Une conférence humanitaire sur les Grands Lacs à Paris
30 octobre 2025
Alors que la situation humanitaire ne cesse de se détériorer dans l'est de la République démocratique du Congo, il se tient ce jeudi (30.10) à Paris la Conférence internationale pour la paix et la prospérité dans la région des Grands lacs. L'objectif étant d'alerter sur la situation humanitaire dramatique dans la région des Grands Lacs, avec l'ambition de récolter des centaines de millions d'euros malgré une baisse drastique de l'aide internationale, en particulier des Etats-Unis.
Cette conférence est co-organisée par la France et le Togo et sera clôturée par le président français Emmanuel Macron. Y prennent également part, le président congolais Félix Tshisekedi et togolais Faure Gnassingbé. Sa tenue survient alors que la crise humanitaire, l'une des plus tragiques du monde, ne cesse de s'aggraver en République démocratique du Congo (RDC).
Le conflit entre l'armée congolaise et les rebelles de l'AFC-M23, soutenus par le Rwanda, a fait plus de deux millions de nouveaux déplacés internes. Ce qui porte à plus de 5,7 millions, le nombre des personnes déplacées en RDC.
Crise humanitaire sans précédent
Mercredi (29.10), sur la chaîne LCI, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a déclaré que ans cette région des Grands Lacs se déroule "la deuxième crise humanitaire la plus grave du monde, avec 27 millions de personnes en insécurité alimentaire, 7 millions de personnes déplacées, 5 millions de personnes en crise aiguë, un viol toutes les quatre minutes et le risque sanitaire majeur d'une résurgence d'épidémies comme Ebola ou même comme le sida".
90 % des 5,7 millions des déplacés internes congolais se trouvent dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri, dans l'est de la RDC. Des ONG locales et internationales appellent donc à une action urgente en faveur de la région des Grands lacs.
Parmi ces organisations figure Action contre la faim, l'ACF. Florian Monnerie, son directeur en RDC, redoute que si rien n'est fait, la crise pourrait s'aggraver dans les prochains mois. Pour lui, "il s'agit de voir non seulement les conséquences du conflit et comment y faire face, mais aussi, de voir quelles sont les causes du conflit et comment travailler avec les populations, avoir la population au centre de la réponse. Ça prend du temps de pouvoir recréer, dans certaines zones, quand elles ont disparu, toutes les actions de paix qui sont nécessaires au niveau local, afin que les humanitaires puissent continuer à fournir l'assistance pour les services de base."
Le nombre de personnes qui ont besoin d'un soutien humanitaire augmente chaque jour en RDC. L'ACF estime ainsi que près de 30 millions de Congolais sont en insécurité alimentaire et précise qu'un enfant sur deux a besoin d'une aide alimentaire.
Bruno Lemarquis, représentant spécial adjoint du secrétaire général de l'Onu et coordinateur humanitaire en RDC, rappelle que les femmes doivent être la priorité de l'action conduite sur le terrain.
"C'est une crise essentiellement de protection (des femmes), car ce sont elles qui sont les premières victimes de ces crises, constate-t-il. Et c'est une crise de déplacement puisqu'en ce moment, les derniers chiffres qu'on a validés, ce sont 5,7 millions de déplacés internes au Congo. Des besoins vraiment énormes, auxquels les humanitaires font tout pour répondre, mais ils n'ont pas de moyens, surtout maintenant avec les coupes budgétaires."
La conférence internationale de Paris intervient, alors qu'une centaine de groupes armés opèrent dans différentes provinces de l'est de la RDC, notamment en Ituri.
Jean-Bosco Kisoke, spécialiste des questions humanitaires en Ituri, appelle les participants à penser à l'assistance des populations de cette province : "Notre province fait face à une crise sécuritaire et humanitaire. Il y a plus de 1,5 millions des déplacés éparpillés dans une dizaine des sites de déplacés. Ces personnes passent parfois des moments très difficiles en termes de besoins multiformes : les besoins en abris et les besoins en sécurité alimentaire, en protection, en santé, en nutrition et tant d'autres."
Selon de nombreuses ONG, la conférence de Paris sera l'occasion de mettre un coup de projecteur non seulement sur les besoins financiers immenses mais encore sur les difficultés d'accès humanitaire et la protection des civils du fait de la présence de très nombreux groupes armés, anti et pro-gouvernementaux.
Plusieurs sources françaises indiquent qu'il ne s'agit pas de concurrencer ces pays médiateurs et on assure être en étroite coordination avec les Américains.
Pour elles, l''initiative française se veut enfin régionale pour combler des besoins qui dépassent le simple duo RDC-Rwanda.
Enfin, le Forum de Paris sur la Paix accueille également une session consacrée à l'intégration économique de la région des Grands Lacs.