La Russie et les Occidentaux rivalisent en Centrafrique
16 février 2026
La Russie et les Occidentaux rivalisent en République centrafricaine. À Bangui, les militaires russes, présents depuis 2018 avec l'ancien Groupe Wagner, assistent au retour des Américains qui souhaitent y ouvrir un bureau militaire.
Les forces américaines de l'Africom viennent en effet d'achever une mission d'évaluation conjointe avec l'Inspection générale des armées centrafricaines.
Parallèlement, l'Union européenne, à travers l'EUTM, a repris, en 2024, après l'avoir interrompu durant trois ans, sa mission de formation de l'armée centrafricaine.
Sur le terrain, les officiers américains et les instructeurs russes, de l'Africa Corps ou de l'ancien groupe Wagner, se croisent et s'observent à distance.
Mais à l'inverse des Russes, les Américains ne sont présents que de manière ponctuelle. Ils interviennent dans le cadre de l'inspection des services militaires centrafricains, une mission qui porte sur la gestion logistique, l'administration du personnel militaire et l'efficacité opérationnelle.
Possible ouverture d'un bureau permanent
L'inspecteur général américain, Roy Rhinart, dresse le bilan de deux années de coopération et n'exclut pas une poursuite du partenariat à long terme, avec l'ouverture d'un bureau permanent.
"C'est plus un engagement qu'une évaluation que nous sommes en train de réaliser, assure-t-il. Le général Izamo, l'inspecteur général de l'armée centrafricaine, poursuit un engagement que nous faisons depuis au moins décembre 2024. Concernant le bureau militaire, nous avons déjà une personne qui travaille sur le dossier : il s'agit de l'attaché de défense à l'ambassade des États-Unis."
Les autorités américaines restent toutefois discrètes sur le format exact de ce futur bureau militaire, ainsi que sur les effectifs qui y seront déployés.
Il y a deux ans, Washington avait tenté, sans succès, de convaincre Bangui de se séparer du groupe Wagner, au profit de la société militaire privée Bancroft.
Aujourd'hui, l'Africom est présente, officiellement, à la demande des autorités centrafricaines, comme le rappelle le général inspecteur des armées, Léopold Izamo.
"Le ministre de la Défense nationale et de la Reconstruction de l'armée a invité l'Africom à venir renforcer les capacités de l'Inspection générale des armées dans sa mission de contrôle et de gouvernance, explique-t-il. C'est la deuxième fois que cette équipe arrive en Centrafrique. La coopération a débuté en 2024 et ils sont venus évaluer les avancées réalisées dans la pratique de l'inspection. La coopération bilatérale avec les États-Unis est au beau fixe, ce qui explique leur engagement dans le cadre de la reconstruction de notre outil de défense."
Parallèlement, la Russie aurait exigé de l'État centrafricain une facture mensuelle de 15 millions de dollars, en 2025, pour les services de l'Africa Corps qui devait remplacer la présence, toujours bien réelle à Bangui, de l'ancien groupe Wagner.
Les autorités centrafricaines n'ont pas donné suite à nos sollicitations pour savoir qui prendrait en charge ces coûts.
Le transfert réel de compétences reste faible
Pour le chercheur Lorenzo Ganaoui, cet activisme militaire répond avant tout à une logique de positionnement stratégique global.
"La République centrafricaine, de par sa position centrale en Afrique, est un espace hautement stratégique, tant sur le plan sécuritaire que pour l'accès aux immenses ressources naturelles du continent. Il s'agit de prendre position en Centrafrique pour mieux quadriller l'Afrique et établir un lien entre l'Occident et l'Asie. L'objectif est donc d'y instaurer une stabilité durable, afin de bâtir une sécurité continentale, qui servirait ensuite la sécurité mondiale", analyse-t-il.
Si la cohabitation entre les différents acteurs militaires semble, pour l'instant, se poursuivre, malgré les rivalités entre la Russie et les États-Unis, les retombées concrètes, notamment en matière de transfert de compétences, restent toutefois peu perceptibles.
L'armée centrafricaine a en effet encore un long chemin à parcourir pour atteindre une autonomie réelle.