Universités africaines: le quotidien difficile des étudiants
26 février 2026
Face à un déficit annuel de financement public estimé à plus de 65 milliards d’euros, de nombreuses universités africaines peinent à offrir des conditions d’études décentes. Salles surchargées, bâtiments vieillissants, équipements insuffisants et frais de vie élevés : les étudiants doivent composer avec un système sous tension, malgré une demande croissante.
Des campus saturés par la croissance démographique
Le manque d’investissements fragilise les universités, dont beaucoup datent de l'époque coloniale.
En République démocratique du Congo, la situation devient critique, comme le décrit Blaise Pascal Bonduku, journaliste et chargé de communication à la Fédération nationale des enseignants et éducateurs sociaux du Congo :
"La forte croissance démographique surcharge les universités et parfois les auditoires sont pleins et certains étudiants étudient même dehors. Donc, pour gérer la situation, certaines institutions préfèrent appliquer l'alternance selon l'ordre alphabétique. Et les grandes universités de chez moi en RDC datent des années 1950-60 et ne suffisent plus. Il faut donc une nouvelle politique pour moderniser les infrastructures."
Inconfort pendant les cours
Le diagnostic est sombre dans plusieurs pays. Au Togo, Rose‑Marie, une étudiante ivoirienne, témoigne de conditions d’apprentissage difficiles :
"On est assis du matin au soir sur des bancs en fer, le mobilier n’est pas confortable. On ne dispose pas vraiment de cantine. (…) C’est très délabré, il n’y a pas assez de place (…) Quand même, nous avons une bibliothèque assez fournie, avec accès à internet. Mais il y aurait des efforts à faire côté confort."
Des frais variables mais souvent lourds pour les familles
En RDC, Christopher Muhubu, avocat au barreau de Kinshasa Gombe et assistant à l'université de Kinshasa est plutôt satisfait des efforts fournis par les autorités congolaises. "Les universités au Congo ne sont pas trop chères, affirme-t-il. Cela fait partie des politiques mises en place par l'Etat congolais qui permettent à presque tous de faire l'université après son bac. Les frais tournent autour de 350 dollars."
Néanmoins, au Sénégal, les subventions de l’État allègent les coûts dans les établissements publics. Mais dans le privé, une année peut atteindre un million de francs CFA, sans compter transport, logement et nourriture. À Dakar, l’un des centres universitaires les plus chers de la région, le coût de la vie avoisine 200 000 francs CFA par mois.
En Côte d’Ivoire, les familles supportent plus de 23 % des dépenses éducatives. Beaucoup s’endettent ou réorientent leurs enfants vers des filières moins coûteuses.
Au Bénin, Angelo Kpotounou, docteur en science politique de l’université de Parakou, observe des inégalités même au sein du public. "Même quand vous êtes dans les amphithéâtres, raconte-t-il, et que vous mettez à disposition des documents de cours, certains ont du mal à faire les polycopies pour avoir accès. Donc il faut créer des conditions favorables qui permettent aux uns et aux autres de suivre les cours."
Filles, ruraux, zones d’insécurité : les plus vulnérables
Les cités universitaires n'offrent pas assez de places, et les loyers explosent dans le privé où des propriétaires se livrent à de la spéculation.
Les bourses, quant à elles, se font rares et arrivent souvent en retard. Angelo Kpotounou confirme que "le problème se pose chaque année. (...) Chaque fois, les étudiants doivent faire des grèves, se plaindre, pour que ces bourses soient versées. Et chaque fois, ces bourses et allocations viennent tardivement."
Les étudiantes et les jeunes provenant de zones rurales ou touchées par l’insécurité sont encore plus exposés à ces obstacles.
Retards, fermetures et e‑learning hors de portée
Il n'est pas rare non plus que des enseignants réclament le paiement d'arriérés de salaire.
Or les fermetures répétées d’établissements entraînent des chevauchements de promotions et allongent la durée des études, augmentant mécaniquement les dépenses des familles.
Le numérique pourrait représenter une alternative, mais il reste inaccessible à beaucoup avec des équipements coûteux, une connexion instable, un réseau insuffisant pour supporter le haut débit.
Quelques initiatives pour aider
Certains pays proposent des prêts étudiants, et des ONG organisent des microcrédits. Mais la baisse des aides internationales limite ces solutions, et de nombreux étudiants peinent à financer leurs études.
Prochainement, nous reviendrons plus en détail sur les conditions de vie et d'études en Afrique francophone dans un numéro de l'émission Focus Sahel Plus, diffusée le mardi à 17h15 TU.