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MigrationEspagne

A Ceuta, l'Europe face à une crise migratoire majeure

Marco Wolter | Avec agences
31 juillet 2026

Jusqu'à 60.000 personnes, surtout des jeunes hommes et des adolescents, ont réussi à entrer à Ceuta ces derniers jours. La grande majorité sont toutefois reparti au Maroc.

Des personnes arrivent à Ceuta à la nage en contournant la clôture qui entre dans la mer.
Pedro Sánchez dit aux dirigeants européens que "ce n'est pas le moment de se diviser".Image : Antonio Sempere/AP Photo/picture alliance

Des rumeurs enflent. Elles se propagent par le bouche-à-oreille, se diffusent encore plus rapidement sur les réseaux sociaux : la frontière vers Ceuta, la petite enclave espagnole au nord du Maroc, serait ouverte. 

Et voilà que des milliers de personnes candidates à l'émigration se mettent en route vers ce qui constitue, avec l'enclave de Melilla, la seule frontière terrestre entre l'Afrique et l'Union européenne. 

Jusqu'à 60.000 personnes, surtout des jeunes hommes et des adolescents, auraient réussi à entrer à Ceuta ces derniers jours, débordant les forces de l'ordre marocaines et espagnoles, en contournant la clôture de sécurité par la mer, alors que beaucoup savent à peine nager, ou en franchissant les hautes barrières de barbelés qui matérialisent la frontière.

Et les réactions, fusent de toutes parts. L'Espagne est fortement critiquée, dans une Europe qui ne cesse de durcir sa politique migratoire.  

Des dizaines de milliers de personnes arrivées à Ceuta sont déjà retournées au Maroc.Image : Abu Adem Muhammed/Anadolu Agency/IMAGO

L'Italie veut exclure l'Espagne de l'espace Schengen

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a certes évoqué "une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière. Il a annoncé un renfort des forces de l'ordre à Ceuta. 

Mais le chef du gouvernement socialiste, qui faisait déjà cavalier seul en Europe sur la question de l'immigration, avec le récent plan de régularisation de centaines de milliers de sans-papiers vivant en Espagne, s'attire les foudres de ses homologues européens. 

Et c'est l'Italie et sa dirigeante d'extrême droite, Giorgia Meloni, qui a frappé le plus fort. Rome dit vouloir fermer l'espace Schengen à l'Espagne. Une proposition soutenue par la Finlande et le Danemark. Pour rappel, cet espace est la zone de libre circulation en Europe où les contrôles aux frontières ont été abolis pour les voyageurs. 

Giorgia Meloni parle d'image "choquantes" à Ceuta et demande des mesures d'urgence. Madrid dénonce une annonce démagogique, d'autant qu'une telle exclusion d'un Etat n'est pas prévue dans les textes. En revanche, il est possible d'instaurer des contrôles aux frontières intérieures de façon exceptionnelle. 

Vendredi, des milliers de jeunes migrants étaient réunis sur les plages, certains se réchauffant autour de feux, d'autres dormant, sous le regard des forces de l'ordre, en grand nombre.Image : Marcos Moreno/Europa Press/IMAGO

48.000 personnes sont retournées au Maroc

L'Allemagne a aussi vivement réagi. Frierich Merz demande à l'Espagne "de ne pas laisser les migrants en situation irrégulière accéder au continent européen". Le chancelier prône une ligne dure contre l'immigration irrégulière. Il profite de cette crise pour insister sur le besoin d'ouvrir des centres de rétention hors des frontières européennes pour accélérer les expulsions de migrants. Dans le même temps, Friedrich Merz appelle le Maroc à reprendre "immédiatement les migrants en situation irrégulière"

Il se trouve que le chaos est tel à Ceuta, que des hommes ont déjà retraversé, ce matin, le poste-frontière en sens inverse pour retourner au Maroc. Comme cet homme venu de Tanger, qui appelle ses compatriotes à ne pas venir à Ceuta :  "Pour être honnête, je ne sais même pas pourquoi je suis venu. Je rentre tout de suite. C'est aussi simple que ça. Je n'ai rien mangé depuis le déjeuner d'hier. Même si j'ai pris un peu d'argent avec moi. Je n'ai pas encore dormi." 

Nos confrères du journal espagnol El País ont recueilli des témoignages de Marocains qui expliquent s'être fait caillasser toute la nuit par des habitants, et que certains magasins refusaient de leur vendre de quoi manger.

Plus de 48 000 personnes seraient ainsi déjà reparties, selon le gouvernement espagnol vendredi soir.

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