RDC: L'Onu alerte sur un risque d’embrasement régional
12 décembre 2025
La situation dans l'est de la République démocratique du Congo est au coeur d'une réunion qui se tient à New York, au Conseil de sécurité des Nations unies.
Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean-Pierre Lacroix, a mis en garde contre la menace d’un "embrasement" dans la région des Grands Lacs, à la suite de la nouvelle offensive du groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
"Ces derniers jours, la nouvelle offensive lancée par l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu a réveillé le spectre d’un embrasement régional aux conséquences incalculables", a-t-il déclaré devant le Conseil de sécurité, évoquant également un risque de "fragmentation" du pays.
Une avancée majeure du M23
Après avoir pris Goma en janvier et Bukavu en février, le M23 – soutenu par le Rwanda – a lancé début décembre une nouvelle offensive dans la province du Sud-Kivu, le long de la frontière burundaise.
Mercredi, ses combattants ont pris Uvira, une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants, ce qui leur permet de contrôler la frontière terrestre entre la RDC et le Burundi. Cette position stratégique pourrait priver Kinshasa du soutien militaire de Bujumbura.
Risque de régionalisation du conflit
"Le conflit connaît une régionalisation de plus en plus marquée", a insisté Jean-Pierre Lacroix, pointant l’implication directe ou indirecte de forces étrangères et les mouvements transfrontaliers de populations déplacées et de combattants. Il a également alerté sur les menaces pesant sur "l’unité" et de la RDC, citant "l’expansion territoriale de l’AFC/M23, l’établissement d’administrations parallèles et l’affaiblissement de la présence étatique".
Accord de paix fragilisé
Cette offensive intervient quelques jours après la signature à Washington d’un « accord pour la paix » entre la RDC et le Rwanda. Mais Jean-Pierre Lacroix prévient : "Les violations persistantes du cessez-le-feu et la reprise des hostilités font peser un risque réel d’effondrement des efforts diplomatiques en cours." Il appelle à des "mesures concrètes et immédiates" pour faire respecter les accords, faute de quoi "les dynamiques de conflit risquent de fermer la voie du dialogue".
Catastrophe humanitaire
Le président de Médecins sans frontières qui a aussi pris la parole devant le Conseil de sécurité a décrit une situation "mortifère" dans plusieurs régions du pays, avec une hausse sensible des violences et un empêchement croissant de l'aide humanitaire qui est pourtant une obligation au regard du droit international.
"Narratifs inversés", selon la RDC
Thérèse Kayikwamba Wagner, la cheffe de la diplomatie congolaise dénonce la "manipulation" de l'information utilisée par le Rwanda "pour légitimer l'agression". Selon elle, le cessez-le-feu prévu par la résolution 2773 n'a pas été respecté et les civils en subissent les conséquences. La ministre en appelle au principe de "redevabilité" pour mettre un terme aux violences. La République démocratique du Congo réclame notamment des sanctions "contre les responsables militaires et politiques" de l'offensive dans l'est de la RDC.
Le Rwanda dénonce les "atrocités" contre les Banyamulenge
Le représentant permanent du Rwanda, Martin K. Ngoga, a pris la parole pour réclamer que le mandat de la Monusco se fonde sur les accords de Washington et de Doha "qui se complètent". L'efficacité de la Monusco dépendra de sa capacité à appuyer le processus politique, de manière impartiale. "Le Rwanda réitère ses engagements" mais dénonce les "attaques aériennes" menées par la RDC dans le Sud-Kivu ainsi que les "persécutions systématiques" contre les Banyamulenge par les FARDC et leurs alliés Wazalendo.
Accusation des Etats-Unis contre le Rwanda
L'ambassadeur américain à l'ONU a accusé le Rwanda de mener la région vers la "guerre". "Au lieu d'une avancée vers la paix, comme nous l'avons vu sous la direction du président Trump ces dernières semaines, le Rwanda mène la région vers plus d'instabilité et vers la guerre", a déclaré Mike Waltz devant le Conseil de sécurité, dénonçant "l'ampleur et la sophistication" de l'implication du Rwanda dans l'est de la RDC.