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Vladimir Poutine en visite en Chine

19 mai 2026

Après Donald Trump, le président russe va rencontrer à Pékin son « bon ami de longue date » Xi Jinping, dans le but de consolider la solidité des relations sino-russes.

Vladimir Poutine et Xi Jinping  le 31 août 2025 (archives)
Vladimir Poutine et Xi Jinping le 31 août 2025 (archives)Image : Sergei Bobylev/Sputnik/Kremlin Pool Photo/AP Photo/picture alliance

La visite que le président russe Vladimir Poutine effectue cette semaine en Chine, a pour but de marquer le 25e anniversaire du  "Traité de bon voisinage et de coopération amicale sino-russe" (TCF). Cet accord stratégique a été signé le 16 juillet 2001 par Vladimir Poutine et Jiang Zemin, le président de l'époque. Il scelle un partenariat de non-agression, de coopération économique et de soutien géopolitique, officiellement prolongé en 2021 pour une durée de 20 de 2001.

La position influente de la Chine

Toutefois, le calendrier de ce déplacement — intervenant quelques jours seulement après la visite d'État du président américain Donald Trump à Pékin — est digne d'intérêt​. Il souligne la position influente de la Chine au sein d'un paysage géopolitique de plus en plus fragmenté et marqué par les rivalités entre grandes puissances.

É​conomie, commerce et affaires internationales au menu de cette visite

Les sujets à l'étude devraient inclure les questions économiques et commerciales bilatérales, ainsi que des discussions sur les affaires internationales et régionales.

Dans un contexte ​marqué par l'isolement de Moscou vis-à-vis de l'Occident en raison de son invasion de l'Ukraine, la Chine est devenue, et de loin, le premier partenaire commercial de la Russie​. Elle ​lui fournit plus d'un tiers de ses importations et absorbe plus d'un quart de ses exportations.

Toutefois, ce partenariat aurait également des dimensions militaires. Une enquête de Reuters, publiée en juillet 2025, a révélé que des entreprises chinoises auraient eu recours à des sociétés-écrans pour expédier des moteurs de drones à des fabricants d'armes russes, en les faisant passer pour du matériel de refroidissement industriel — des allégations que Pékin réfute.

Vladimir Poutine au défilé militaire marquant le 80e anniversaire de la victoire sur le Japon le 3 septembre 2025Image : Sergei Bobylev/TASS/ZUMA/picture alliance

À la veille de cette visite, ​​Claus Soong, ​du Mercator Institute for China Studies (MERICS) en Allemagne, a déclaré à la DW que le paysage géopolitique actuel plaçait Pékin dans une position avantageuse.

Les États-Unis comme la Russie ont actuellement besoin de la Chine, bien que de manières opposées : Washington y voit un rival stratégique​. Tandis que Moscou recherche un partenaire partageant des intérêts géopolitiques et énergétiques convergents.

De son côté, Pékin n'a nullement besoin de chercher à contrebalancer l'influence des États-Unis ni de prendre ses distances par rapport aux tensions opposant la Russie à l'Occident, a ajouté ​​Claus Soong​.

Que veut Poutine de Xi à présent ?

DonaldTrump a été chaleureusement accueilli par Xi et a quitté Pékin sur une note optimiste​ vendredi dernier. La visite de ​Vladimir Poutine pourrait viser, en partie, à obtenir l'assurance que toute avancée dans les relations sino-américaines ne se fera pas au détriment de Moscou.

Pour ​Vladimir Poutine, la priorité immédiate consiste à réaffirmer ses liens étroits avec ​Xi ​Jinping  et à sonder l'état d'esprit actuel de Pékin. Une question plus prospective, a suggéré ​​Claus Soong, est de savoir qui pourrait jouer le rôle de médiateur crédible si la Russie venait à vouloir mettre un terme à la guerre en Ukraine.

Des signaux récents — notamment un défilé du Jour de la Victoire ​(le 8 mai 2026) plus sobre et la poursuite des frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières russes — suggèrent que Moscou pourrait souffrir d'une certaine lassitude face à la guerre. ​Vladimir Poutine a même laissé entendre que le conflit pourrait approcher de son dénouement.

Depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en février 2022, ​Vladimir Poutine a rencontré Xi ​Jinping  à de nombreuses reprises. Pour Pékin, cette relation demeure une priorité stratégique, a fait remarquer ​l​e chercheur  ​Claus Soong​. Bien que​, ajoute-t-il, le rapport de force soit asymétrique, la Russie ​e​st désormais bien plus dépendante de la Chine que l'inverse.

Une dépendance accrue de Moscou

En effet, confronté à une pression croissante en Ukraine, ​l​e président russe continue de dépendre de la Chine à plusieurs égards. Selon Ding Shufan, professeur d'études sur l'Asie de l'Est à l'Université nationale Chengchi de Taïwan, cette dépendance se manifeste notamment par la poursuite des importations d'énergie russe par la Chine, ainsi que par l'accès à des biens à double usage et aux chaînes d'approvisionnement.

La question de savoir si Pékin pourrait ajuster son niveau de soutien —​ "comme on contrôle le robinet d'eau​", selon l'expression de ​​Claus Soong​ ​du Mercator Institute for China Studies (MERICS) en Allemagne,   — demeure incertaine.Ce que Pékin veut — et peut obtenir — de Moscou

​Selon lui, "la Chine ne veut pas la guerre ; cela ne sert pas ses intérêts à long terme​". Il est donc peu probable que la Chine exerce une grande influence dans les zones de guerre actuelles.

"Il n'est peut-être pas dans l'intérêt de la Chine de voir la guerre en Ukraine se poursuivre​", ​insiste le chercheur, pour qui, ​"l'effondrement d'un régime représenterait un risque bien plus important pour elle​". Pékin considérerait l'effondrement des régimes tant en Iran qu'en Russie comme une issue négative"​ soutient-il.

E​n plus, une Russie affaiblie ou instable ferait peser des risques stratégiques immédiats sur Pékin. Les deux pays partagent une longue frontière et Moscou demeure un partenaire stratégique de premier plan pour la Chine. Cela signifie qu'il est peu probable que Pékin souhaite voir la Russie subir une défaite trop cuisante, même si elle s'abstient d'assumer un rôle plus direct dans le conflit.

​Énergie russe plus attrayante pour Pékin

La Chine a également été affectée par les tensions autour du détroit d'Ormuz et les perturbations qui en ont résulté pour ses approvisionnements pétroliers. Compte tenu de ses défis intérieurs — tels que la surcapacité industrielle —, la Chine ne saurait exporter aisément ses marchandises si des régions clés venaient à être déstabilisées par des conflits.Selon les analystes, les turbulences au Moyen-Orient pourraient rendre ​l'énergie russe plus attrayante pour Pékin. La Russie a représenté près de 18 % des importations pétrolières de la Chine en 2025, contre environ 13 % pour l'Iran et quelque 42 % pour les autres pays du Golfe.

Les sanctions occidentales ont poussé Moscou à réorienter ses exportations vers l'Est, tandis que la guerre américano-israélienne contre l'Iran continue de susciter des inquiétudes quant au trafic maritime à travers le détroit d'Ormuz. La Russie a besoin du marché chinois, tandis que la Chine peut s'approvisionner en énergie russe à prix réduit.

Sommet Poutine-Xi : ce qu'il faut surveiller

"La Chine et la Russie sont comme un couple partageant le même lit, mais faisant des rêves différents​", a déclaré ​​Claus Soong​, qualifiant leurs intérêts alignés, mais non identiques.

Pour la Chine, l'un des objectifs clés consiste à s'assurer des approvisionnements énergétiques plus fiables et durables — sans pour autant devenir excessivement dépendante du pétrole russe, ce qui conférerait à Moscou un moyen de pression.

Bien que l'ordre du jour de la rencontre ne soit pas encore clairement établi, ​L​e chercheur  ​Claus Soong    estime que des signes d'un possible refroidissement des relations pourraient apparaître.

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) s'entretient avec le président chinois Xi Jinping le 2 septembre 2025Image : picture alliance / ASSOCIATED PRESS

Des accords pourraient être signés, mais l'expert a mis en garde : pour des pays tels que la Chine et la Russie, de tels accords marquent souvent le début d'un processus, plutôt que son aboutissement.

Il a cité l'exemple de la banque de développement proposée par l'Organisation de coopération de Shanghai : évoquée pour la première fois par la Chine en 2010​. Cette initiative est restée au point mort pendant plus d'une décennie et, malgré une relance lors du sommet de Tianjin en 2025, elle n'est toujours pas devenue une institution pleinement opérationnelle.

"Il n'existe pas de partenariat sans limites", a affirmé ​Claus Soong , faisant référence à la rhétorique employée par le passé au sujet des relations sino-russes.

Lorsque ​Vladimir Poutine et ​Xi Jinping  se sont rencontrés à Pékin début 2022, juste avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ils ont proclamé que leur ​ "amitié entre les deux États n'a pas de limites​". Toutefois, les responsables chinois ont depuis lors minimisé cette déclaration ; Fu Cong, alors ambassadeur de Chine auprès de l'UE, a qualifié cette formule de  ​"pure rhétorique​".

Pour autant, cela ne signifie pas que Pékin et Moscou ne sont pas alignés. ​"Si la Chine pèse ses options entre l'Europe et la Russie, cette dernière a encore davantage à offrir​", a déclaré Soong.  

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