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Condamnation en justice d'un tortionnaire du régime al-Assad

Sandrine Blanchard | Matthias von Hein
24 février 2021

Un tribunal allemand vient de condamner, pour avoir torturé une trentaine de prisonniers d'opinion, un ancien membre des services de sécurité de Bachar al-Assad : Eyad A. Un petit soulagement pour les victimes.

Eyad A. arrive pour entendre le verdict, le 24 février, dans la salle du tribunal de Coblence
Eyad A. arrive pour entendre le verdict, le 24 février, dans la salle du tribunal de CoblenceImage : Thomas Lohnes/Pool/REUTERS

Un tribunal de Coblence, en Allemagne, vient de condamner, pour avoir torturé une trentaine de prisonniers d'opinion, un ancien membre des services de sécurité de Bachar al-Assad : Eyad A. a écopé de quatre ans et demi de prison...

Ce jugement est une première et le verdict apporte un petit soulagement mais un soulagement quand même aux victimes du régime syrien.  

Des audiences difficiles à supporter

Luna Wafta a assisté à toutes les audiences du procès d'Eyad A. Elle y cherchait une réponse, et la justice : elle-même a été victime de torture en Syrie. Un témoin a évoqué son tortionnaire à la barre, un ancien garde de prison.

Luna a assisté à toutes les audiencesImage : Matthias von Hein/DW

"Toutes les audiences ont été difficiles pour moi, elles me rappelaient ce qui m'est arrivé. J'y pense tout le temps", avoue Luna.

Maintenant, Luna habite en Allemagne, à Coblence. Elle raconte la révolution, dans son pays, il y a dix ans. Comment elle était jusqu'alors apolitique, comment elle a lu, pendant des mois, des livres qui l'ont convaincue de rejoindre les manifestations jusqu'à travailler avec l'organisation "Syrian Voices".

Luna s'est mise à publier des informations sur les exactions commises par exemple lors d'une attaque à l'arme chimique, en 2013, dans la Ghouta orientale. Elle se souvient : "On a pris plein de photos, tourné des vidéos. Moi-même, j'ai dressé la liste de 800 noms de victimes."

Des atrocités documentées

Le tribunal de Coblence a étudié des dizaines de milliers de photos insoutenables, prises par un photographe militaire syrien. Il était contraint de photographier les victimes torturées à mort pour les archives du régime al-Assad. Il est parvenu à faire sortir des copies de ses clichés hors du pays.

Luna a été emprisonnée avec une vingtaine d'autres femmes, dans une cellule de moins de 10m², dans la prison des services secrets dans laquelle agissait Eyad A., le principal prévenu du procès.

Devant son refus de coopérer, ses tortionnaires menacent Luna d'arrêter son fils et sa fille. "L'incertitude sur le sort de mes enfants était pire que la torture physique qu'on m'infligeait", raconte Luna.

L'attirail des bourreaux d'une prison de la Ghouta orientaleImage : Stringer/AFP

Au bout de deux mois et demi, elle peut finalement retrouver sa famille. Elle fuit par les Balkans et obtient l'asile en Allemagne.

Des avancées en justice

Le procès d'Eyad A. et son co-accusé Anwar R. est une première dans l'histoire : il est la première tentative de faire toute la lumière, avec les moyens de l'Etat de droit, sur le système d'oppression mis en place en Syrie par Bachar al-Assad.

Et puis Abu Walaa, un Irakien considéré comme le chef du groupe « Etat islamique » en Allemagne, vient pour sa part d'être condamné à dix ans et demi de réclusion. Avec ses trois co-accusés, il a été reconnu coupable, par un autre tribunal allemand, d'avoir recruté, notamment dans la région de la Ruhr et le Land de Basse-Saxe, des jeunes gens radicalisés pour les envoyer se battre en Syrie.

 

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