-elle expliqué.

C'est ainsi que lorsqu'ils entendent parler des sommes importantes qui leur seraient versées en Russie, certains n'hésitent pas à tout abandonner, y compris leur famille, pour tenter leur chance. Mais c'est là qu'intervient le deuxième facteur : la tromperie, estime l'enseignante-chercheuse de l'Université de Bamenda, Bamnjo Herman.

"La plupart de ceux qui partent pour la Russie ne savent pas qu'ils vont intégrer l'armée. Certains pensent qu'ils vont travailler dans le bâtiment, par exemple, ou comme agents de sécurité. D'autres pensent même qu'ils partent en Russie pour étudier. Mais malheureusement, une fois sur place, ils se retrouvent sur le champ de bataille. Voilà ce qui se passe aujourd'hui."

Des programmes trompeurs

Ce qui est encore plus préoccupant dans le cas camerounais, selon la chercheuse, c'est que certaines initiatives et certains programmes continuent de présenter la Russie comme un pays ami du Cameroun et contribuent ainsi à donner aux jeunes l'impression qu'il s'agit d'un véritable pays d'opportunités.

Parmi ces programmes, l'African Initiative ou encore Alabuga, que beaucoup de jeunes filles considèrent comme de simples programmes d'échange culturel. Tous ces éléments permettent, selon Bamnjo Herman, de comprendre pourquoi le Cameroun s'est retrouvé avec un nombre important de recrues, pour l'instant difficile à estimer.

Un groupe de 11 Sud-Africains, qui auraient été recrutés pour se battre contre l’UkraineImage : Rajesh Jantilal/AFP

Pourquoi ces jeunes acceptent-ils ?

Pour comprendre pourquoi ces offres continuent de séduire, poursuit Bamnjo Herman, il faut regarder la réalité économique à laquelle sont confrontés de nombreux jeunes.

"Imaginez que vous êtes menuisier au Cameroun et que vous n'arriviez même pas à gagner 100 000 francs CFA par mois. Et puis quelqu'un vous promet trois millions de francs CFA pour venir travailler en Russie. C'est forcément très attirant", s'est demandée la chercheuse.

Elle nuance toutefois : tous les Camerounais présents en Russie n'ont pas été trompés. Certains y vivent depuis plusieurs années, ont progressivement intégré l'armée et, selon lui, s'en sortent plutôt bien.

Pour beaucoup, la promesse d'un revenu élevé et celle d'obtenir la nationalité russe suffisent à faire accepter le risque.

Que pourrait faire le Cameroun ?

Les ONG appellent le gouvernement camerounais, mais aussi les autres gouvernements africains concernés, à agir sur trois fronts.

D'abord, engager un dialogue avec la Russie pour demander des comptes aux groupes impliqués dans ces réseaux de recrutement. Ensuite, mieux informer les populations et multiplier les campagnes d'alerte sur les risques liés à ces offres.

Enfin, mener des politiques économiques capables de créer davantage d'opportunités pour les jeunes et de réduire les conditions qui rendent ces offres trompeuses aussi attractives.

Le Ghana a déjà officiellement saisi la Russie et demandé la fin du recrutement de ses ressortissants. 

Pour Bamnjo Herman, si le Cameroun veut réellement mettre un terme à ce phénomène, il doit aussi s'attaquer aux causes profondes : "Il doit revoir sa politique de gouvernance et mettre en place un système plus inclusif et plus transparent, où les citoyens peuvent réellement trouver des opportunités."

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