Conférence sur l'Islam
27 septembre 2006Grande première en Allemagne, ce mercredi, où les représentants de l'Etat et ceux de l'islam se rencontrent à Berlin, pour parler de la place de la communauté musulmane dans la société allemande, une rencontre qui se déroule sur fond de polémique liée à la déprogrammation d'un opéra par crainte de représailles islamistes. La réunion est présidée par le ministre de l'Intérieur Wolfgang Schäuble, qui a convié 30 représentants de l'Etat, des régions et d’une communauté musulmane qui compte environ 3,2 millions membres et 70 associations en Allemagne. Monsieur Schäuble qui, dans une tribune récente, a appelé les musulmans vivant en Allemagne, essentiellement des Turcs, à se sentir comme des « musulmans allemands ». Il s’agit à Berlin de jeter les bases d'un processus de dialogue sur plusieurs années.
Cette conférence, prévue de longue date, tombe en pleine polémique sur la déprogrammation annoncée hier de l'opéra Idoménée de Mozart au Deutsche Oper de Berlin, dont la mise en scène peut être jugée provocante pour plusieurs religions, dont l'islam. La police avait alerté l'opéra de risques de débordements islamistes au cas où cette mise en scène (qui date en fait de 2003) était à nouveau présentée en novembre. La déprogrammation décidée par la directrice de l’établissement a été critiquée de toutes parts dans la classe politique au nom de la défense de la liberté d'expression. Armin Laschet, ministre régional de l’intégration en Rhénanie du Nord Westphalie :
« On a pris là une mauvaise décision, et irresponsable avec cela, car elle favorise un climat de méfiance entre musulmans et non-musulmans. Personne n’a proféré de menace concrète contre le spectacle incriminé et la directrice de l’opéra a fait du zèle inutile. On a presque l’impression que quelqu’un a voulu torpiller la conférence sur l’islam. Et cette fois, ce ne sont pas les musulmans qu’il faut critiquer. Si nous ne savons pas défendre notre propre liberté d’expression artistique, alors nous remettons nous-mêmes en question les conditions d’un dialogue raisonnable. »
La chancelière Angela Merkel elle-même est aussi intervenue dans le débat en déclarant que « l'autocensure par peur n'est pas tolérable ».