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Des combattants colombiens au Soudan

Diana Hodali
15 juin 2026

Les paramilitaires des FSR bénéficieraient du soutien de mercenaires colombiens par l'intermédiaire des Emirats arabes unis.

Un homme traverse un hôpital dévasté par des affrontements.
Entrée dans sa quatrième année, cette guerre, qui a fait plus de 200.000 morts selon certaines estimations, a engendré ce que l'ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde.Image : AFP

C'est la plus importante défection dans la guerre qui déchire le Soudan depuis plus de trois ans. Le général Al-Nour Adam, également connu sous le nom d'Al-Nour Al-Qubba, a récemment quitté les Forces de soutien rapide (FSR) pour rejoindre les rangs de l'armée régulière soudanaise. Ce haut-responsable des paramilitaires a même été officiellement accueilli par son ancien adversaire et désormais allié, le chef de l'Etat Abdel Fattah al-Burhane.

L'armée soudanaise contrôle la capitale Khartoum, Port-Soudan et de larges parties de l'est et du centre du Soudan, alors que les FSR contrôlent de vastes zones dans l'ouest du pays, notamment au Darfour, dont la ville d'El Fasher.

Le général Al-Nour Adam n'est pas le seul déserteur : il a été suivi quelques semaines plus tard par Ali Rizq Allah, également appelé Al-Savannah, un autre haut haut-responsable des FSR.

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a passé en revue des vidéos montrant les deux déserteurs lors du siège d'El‑Fasher, qui a duré 18 mois. Elle a documenté de graves crimes commis par les FSR dirigés par le général Mohamed Hamdan Daglo, alias Hemeti, contre des civils lors de la prise de la ville en octobre 2025.

Depuis le début de la guerre en avril 2023, Abdel Fattah al-Burhane recrute des déserteurs parmi les rangs des FSR, offrant une amnistie à ses combattants s'ils déposent les armes. HRW n'a pas pu vérifier si cela s'applique également aux défecteurs les plus récents.

Tensions internes chez les FSR

Pour Mohamed Osman, expert soudanais chez Human Rights Watch, un changement de camp ne doit en aucun cas signifier l'impunité. "Ceux qui sont responsables de crimes graves ne bénéficient pas d'un passe-droit simplement parce qu'ils changent de camp”.

Selon les observateurs des conflits de l'organisation Acled, qui documente les violences politiques et les manifestations dans le monde, les récentes défections pourraient indiquer une montée des tensions au sein des FSR. L'organisation observe "des fissures dans les alliances centrales de la milice”, notamment en raison de ressources en déclin et d'une concurrence croissante pour les butins de guerre.

Malgré les défections au profit de l'armée soudanaise, les FSR continuent à pouvoir compter sur un soutien extérieur et la poursuite de la guerre se joue également bien au-delà des frontières du pays.

Selon des experts, les FSR profitent de soutiens de pays comme les Émirats arabes unis (EAU), l'Éthiopie, la Libye, le Tchad et le Kenya. L'armée soudanaise, en revanche, qui est également critiquée par les militants des droits de l'homme, est soutenue par l'Égypte, l'Arabie saoudite, la Turquie et l'Érythrée. L'Iran est également soupçonné d'avoir fourni une aide militaire à l'armée régulière.

Le rôles des Emirats arabes unis

Parmi les alliés présumés des FSR, les Émirats arabes unis restent les plus souvent cités. Selon un article du Wall Street Journal, les agences de renseignement américaines estiment qu'Abou Dhabi a fourni aux paramilitaires des drones chinois, des armes légères, des mitrailleuses lourdes, de l'artillerie, des mortiers et des munitions. "La guerre serait terminée sans les Émirats arabes unis”, a même déclaré Cameron Hudson, ancien chef de cabinet de plusieurs envoyés spéciaux américains au Soudan, au Wall Street Journal il y a quelques mois. Selon lui, "la seule chose qui maintient les FSR dans cette guerre, c'est le soutien militaire écrasant qu'elles reçoivent des Émirats arabes unis”.

Amnesty International a également trouvé en 2025 des preuves que des livraisons d'armes aux FSR "sont très probables” de provenir des Émirats arabes unis.

Les Emirats rejettent régulièrement ces accusations. Salem Aljaberi, ministre d'État à la Sécurité et aux Affaires militaires, a déclaré à l'époque que les accusations d'Amnesty International étaient "infondées” et manquaient de preuves fiables.

Combattants colombiens

Les allégations contre les EAU ne se limitent plus aux livraisons d'armes et au soutien logistique pour les FSR. Fin mai, Human Rights Watch a publié un rapport intitulé "De Bogota à El-Fasher"

Sur près de 80 pages, l'organisation retrace comment des centaines de mercenaires colombiens auraient été recrutés depuis 2024 pour la guerre au Soudan. Selon HRW, le recrutement aurait été effectué à travers l'entreprise de sécurité Global Security Services Group (GSSG), basée à Abou Dhabi. Les recrues auraient ensuite été envoyés au Soudan pour combattre aux côtés des paramilitaires.

"Heureusement, les mercenaires colombiens n'ont pas été particulièrement discrets sur les réseaux sociaux”, note Joey Shea de HRW dans une interview accordée au magazine politique américain Democracy Now. Grâce à des comptes TikTok et d'autres contenus publics, l'organisation a pu recueillir de nombreuses informations et localiser les hommes sur des bases militaires des Émirats arabes unis avant qu'ils ne soient dépêchés au Soudan.

HRW a parlé avec deux entremetteurs colombiens déployés au Soudan, un ancien employé du GSSG ainsi que des résidents d'El-Fasher et d'autres sources. L'organisation a également évalué des documents de l'entreprise, des documents officiels, ainsi que des photos et des vidéos. Selon l'ONG, certains de ces enregistrements montrent des combattants colombiens avec des unités des FSR au Soudan. D'autres documentent des séjours de formation dans des installations militaires aux Émirats arabes unis.

"Notre enquête montre que la société GSSG, basée à Abou Dhabi, semble avoir recruté des centaines de combattants colombiens qui ont ensuite combattu aux côtés des RSF – un groupe armé accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité”, explique Joey Shea.

Pourquoi les Colombiens ? Selon le rapport, les anciens soldats colombiens sont considérés comme particulièrement prisés pour ce type de missions. Ils présentent une importante expérience de combat et ont souvent été formés aux systèmes d'armes américains. Selon HRW, ce lien remonterait à 2011, lorsque, selon des recherches de militants des droits humains, les Émirats arabes unis auraient commencé à constituer une unité de plusieurs centaines de combattants étrangers, dont des Colombiens.

Soutien des EAU largement documenté

Pour Joey Shea, le soutien des Émirats aux FSR est prouvé depuis des années. "Le rôle des Émirats arabes unis dans le financement, l'armement et le soutien militaire aux FSR a été documenté à plusieurs reprises”, rappelle-t-elle. "Néanmoins, à ce jour, ni l'Union européenne, ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, n'ont publiquement critiqué les Émirats pour cela.”

De son côté, l'organisation d'investigation Conflict Insights Group a utilisé des données de téléphones mobiles pour retracer les parcours de combattants colombiens jusqu'au Darfour. L'enquête a mené, entre autres, à une installation militaire à Ghayathi, aux Émirats. Ces hommes auraient fait partie d'une unité appelée "Les Loups du Désert”, dirigée par l'ancien colonel colombien Alvaro Quijano. Ce dernier s'est ensuite vu imposer des sanctions par les États-Unis et les Royaume-Uni pour avoir recruté des combattants colombiens pour le Soudan.

Là aussi, les Émirats arabes unis nient leur soutien présumé aux FSR. Au contraire, ils appellent à "un cessez-le-feu immédiat” et ne voient pas "l'avenir du Soudan dans une junte militaire”, a déclaré Anwar Mohammed Gargash, conseiller du président émirati à Reuters fin 2025.

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