L'immigration clandestine conduit-elle à la criminalité ?
1 avril 2026
Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué en mars dernier devant le Bundestag, le parlement allemand, une "explosion de violence" en Allemagne, affirmant qu'"une part considérable de cette violence" était le fait de "groupes d'immigrants". Ce n'était pas la première fois qu'il tenait de tels propos. Son gouvernement avait en effet réduit de 60 % le nombre de demandeurs d'asile, avait déclaré Friedrich Merz à l'automne 2025. "Mais bien sûr, ce problème persiste dans nos villes." C'est pourquoi des expulsions sont désormais menées "à grande échelle".
Ce sont les succès électoraux de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), un parti en partie d'extrême droite, qui mettent la pression sur les partis conservateurs CDU/CSU. Lors des deux premières élections régionales de cette année, dans le Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, l'AfD a obtenu environ 19 % des voix à chaque fois.
Le paysage urbain : marchés de Noël et gares centrales
Lorsque Jens Spahn, président du groupe parlementaire conservateur CDU/CSU au Bundestag, analyse les succès de l'AfD, il en vient rapidement à évoquer le quotidien des Allemands. "Il s'agit aussi de savoir dans quelle mesure je me sens en sécurité au quotidien, dans quelle mesure je me sens chez moi au quotidien, et à quelle vitesse les choses changent autour de moi", a déclaré Jens Spahn lors d'une sortie médiatique à Berlin. Son groupe parlementaire avait invité à cette occasion environ 200 maires et présidents de district membres de la CDU/CSU, ainsi que d'autres représentants locaux.
Jens Spahn a défendu le chancelier Friedrich Merz, affirmant que les citoyens allemands pouvaient constater les changements survenus dans le paysage urbain. "Les marchés de Noël qui ressemblent à des forteresses, la situation dans les principales gares, pas seulement dans les grandes villes, les places de marché dans de nombreuses villes moyennes où les choses ont changé, les vols à l'étalage et autres problèmes : on ne peut pas nier que l'immigration irrégulière a transformé le paysage urbain."
Insécurité dans les lieux publics : un sentiment d'insécurité croissant
48 % des Allemands ne se sentent pas en sécurité dans les lieux publics, les parcs, les trains et les bus. C'est ce qui ressort d'un sondage représentatif réalisé fin 2025 par l'institut de sondage infratest dimap. En 2017, ce chiffre n'était que de 23 %. Le sentiment de sécurité en Allemagne a donc nettement diminué. Mais une politique d'asile restrictive permettra-t-elle de le faire remonter ?
Même les élus locaux conservateurs ont une vision plus nuancée de la question. "Ce qui influence le plus le sentiment subjectif de sécurité des citadins, ce n’est pas la grande criminalité, mais le comportement socialement inapproprié de certains groupes", fait remarquer Thorsten Wünschmann, qui dirige le service de l’ordre public dans la ville de Hanau, dans l’Etat-région de Hesse (Ouest de l’Allemagne), lors de la conférence des élus locaux à Berlin. Il s'agit de comportements qui se situent "bien en deçà des infractions pénales ou administratives". "Mais cela effraie les gens dans l'espace public."
Une dégradation sociale plutôt que de la grande criminalité
On pense notamment aux toxicomanes, aux rassemblements d'ivrognes, aux mendiants agressifs et aux sans-abri. Les immeubles vides et délabrés, les déchets et la saleté altèrent également le paysage urbain. Même si seuls certains quartiers ou certaines rues sont concernés, cela rejaillit sur l'ensemble du quartier. Selon le consensus qui s'est dégagé lors de la conférence, le simple fait que le centre-ville présente un aspect négligé contribue à un sentiment d'insécurité et suscite un malaise au sein de la population.
Il existe des différences marquées entre les zones rurales et les grandes villes. Certains déplorent l'émigration et les logements vacants, d'autres les conflits liés principalement à la pauvreté et aux intérêts divergents. Rainer Wendt, président du syndicat de la police allemande, raconte depuis Berlin : "J'ai longtemps vécu près d'Alexanderplatz ; quiconque croise le matin des travailleurs migrants, majoritairement originaires d'Europe de l'Est, ou leurs affaires déposées devant les portes, comprend ce que je veux dire."
Christoph de Vries (CDU), secrétaire d'Etat parlementaire au ministère fédéral de l'Intérieur, évoque, quant à lui, des bandes organisées de mendiants dont les membres seraient déposés chaque matin aux mêmes endroits dans sa ville natale, Hambourg. Il s'agit souvent de personnes originaires de pays d'Europe de l'Est membres de l'UE. Christoph de Vries a indiqué que les contrôles réguliers effectués par le service de l'ordre public avaient permis d'atténuer le problème. "Ils ont rapidement cessé de venir."
La criminalité et les communes : un combat sur plusieurs fronts
"Surtout dans les grandes villes, des rues entières se transforment en lieux de rassemblement pour les toxicomanes", fait encore remarquer Christoph de Vries. "Les gens barricadent désormais leurs entrées pour empêcher les autres de s’injecter de la drogue, d’en consommer ou d’en vendre."
Il s'agirait, selon le syndicaliste, d'une situation intenable. "Il est inacceptable que l'espace public soit occupé par certains groupes de personnes et que les citoyens ordinaires n'osent plus s'y rendre." Mais les citoyens seraient également effrayés par la recrudescence de la grande criminalité.
Thorsten Wünschmann, du service de maintien de l'ordre de Hanau, a fait part d'une expérience positive avec les forces de l'ordre municipales, notamment en ce qui concerne leur capacité à influencer certains groupes au sein de la ville. "Comme ils connaissent les gens, ils peuvent les approcher très tôt. Souvent, ils les connaissent mieux que leurs collègues de la police régionale."
Les communes prises au piège de l'endettement
Pour garantir la sécurité et l'ordre, il est toutefois nécessaire de renforcer les effectifs, de moderniser les technologies de surveillance et d'accroître les financements des gouvernements fédéral et des Etats-régions. La plupart des municipalités sont fortement endettées. En 2024, elles ont enregistré un déficit record de près de 25 milliards d'euros, auquel se sont ajoutés 20 milliards d'euros au premier semestre 2025.
Les principaux facteurs sont la forte augmentation des dépenses sociales et des coûts de personnel. Parallèlement, les recettes de la taxe professionnelle ont chuté en raison de la crise économique. Partout, les fonds nécessaires pour investir dans les infrastructures font défaut.
Davantage de fonds de l'Etat fédéral pour les communes
Pendant de nombreuses années, l'Etat fédéral et les Etats-régions n'ont guère tenu compte des préoccupations des communes. Cela semble changer. Plusieurs pistes visant à renforcer les villes et les communes sont actuellement débattues au Bundestag. Ainsi, les aides à l'urbanisme devraient passer de 1,6 milliard d'euros.
La nouveauté réside dans le fait que ces fonds peuvent désormais servir à financer des mesures de prévention de la criminalité. Il s'agit par exemple de réaménagements urbains visant à éliminer les "zones de peur", c'est-à-dire les quartiers où les gens osent moins s'aventurer, surtout la nuit. Seront également soutenues les mesures de construction visant à revaloriser l'espace public, ainsi que la rénovation de bâtiments afin de lutter contre la vacance de logement.
Cela seul ne suffira pas. Il s'agit avant tout de faire respecter les règles, a déclaré le maire de Sarrebruck, Uwe Conradt : "Il y a désormais des groupes très diversifiés dans la ville. On ne peut pas non plus, pour ainsi dire, reconstruire les anciens remparts et contrôler qui entre dans la ville. Il faut donc mettre en place une gestion."