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Ceuta : des mineurs livrés à eux-mêmes

Jan-Philipp Scholz | Eric Topona
18 août 2026

Des milliers de mineurs migrants se trouvent toujours dans l'enclave espagnole de Ceuta. Beaucoup signalent des problèmes de santé et des mauvais traitements.

Des migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, livrés à eux-mêmes
Des migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, livrés à eux-mêmesImage : Jan-Philipp Scholz/DW

Zone industrielle d'El Tarajal, à Ceuta, 8 heures du matin : au lieu des habituels employés d'entrepôt et chauffeurs de camion prenant leur service à l'aube, le paysage est dominé par des couvertures sales et des tentes de fortune. À l'intérieur de la plupart de ces abris improvisés, des enfants et des adolescents dorment. Selon les estimations, entre 3 000 et 5 000 mineurs migrants se trouvent encore dans la ville. Beaucoup vivent dans la rue depuis plus de deux semaines, faute de pouvoir trouver une place dans les centres d'accueil saturés de l'enclave espagnole.

Aucune aide pour les enfants malades

Amina (prénom modifié par la rédaction) a 14 ans. Cette jeune Marocaine et son frère figuraient parmi les quelque 80 000 migrants ayant franchi illégalement la frontière espagnole fin juillet. Si la plupart ont depuis quitté la ville, environ 9 000 personnes y sont restées — selon les chiffres des autorités locales —, parmi lesquelles de nombreux enfants et adolescents comme Amina. 

Mineurs migrants non accompagnés dans l'enclave espagnole de Ceuta, livrés à eux-mêmes.Image : Jan-Philipp Scholz/DW

​"Le pire, c'est qu'on n'a même pas de toilettes" confie la jeune fille. "Il faut aller dans les buissons, mais je n'ose pas y aller seule".
Tout près d'Amina, Malika a étendu quelques couvertures pour elle et ses quatre enfants. Cette Marocaine explique qu'elle gagne l'équivalent de sept euros par jour en travaillant comme femme de ménage au Maroc. « C'est tout simplement insuffisant pour subvenir aux besoins de tout le monde. La rentrée scolaire approche et je n'ai pas d'argent pour les livres, ni même pour des vêtements corrects pour les enfants. » C'est pourquoi cette mère a décidé, sur un coup de tête, de se joindre à la traversée massive de la frontière espagnole après en avoir entendu parler sur les réseaux sociaux. Mais aujourd'hui, Malika se retrouve elle aussi désemparée. "L'un des enfants est tombé malade. Il avait une forte fièvre, mais je n'ai trouvé de l'aide nulle part".  Finalement, la mère a tenté de le soigner avec des compresses d'eau et de vinaigre.

Hausse des viols sur mineures

Cependant, Malika se dit très inquiète pour ses filles, âgées de douze et quatorze ans. Le nombre d'agressions sexuelles à Ceuta a connu une forte augmentation au cours de la semaine écoulée. La police enquête actuellement sur au moins 15 cas présumés de viol. Les autorités locales estiment que le nombre de cas non signalés est bien plus élevé.

Susana Ascaso, médecin urgentiste, a pris en charge plusieurs victimes de viol ces derniers jours. "Pas plus tard qu'hier, une autre fillette de douze ans est arrivée aux urgences. Elle a raconté que d'autres migrants l'avaient harcelée et touchée de manière inappropriée. Elle est arrivée ici terrorisée et en larmes. Elle était accompagnée d'une femme qui l'avait trouvée dans la rue ; cette femme a sauvé la fillette."

Absence de consensus politique en Espagne

Dans des entretiens exclusifs accordés à la DW, plusieurs hauts responsables du gouvernement régional de Ceuta tirent la sonnette d'alarme. Nabila Benzina, conseillère régionale chargée de la santé et des affaires sociales à Ceuta, qualifie la situation de  "pire moment de l'histoire de Ceuta" et réclame un soutien accru du gouvernement central de Madrid.

"Nous avons besoin de davantage de forces de police, notamment pour protéger les jeunes femmes, mais aussi pour assurer la sécurité de la population dans son ensemble."

Critiqué pour sa politique migratoire jugée trop laxiste, le Premier ministre espagnol fait face aux reproches de plusieurs dirigeants européens. Image : Fabian Bimmer/REUTERS

Leur dirigeant, le président de la région de Ceuta,  qualifie la situation de « haut risque » dans un entretien accordé à la DW, soulignant qu'il devient de plus en plus difficile d'assurer le fonctionnement des services publics. "S'agissant des mineurs, nous fonctionnons actuellement à 5 000 % au-delà de notre capacité d'accueil. Cela signifie qu'il n'est plus possible de leur prodiguer des soins adéquats."

Le gouvernement central espagnol, à Madrid, a annoncé son intention de répartir les mineurs sur l'ensemble du territoire, conformément à la loi. Toutefois, aucun calendrier précis n'a été établi pour l'instant, et les autorités gouvernementales ont déjà prévenu que ce processus de répartition prendrait du temps. Plusieurs régions espagnoles, où le parti d'extrême droite VOX participe au gouvernement, refusent d'ores et déjà d'accueillir des migrants.

Le retour comme option ?​

Dans l'entretien accordé à la DW, le chef du gouvernement de Ceuta préconise une autre approche : "Les mineurs doivent être réunis avec leurs familles ; à défaut, les services sociaux marocains devraient en assurer la tutelle". Il considère qu'il s'agit de la seule solution à la crise actuelle et appelle Madrid à engager les « procédures juridiques appropriées".

Mesures de sécurité près de la frontière avec CeutaImage : Zhor Baki/DW

Pourtant, de nombreux mineurs affirmentque, malgré les conditions déplorables à Ceuta, ils ne veulent pas rentrer. Des migrants venus d'autres pays africains, en particulier, commencent déjà à dresser des abris de fortune sur la plage de Trampolín. Ibrahim, un Soudanais de 17 ans, assure qu'il ne baissera pas les bras tant qu'il ne pourra pas "offrir une vie meilleure à ses parents restés au pays". Amina, âgée de 14 ans, refuse elle aussi d'envisager un retour au Maroc. "

Les écoles chez moi sont très mauvaises. Je veux un avenir différent. Je veux devenir architecte un jour".

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