Polémique autour d'un t-shirt du CIO sur les JO de 1936
13 février 2026
Un t-shirt vendu en ligne par le Comité international olympique est à l'origine d'une polémique. Il fait partie de la collection "Héritage" qui reprend des motifs historiques des JO, comme d'anciennes affiches. Sauf que ce t-shirt est inspiré des Jeux de 1936, organisés par les nazis, dont il reproduit l'esthétique. S'il fait bondir certains, le CIO, lui, ne voit pas où est le problème.
Esthétique nazie
Le t-shirt incriminé est orné des anneaux olympiques sous lesquels figurent une tête dorée d'homme à la mâchoire carrée couronnée de lauriers ainsi que le Quadrige noir de la Porte de Brandebourg. On peut y lire l'inscription "Germany Berlin 1936 Olympic Games" ("Allemagne Berlin 1936 Jeux olympiques").
Ce vêtement, qui reprend une illustration de Franz Würbel, l'auteur de l'affiche des JO de 1936 pour Hitler, a connu un tel succès qu'il est épuisé sur la boutique en ligne du CIO, où il était en vente pour 39 euros pièce.
Les écologistes réclament le retrait de la vente
Klara Schedlich, porte-parole du groupe parlementaire écologiste au Parlement de Berlin, en charge du Sport, réclame au CIO de retirer le t-shirt de la vente. Selon elle, le motif, qui reprend sans distance critique l'esthétique nazie, ne permet pas suffisamment de réflexion sur l'histoire du comité.
L'élue verte estime que le "choix [de ces] images est problématique et inapproprié pour un t-shirt". Les Verts rappellent que les Jeux olympiques de 1936 ont fait partie intégrante de la propagande nazie.
Le CIO réfute l'argument
Le CIO, lui, affirme reconnaître "bien sûr la problématique historique de la "propagande nazie" en lien avec les Jeux olympiques de 1936 à Berlin". "Mais nous ne devons pas oublier que 4 483 athlètes issus de 49 pays se sont affrontés à Berlin, dans 149 compétitions, pour remporter des médailles", ajoute le Comité qui rappelle que le contexte historique de ces Jeux est expliqué en détail au Musée olympique de Lausanne.
Il précise aussi que le nombre de t-shirts produits pour l'édition 1936 est limité, c'est pourquoi ils sont actuellement épuisés.
Le CIO a par ailleurs avancé un autre argument qui laisse pantois : il doit utiliser ses droits de marque de façon continue, afin de protéger sa propriété intellectuelle, car, sinon, les illustrations du CIO pourraient être utilisés par d'autres.
Des JO de 1936 attribués avant l'arrivée de Hitler au pouvoir
Le CIO a attribué dès 1931 les Jeux de 1936 à l'Allemagne. Les Jeux d'hiver se sont tenus à Garmisch-Partenkirchen, en Bavière, et ceux d'été, à Berlin. En 1933, les nazis accèdent au pouvoir et clament la supposée supériorité de la "race aryenne".
Au début, l'idée d'une compétition équitable entre les nations ne plaît pas à Adolf Hitler, mais il se laisse convaincre de la possibilité d'instrumentaliser ces manifestations sportives mondiales à des fins de propagande.
Avery Brundage, alors à la tête du CIO, revient enchanté de son voyage à Berlin, en 1934, où le chancelier allemand s'est engagé à ce "qu'il n'y [ait] pas de discrimination des Juifs" durant les JO.
Les débuts d'une politique de persécutions
Or, à l'époque, les nazis ont déjà commencé leur politique de persécutions et intensifié la répression.
C'est en 1934 que l'Allemagne bascule vraiment dans la dictature : en juin-juillet a lieu la Nuit des longs couteaux, durant laquelle des membres de la SS éliment les miliciens de la SA.
Le président Hindenburg décède en août et Adolf Hitler, qui devient Führer, s'arroge les pleins pouvoirs. Des camps de concentration sont déjà utilisés, mais, en 1934, leur système se perfectionne et leur gestion est placée sous le contrôle central de la SS.
Peu avant les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, l'Allemagne nazie a remilitarisé la région de la Rhénanie à sa frontière occidentale, que ses forces avaient reçu l'ordre de quitter après leur défaite lors de la Première Guerre mondiale. Elle a mis en œuvre le "plan quadriennal" destiné à préparer l'économie et l'armée à la guerre.
Le régime nazi prive les Roms et les Juifs de leur droit de vote en mars, un mois après les Jeux d'hiver de Garmisch-Partenkirchen. Le chef des chemises noires SS, Heinrich Himmler, a été nommé chef de la police allemande quelques semaines avant les Jeux d'été de Berlin.
Sur le plan international, le gouvernement d'Hitler a signé ses premiers traités avec ses futurs alliés de l'Axe, le Japon et l'Italie, en 1936, et a apporté son soutien aux nationalistes du général Francisco Franco pendant la guerre civile espagnole.
Les JO comme outil de propagande nazie
Mais à l'approche des Jeux de 1936, les nazis tentent de donner une image respectable de l'événement, en supprimant les slogans et graffitis antisémites des rues et des vitrines des magasins de Berlin, en expulsant de la capitale les personnes jugées "indésirables" et en modérant le ton de leur journal raciste Der Stürmer.
Les Jeux olympiques de 1936 sont donc conçus par les nazis pour faire oublier leur violence et mettre en scène Adolf Hitler qui accueille le monde dans son Reich.
Les progrès technologiques tels que la télévision et la radio permettent au régime de perfectionner la diffusion de leur propagande. Le dirigeant nazi Joseph Goebbels accorde d'ailleurs une attention particulière aux JO, dont il voit l'utilité pour manipuler les masses. La réalisatrice Leni Riefenstahl tournera aussi des images devenues cultes de corps d'athlètes héroïsés par la propagande.
Les Jeux de 1936 voient ainsi le premier relais de la flamme olympique de l'ère moderne, un fait que le Comité international olympique (CIO) a commémoré en ligne, en 2020, suscitant déjà une vive réaction de la part du public, car il a utilisé des images de propagande nazie pour rappeler cet événement.
Un succès partiel pour Hitler
Les JO de 1936 n'ont pas comblé toutes les attentes d'Adolf Hitler.
Bien que l'Allemagne ait dominé le classement général des médailles, les États-Unis ont remporté certaines des épreuves d'athlétisme les plus prestigieuses au stade olympique de Berlin.
Hitler avait souhaité assister aux épreuves et remettre leurs médailles d'or à tous les vainqueurs allemands, mais uniquement aux vainqueurs allemands. Il fut réprimandé par le CIO lorsqu'il quitta le stade pour éviter de serrer la main du sauteur en hauteur, Cornelius Johnson, qui remporta la première médaille d'or américaine.
Le président du CIO de l'époque dit alors à Hitler qu'il pouvait soit féliciter tous les médaillés d'or, soit n'en féliciter aucun, et le dictateur choisit de n'en honorer aucun pendant le reste des Jeux.
Adolf Hitler n'a donc jamais serré la main de l'athlète le plus titré des Jeux, le sprinteur noir américain Jesse Owens, âgé de 22 ans, qui a remporté l'or sur 100 mètres, sur 200 mètres, lors du relais 4 x 100 mètres et du saut en longueur.
Les victoires de Jesse Owens ont marqué l'histoire en défiant Adolf Hitler et en humiliant la propagande nazie qui affirmait la supériorité aryenne.
Cette polémique autour du t-shirt et de l'histoire des JO sous le nazisme est d'autant plus vive que Berlin a postulé pour accueillir les Jeux olympiques de 2036.