Cheikh Hamidou Kane, un patriarche immortel
5 octobre 2026
Né à Matam, dans le nord-est du pays, le 2 avril 1928, il a publié en 1961 L'Aventure ambiguë qui lui a valu le Grand prix littéraire d'Afrique noire l'année suivante et qui reste un classique de la littérature africaine. Puis en 1995, Les Gardiens du temple.
Kangni Alem, écrivain togolais et professeur de littérature comparée à l'Université de Lomé, a lui aussi été marqué par Cheikh Hamidou Kane. Il revient ici sur l'empreinte laissée par l'écrivain sénégalais et sur la place de la littérature africaine pour les jeunes.
Retranscription de l'interview
Kangni Alem : C'était un patriarche qui a traversé les siècles. Donc je dirais que quand on arrive à cet âge là, on se dit, bon repos le Patriarche !
DW : Que laisse-t-il à votre sens comme héritage à son pays, le Sénégal, mais aussi au reste du continent et au reste du monde ?
Kangni Alem : Il n'y en a pas beaucoup qui ont traversé le temps dans l'éducation nationale africaine.
Leur héritage a été une contribution sensible à la notion de négritude et en quelque sorte, il a apporté la réponse. Vous savez, c'est une réponse magnifique que donne son roman : apprendre l'art de vaincre sans avoir raison. Je crois que cet enseignement là, plusieurs générations d'élèves africains l'ont médité et l'ont compris.
C'est presque des outils qu'il a fournis aux cadres, aux élites de son pays et à toutes les élites africaines et de la diaspora africaine à travers le monde.
Donc sur ce plan là, je crois que le patriarche peut être classé dans la catégorie des immortels, c'est à dire ceux qui ont laissé non seulement un texte, mais une pensée.
DW : Mais au delà, est ce que la littérature africaine a sa place actuellement dans les écoles, dans les têtes des lycéens, des collégiens ?
Kangni Alem : Oui, lui il est devenu un classique. Mais ce n'est pas le sort de la cohorte d'écrivains africains que nous connaissons et que nous enseignons.
La vérité, c'est que la littérature elle-même, il faudrait qu'elle devienne véritablement une institution dont on puisse se servir pour penser.
Les écrivains africains, il y en a de plus en plus, mais leur œuvre n'ont pas forcément le même impact durable que les auteurs de ces années 60, 70 ont eu sur l'Education nationale africaine.
Maintenant, c'est une institution, ça se crée, ça se constitue et c'est un travail de longue haleine.
Ça se soutient avec des politiques, des politiques du livre, des politiques de la culture, des politiques de l'Education nationale, etc. Voilà, on sait. Il faut juste espérer que tout cela puisse arriver à la fin.