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Protéger les civils des abus commis par des humanitaires

10 septembre 2026

Après de nouveaux cas d'abus commis par du personnel de MSF au Tchad, le point sur les mécanismes de protection des civils et la lutte contre l'impunité en la matière.

Tchad Tiné 2026 | Employé de MSF vue de dos dans le couloir d'un hôpital proche de la frontière soudanaise (illustration)
MSF a pris des sanctions contre ses employés impliqués dans des cas d'abus et condmane la souffrance infligée aux victimes Image : Joris Bolomey/AFP

De nombreux cas d'abus perpétrés par le personnel humanitaire sur des femmes réfugiées et populations hôtes sont signalés dans des camps de réfugiés de l'est du Tchad. Quelles sont les sanctions prévues dans de telles situations, et quels mécanismes de protection des civils sont mis en place, au-delà de ce cas précis ?

Enquêtes internes à MSF

Fin juin dernier, au moins 18 membres du personnel de Médecins sans frontières ont été licenciés au Tchad à la suite d'enquêtes internes pour exploitation, harcèlement et abus sexuels. Ces accusations émanent de femmes réfugiées soudanaises. 

Les personnes accusées sont des employés sous contrat, des travailleurs journaliers, ainsi que des prestataires et fournisseurs. Médecins sans frontières a examiné 59 allégations de comportements abusifs au cours de plusieurs mois d'enquête, ce qui a conduit au licenciement des 18 employés mis en cause.

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Le témoignage glaçant de Zenaba

Zenaba, âgée d'une trentaine d'années, est l'une des victimes de ces pratiques. "Il y avait un monsieur qui nous distribuait souvent de la nourriture, qui est venu une nuit pour me demander de dormir avec moi, raconte-t-elle. J'ai accepté sans réfléchir et il a couché avec moi. Il est revenu deux fois et, comme j'ai menacé de le dénoncer, il a disparu et n'est plus revenu."

Pour le chercheur et analyste, Yamingué Betinbaye, il n'est hélas pas nouveau que certains membres du personnel humanitaire abusent de leur position pour exploiter ces femmes.

"Il y a essentiellement un grand facteur qui explique les actes de violence perpétrés par des humanitaires sur des populations réfugiées, ou sur des populations civiles, explique le chercheur. Certes, d'autres facteurs additionnels peuvent être évoqués, mais c'est avant tout la vulnérabilité, et notamment la vulnérabilité économique de ces populations réfugiées et civiles qui est à l'origine de ces actes. Cela les place dans une situation de détresse matérielle qui conduit parfois certains réfugiés et certains membres des communautés hôtes à se livrer, si je puis dire, à s'offrir en échange de biens matériels ou d'argent."

Les sanctions prévues

Plusieurs sanctions sont prévues pour dissuader de tels comportements. Pour Yamingué Betinbaye, cela passe par des exclusions définitives de tout emploi dans les services de MSF, ou encore des poursuites judiciaires.

"Les sanctions prévues sont celles qu'une organisation comme Médecins sans frontières a dû mettre en place contre des actes de violence perpétrés dans l'est du Tchad, détaille Yamingué Betinbaye. Cela inclut des licenciements, le bannissement des individus impliqués dans ces actes de violence, ainsi que des poursuites judiciaires. Il peut arriver que l'organisation humanitaire transmette des dossiers à des juridictions afin que les personnes impliquées dans ces actes de violence, en plus d'être sanctionnées par l'organisation, soient également poursuivies par les victimes."

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La sensibilisation et la responsabilisation

Outre le personnel humanitaire, certains cas de viols sont également perpétrés par des populations hôtes sur des réfugiées parties à la recherche de bois, en dehors des camps.

Conscients de l'augmentation de ces abus, le gouvernement tchadien et l'UNFPA, Le Fonds des Nations unies pour la population, unissent leurs efforts pour sensibiliser différents acteurs sur le terrain, explique la ministre de la Femme et de la Petite Enfance, Kitoko Gata Ngoulou.

"Malheureusement, les violences faites aux femmes et aux enfants sont récurrentes, déplore Kitoko Gata Ngoulou. Dans les camps, nous avons eu des cas qui ont été évoqués. Mais nous avons des centres de prise en charge grâce au soutien de l'UNFPA, qui est chargé de l'accompagnement juridique, de l'autonomisation et du soutien psychologique pour ces femmes-là. Notre devoir est de faire des plaidoyers, de mener des campagnes de sensibilisation, y compris dans les camps, et de sensibiliser les gestionnaires de ces camps pour qu'ils prennent aussi leurs responsabilités."

Dans un communiqué officiel publié en juin 2026, concernant les mesures disciplinaires prises au Tchad, Laura Leyser, la secrétaire générale internationale de Médecins sans frontières, a déclaré que ces abus constituent une violation grave des valeurs et des responsabilités de l'organisation :

"Nous sommes conscients de la douleur et de la souffrance causées aux victimes, et nous regrettons profondément que de tels actes aient pu se produire dans le cadre de nos programmes. Nous devons tout mettre en œuvre pour prévenir ces comportements répréhensibles et réagir avec la plus grande fermeté lorsqu'ils surviennent", a-t-elle conclu.

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