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Etat de droitAfrique

Comment éviter un putsch militaire (analyse)

28 juillet 2026

L'économiste Béatrice Laure Toukap revient sur les éléments de stabilité d'un pays qui permettent d'éviter les crises liées à un coup d'Etat.

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Les coups d'Etat surviennent dans des pays déjà destabilisés par des crisesImage : Makan Fofana/DW

Dimanche [26.07.26] marquait le troisième anniversaire du coup d'Etat qui a renversé le président Bazoum au Niger. Dans les mois qui ont suivi ce putsch, l'économie du Niger s'est fortement rétractée. Il n'est pas rare que les pays qui subissent un coup d'Etat observent une chute brutale de leur économie. Car certaines activités économiques cessent et souvent, l'inflation est forte du fait de l'instabilité politique.

L'économiste Béatrice Laure Toukap, de l'Université de Dschang et assistante au Centre d'appui à la recherche et d'aide au développement (CARAD) à Yaoundé, au Cameroun, a étudié de nombreux cas. Elle revient ici sur les impacts économiques d'un coup d'Etat et sur les façons d'en prémunir au mieux un pays.

Béatrice Laure Toukap estime que donner plus de place aux femmes est un élément clef pour stabiliser une sociétéImage : privat

Interview avec Béatrice Laure Toukap

Béatrice Laure Toukap : [Suite à un coup d'Etat,] les producteurs, ou alors les vendeurs fixent eux-mêmes les prix des biens, ce qui réduit considérablement le pouvoir d'achat des pauvres.

Aussi, comme impact immédiat, je peux dire que la suspension de l'aide internationale et l'imposition des sanctions par les partenaires internationaux et régionaux limite la croissance financière disponible d'un pays pour financer ses dépenses publiques.

DW : Vous avez mis en avant aussi l'impact direct d'un coup d'État sur l'investissement.

Ça accroît les incertitudes ... les incertitudes des investisseurs.  Bien sûr, ils ne savent pas ce qu'il en est des contrats qu'ils ont signés. Si ça va aboutir ou pas, s'ils sont obligés de recommencer et tout le reste.

DW : Selon vous, un coup d'Etat accroît aussi la dette, notamment quand les aides des partenaires étrangers sont suspendues. Et que donc, les militaires au pouvoir ne changent souvent pas radicalement la politique d'un pays, qu'il y a moins de rupture que ce qu'ils promettent…

Dans la plupart de ces cas, les régimes militaires introduisent des ajustements visant à stabiliser l'économie, à restaurer la confiance, à réorienter les priorités budgétaires.

Ces politiques restent souvent contraintes dans des structures économiques déjà en place, notamment la dépendance aux matières premières, les engagements internationaux, la faiblesse de leurs institutions.

Certains gouvernements militaires affichent une volonté de rupture ou de souveraineté économique mais les réformes mises en œuvre demeurent progressives plutôt que radicales.

On ne peut pas dire que les militaires qui prennent le pouvoir peuvent se permettre de rompre les contrats, de rompre la diplomatie que le gouvernement précédent a mis du temps à installer.

Mais les militaires qui prennent le pouvoir ne sont pas toujours innovateurs, non.

DW : Selon vous, appuyer une plus grande participation des femmes dans une société, cela permet de mieux stabiliser le pays et donc d'éviter la prise de pouvoir par la violence. Comment ça se fait ?

Nous pouvons dire qu'éviter un coup d'état militaire ne dépend pas uniquement de l'économie, mais de plusieurs autres facteurs tels que l'inclusion sociale, les investissements dans les domaines prioritaires.

Donc une croissance économique inclusive est essentielle parce qu'elle permet à une plus grande proportion de la population, en particulier des jeunes et des femmes, d'intégrer la prise de décision.

Dans ce cas, il est important de gagner la confiance des citoyens en mettant en place des actions claires et concrètes pour que tout le monde puisse voir : voici ce que nous avons mené, voici ce que nous avons trouvé, voici ce que nous avons arrangé, voici ce qui est en place.

Nous pensons aussi qu'investir dans les secteurs prioritaires tels que l'agriculture, l'éducation, la santé est très, très important.

Dans un pays qui a une gouvernance stable, qui investit dans des domaines porteurs, dans des domaines tels que le capital humain, nous ne pensons pas que l'instabilité politique ou un coup d'État puisse survenir.

Les investissements dans le secteur agricole vont permettre aussi des hausses de production par rapport aux années précédentes. Qui dit hausse de production, dit investissements dans les infrastructures. Qui dit investissements dans les infrastructures, dit baisse du chômage.

Nous pensons aussi que la création d'emplois, en particulier pour les jeunes filles, est cruciale.

L'inclusion sociale lorsqu'une une grande proportion de la population, notamment les femmes qui se sentent toujours marginalisées, font partie de la chaîne de prise de décision, cela réconforte beaucoup les gens.

Plusieurs travaux ont montré que l'inclusion des femmes dans le gouvernement ou bien au sein du Parlement réduit significativement le taux de corruption. Donc, pourquoi ne pas ?

En résumé, je dirais que, bien que les coups d'État aient des causes et des causes politiques, institutionnelles et économiques profondes, la transparence orientée vers l'inclusion de la population, la création d'emplois, la réduction des inégalités peuvent vraiment réduire significativement la probabilité de prise de pouvoir par la force par des militaires.

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